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	<title>Leslie Kaplan - Les outils</title>
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	<description>&#034;&#224; quoi sert la litt&#233;rature ?&#034;</description>
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		<title>&#201;crire avec mai 68</title>
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		<dc:creator>Leslie Kaplan</dc:creator>



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                J'ai v&#233;cu la gr&#232;ve de mai-juin 68 dans une usine occup&#233;e, &#224; Lyon dans le quartier de Gerland. C'&#233;tait une usine de machines &#224; laver, Brandt. J'avais &#233;t&#233; embauch&#233;e le 1 er avril, la gr&#232;ve a d&#233;marr&#233; le lundi 20 mai. J'avais commenc&#233; &#224; travailler en usine en janvier, j'&#233;tais partie &#171; m'&#233;tablir &#187;, c'est-&#224;-dire, (&#8230;)
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&lt;a href="https://lesliekaplan.net/le-detail-le-saut-et-le-lien/" rel="directory"&gt;le d&#233;tail, le saut et le lien&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://lesliekaplan.net/IMG/logo/macron_egal_louis_16.jpg' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; alt=&#034;&#034; style='max-width: 150px;max-width: min(100%,150px); max-height: 150px' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'ai v&#233;cu la gr&#232;ve de mai-juin 68 dans une usine occup&#233;e, &#224; Lyon dans le quartier de Gerland. C'&#233;tait une usine de machines &#224; laver, Brandt. J'avais &#233;t&#233; embauch&#233;e le 1 er avril, la gr&#232;ve a d&#233;marr&#233; le lundi 20 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais commenc&#233; &#224; travailler en usine en janvier, j'&#233;tais partie &#171; m'&#233;tablir &#187;, c'est-&#224;-dire, travailler en usine pour des raisons politiques, j'&#233;tais &#171; mao&#239;ste &#187;, influenc&#233;e par ce que j'imaginais comme beaucoup d'autres de la R&#233;volution culturelle en Chine, sans rien conna&#238;tre v&#233;ritablement, mais j'&#233;tais enthousiasm&#233;e par l'id&#233;e de l'union des travailleurs intellectuels et des travailleurs manuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Union des Jeunesses Communistes Marxistes-L&#233;ninistes, l'UJCML, avait &#233;t&#233; fond&#233;e en 1965 par des &#233;l&#232;ves de Louis Althusser, une scission de l'Union des &#233;tudiants communistes (UEC, affili&#233;e au Parti Communiste), au moment de la rupture URSS/Chine, l'URSS &#233;tant consid&#233;r&#233;e comme r&#233;visionniste et la Chine faisant la R&#233;volution culturelle. Le contexte : les s&#233;minaires &#224; l'Ecole Normale Sup&#233;rieure de la rue d'Ulm, Louis Althusser (&lt;i&gt;Lire le capital&lt;/i&gt;), l'apr&#232;s guerre d'Alg&#233;rie, la rupture sino-sovi&#233;tique et les partis pro sovi&#233;tiques, en particulier italien et fran&#231;ais, accus&#233;s de remettre en cause le marxisme et le l&#233;ninisme et d'&#234;tre devenus r&#233;formistes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai travaill&#233; d'abord dans la r&#233;gion parisienne, dans une usine de biscottes Gringoire, &#224; Mantes la Ville, et ensuite avec trois camarades, je suis descendue &#224; Lyon, &#171; c&#339;ur ouvrier de la France &#187; avait dit le camarade qui organisait l'&#233;tablissement, Robert Linhart, qui a par la suite &#233;crit &lt;i&gt;L'&#233;tabli&lt;/i&gt;. (Importance de ce livre publi&#233; en 1978, qui d&#233;crit la gr&#232;ve des ouvriers de Citro&#235;n contre la r&#233;cup&#233;ration gratuite des journ&#233;es de gr&#232;ve &#224; l'automne 68, et qui a jou&#233; un r&#244;le de d&#233;clencheur pour moi, avec la sonnerie &#171; dix ans apr&#232;s &#187;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc en quatre mois, tr&#232;s peu de temps, et sans pr&#233;paration, j'ai &#233;t&#233; confront&#233;e &#224; ce que je pourrais maintenant appeler, c'est le nom d'un travail en cours, &#171; le monde et son contraire &#187; : le monde totalitaire de l'usine d'abord, et tout de suite apr&#232;s le monde de la libert&#233;, la gr&#232;ve. J'ai dit : sans pr&#233;paration, et en effet : m&#234;me si j'avais rencontr&#233; des ouvriers, surtout des travailleurs immigr&#233;s, en faisant de l'alphab&#233;tisation &#224; la fin de la guerre d'Alg&#233;rie, m&#234;me si j'avais lu &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, le travail en usine, l'usine v&#233;cue de l'int&#233;rieur, &#231;a n'avait rien &#224; voir. &lt;br&gt;
Choc, bouleversement. &lt;i&gt;L'Exc&#232;s-l'usine&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pr&#233;cise qu'apr&#232;s la gr&#232;ve et l'occupation de mai-juin 68 j'ai de nouveau travaill&#233; en usine pendant environ un an et demi, esp&#233;rant que quelque chose recommencerait ... &#231;a n'a pas &#233;t&#233; le cas. Mais d'avoir v&#233;cu de l'int&#233;rieur, et en si peu de temps, l'usine et l'envers de l'usine, m'a durablement marqu&#233;e : la possibilit&#233; d'une bascule, d'un renversement complet avait exist&#233; r&#233;ellement, et quand je me suis mise &#224; &#233;crire j'ai cherch&#233; avant tout comment transmettre cette possibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant que : cette bascule &#233;tait un renversement g&#233;n&#233;ral. &lt;br&gt;
Le pays entier arr&#234;t&#233;.&lt;br&gt;
10 millions de gr&#233;vistes.&lt;br&gt;
Lundi 13 mai : le mot d'ordre &#233;tait : &#171; Dix ans &#231;a suffit &#187;. Dix ans de de Gaulle&#8230; Manifestation impressionnante &#224; Paris, un million de manifestants, je suis mont&#233;e de Lyon &#224; Paris avec d'autres camarades de Lyon pour participer. Le 14, gr&#232;ve &#224; Sud-Aviation &#224; Nantes. Et le 20 mai, &#231;a a &#233;t&#233; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale.&lt;br&gt;
Pr&#233;cision : il y avait un contexte de ce qu'on a pu appeler &#171; l'insubordination ouvri&#232;re &#187; (Xavier Vigna), gr&#232;ve tr&#232;s longue &#224; la Rhodiaceta en 1967&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bascule, renversement, le monde &#224; l'envers. Les ouvriers de la Fiat en Italie ont invent&#233; pendant leur long &#171; Mai rampant &#187; un mot d'ordre tr&#232;s simple et radical : &#171; ce que nous voulons : tout &#187;. Une expression large, absolue, et qui demandait &#224; &#234;tre pr&#233;cis&#233;e, d&#233;taill&#233;e, par chacun, par toutes les sensations, perceptions, id&#233;es, propositions, de chacun. En France le journal &#171; Tout &#187; s'est inspir&#233; de ce mot d'ordre. Fond&#233; en septembre 1970 par ceux qu'on appelait les &#171; mao-spontan&#233;&#239;stes &#187; avec Jean Paul Sartre comme directeur de publication, c'&#233;tait un &#171; quinzomadaire &#187;, surtout &#233;crit par les militants du groupe Vive la R&#233;volution. Le journal &#171; Tout &#187; a compt&#233; une douzaine de num&#233;ros. &#192; la diff&#233;rence de la Gauche prol&#233;tarienne, le groupe Vive la R&#233;volution &#224; laquelle j'appartenais &#233;tait ouvert sur la contre culture, le mouvement des femmes, le mouvement homosexuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Mai 68 &#171; on a pris la parole comme on a pris la Bastille &#187; comme a dit Michel de Certeau, et cette prise de parole &#233;tait un questionnement g&#233;n&#233;ral, une mise en questions g&#233;n&#233;rale. Tout &#233;tait questionn&#233;, et d'abord, ce que les mots voulaient dire. &lt;br&gt;
Et le questionnement g&#233;n&#233;ral dans la soci&#233;t&#233; venait pour moi recouper ce que je vivais &#224; l'usine. &#171; Exp&#233;rience- limite &#187;, selon le terme de Maurice Blanchot, qui met tout en perspective, et d'abord le langage, ce que les mots veulent dire. Les mots et les choses ne correspondent plus. Le &#171; travail &#187; ? Le &#171; loisir &#187; ? La &#171; vie &#187; ? J'ai parl&#233; de &#231;a dans l'entretien que j'ai fait avec Marguerite Duras quand le livre L'Exc&#232;s-l'usine est sorti, et j'ai rapproch&#233; ce que j'ai appel&#233; &#171; le point de vue de l'absence &#187;, &#171; le point de vue de la d&#233;bilit&#233; &#187;, du point de vue de C&#233;zanne qui a dit vouloir peindre &#171; par tous les c&#244;t&#233;s en m&#234;me temps &#187;&#8230;&lt;br&gt;
Vivre une &#171; exp&#233;rience-limite &#187; et &#234;tre fid&#232;le &#224; cette exp&#233;rience, c'est refuser un point de vue naturaliste, essayer de maintenir un point de vue d'&#233;tonnement, de surprise, et essayer de maintenir un point de vue &#171; dedans-dehors &#187; qui tienne compte &#224; la fois de l'&#233;v&#233;nement, de ce qui arrive, et du sujet qui vit l'&#233;v&#233;nement, &#224; qui cet &#233;v&#233;nement arrive. &lt;br&gt;
Le point de vue naturaliste, est : c'est comme &#231;a, et ce point de vue sous entend : &#231;a ne peut pas &#234;tre autrement. &lt;br&gt;
Alors ma question a &#233;t&#233; : comment maintenir par l'&#233;criture, non seulement par les th&#232;mes, les questions, mais aussi &lt;strong&gt;par les formes elles m&#234;mes&lt;/strong&gt;, le point de vue que &#231;a peut justement &#234;tre autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que &#231;a v&#233;rifiait la dialectique et le texte de Mao &lt;i&gt;De la contradiction&lt;/i&gt; : &#171; sauter de contradiction en contradiction, saisir l'ensemble de la soci&#233;t&#233;&#8230;&#224; travers le d&#233;coupage&#8230; v&#233;ritablement infini, des contradictions &#187; (&lt;i&gt;Mon Am&#233;rique commence en Pologne&lt;/i&gt;) ? J'&#233;tais surtout stup&#233;faite et je n'avais pas les mots pour dire quoi que ce soit, ces mots je les ai trouv&#233;s apr&#232;s en &#233;crivant, par l'acte d'&#233;crire. Pourtant il y avait une &#233;vidence que &#171; tout se divise toujours en deux &#187; comme il est dit dans Sergio Leone (&lt;i&gt;Le bon, la brute, le truand&lt;/i&gt;) ou dans l'atmosph&#232;re des chansons de Bob Dylan de l'&#233;poque&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rencontre avec les ouvriers et les ouvri&#232;res &#233;tait aussi source de malentendus. &lt;br&gt;
Cf d&#233;j&#224; pendant l'alphab&#233;tisation en banlieue, les ouvriers pas du tout impressionn&#233;s par la th&#233;orie de la circulation du capital, ils le savaient bien&#8230; &lt;br&gt;
Cf &#171; L'&#233;l&#233;ment avanc&#233; de la classe ouvri&#232;re &#187; qui s'av&#232;re &#234;tre un t&#233;moin de J&#233;hovah.v&lt;br class='autobr' /&gt;
Cf Le &#171; Petit livre rouge &#187; que je donne &#224; un jeune immigr&#233; tr&#232;s actif pendant la gr&#232;ve, il m'apporte lui une Bible.&lt;br&gt;
Cf &#171; Je ne veux pas mourir idiot &#187;, la pi&#232;ce de Wolinski que je suis all&#233;e voir &#224; sa sortie en 1969 avec trois ouvriers de l'usine de Bezons (pr&#232;s de Nanterre) o&#249; je distribuais des tracts, et qui racontait la rencontre d'une &#233;tudiante et d'un ouvrier pendant a gr&#232;ve&#8230;une histoire de d&#233;sir et d'amour&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais j'ai peut-&#234;tre &#233;t&#233; aid&#233;e par la lecture de Brecht : garder un point de vue d'&#233;tonnement, fin d'&lt;i&gt;Arturo Ui &lt;/i&gt; (vu d'ailleurs au TNP, Jean Vilar, George Wilson, 1960)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Apprenez &#224; voir au lieu de regarder b&#234;tement&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas de savoir &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, provoquer, accueillir des questions, ouvrir, pas fermer, importance du d&#233;roulement, pas du d&#233;nouement, comme il le r&#233;p&#232;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et comme je l'ai &#233;labor&#233; apr&#232;s, cf mon livre d'essais &lt;i&gt;Les Outils&lt;/i&gt;, pas de savoir &lt;i&gt;sur&lt;/i&gt;, mais &#234;tre et &#233;crire &lt;i&gt;avec&lt;/i&gt;. Et reconna&#238;tre sa place de sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai lu et relu les &lt;i&gt;&#201;crits&lt;/i&gt; de Brecht, et aussi &lt;i&gt;Spartacus&lt;/i&gt;, de Howard Fast, &lt;i&gt;Manhattan transfer&lt;/i&gt;, de Dos Passos, &lt;i&gt;Les petits enfants du si&#232;cle&lt;/i&gt; de Christiane Rochefort (et d'elle, aussi, &lt;i&gt;Le repos du guerrier&lt;/i&gt;)&#8230;Tous ces livres parlaient de r&#233;volte, et du d&#233;sir, explicite ou non, de r&#233;volution&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc bascule, renversement, et la vis&#233;e c'est : &#171; tout &#187;. &lt;i&gt;Le monde et son contraire&lt;/i&gt;.&lt;br&gt;
Chacun d&#233;taille. Mais qu'il /elle d&#233;taille &#224; partir de lui, d'elle : ce qui compte c'est l'exp&#233;rience singuli&#232;re, existentielle, de chacun. Donc rien &#224; voir avec de &#171; l'individualisme &#187;. &lt;br&gt;
L'individualisme : se conformer &#224; une d&#233;finition.&lt;br&gt;
Singularit&#233; : mouvement de la vie, de l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lecture : &lt;i&gt;Gaston, l'aventure d'un ouvrier&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, &#233;crit par un jeune ouvrier Jean-Marie Konczyk, proche du groupe VLR et publi&#233; en octobre 1971 aux &#233;ditions G&#238;t le C&#339;ur, extraits publi&#233;s dans &lt;i&gt;Les Temps Modernes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; la richesse des ann&#233;es suivantes sur le plan culturel, TOUS les th&#232;mes : &lt;br&gt;
_mise en question de l'&#233;cole&#8230; &lt;br&gt;
_mise en question des rapports hommes/femmes&#8230;&lt;br&gt;
_mouvements pour les droits des homosexuels, Front Homosexuel d'Action R&#233;volutionnaire, FHAR&#8230;&lt;br&gt;
_questionnement sur la folie, importance de l'enseignement de Lacan et des lieux alternatifs (par ailleurs extr&#234;mement diff&#233;rents), comme la clinique de Jean Oury, La Borde, ou de Claude Jeangirard &#224; La Chesnaie, ou le lieu de Maud Mannoni &#224; Bonneuil, ou les lieux de Fernand Deligny dans les C&#233;vennes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique et le personnel sont li&#233;s, tout se recoupe et il y a des &#171; correspondances &#187; partout. &lt;br&gt;
C'est certainement ce qui a contribu&#233; au caract&#232;re &#171; po&#233;tique &#187; du mouvement, les graffitis sont des condensations po&#233;tiques : &#171; plut&#244;t la vie &#187;, &#171; casse toi objet &#187;, &#171; la beaut&#233; est dans la rue &#187;, &#171; le respect se perd, n'allez pas le rechercher &#187;, &#171; consommez moins, vous vivrez mieux &#187;, etc. Et le plus beau de tous : &#171; Soyez r&#233;alistes, demandez l'impossible &#187;.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lecture : &#171; &lt;i&gt;Elles sont des objets, des marchandises &lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/strong&gt;, publi&#233; sans signature dans le journal &lt;i&gt;L'idiot international&lt;/i&gt; en septembre 1970.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Elles sont des objets, des marchandises. Par&#233;es, appr&#234;t&#233;es. Elles subissent, et monnayent.&lt;br&gt;
Elles ont une fonction, elles servent &#224; quelque chose de d&#233;fini, elles sont &#171; faites pour &#187;.&lt;br&gt;
C'est chez elles que l'esprit marchand, l'esprit de concurrence a &#233;t&#233; le plus int&#233;rioris&#233;. Elles se vendent elles-m&#234;mes, &#171; spontan&#233;ment &#187;. (Se parent, se mettent en valeur). &#192; premi&#232;re vue, elles n'ont pas de recul par rapport &#224; leur acheteur, elles cherchent le mec_ elles inventent des artifices (l'ouvrier tra&#238;ne pas mal la savate en allant &#224; l'embauche).&lt;br&gt;
Entre elles, elles assument &#171; spontan&#233;ment &#187; une concurrence acharn&#233;e. Sont mesquines, jalouses, m&#233;chantes. Se mettent en valeur en d&#233;valorisant les autres (elles restent dans le champ de l'offre et de la demande : une marchandise chasse l'autre en se vendant mieux).&lt;br&gt;
Elles sont garces. Jouent de leur charme, les salopes. Se vendent : et si possible au meilleur prix. Elles se r&#233;servent, elles se gardent en r&#233;serve, pour le plus int&#233;ressant. Elles sont racistes, jusque dans la moelle de leur os : racistes contre tous les malchanceux, mal lotis, contre tous les opprim&#233;s, contre tous ceux qui n'ont pas une place, un avenir, qui ne sont pas brillants, arriv&#233;s, &#224; l'aise. Les meilleurs morceaux ce n'est pas pour eux, pour qui ils se prennent.&lt;br&gt;
Elles semblent avoir vraiment int&#233;rioris&#233; les contradictions de leur condition. Elles pleurent, elles d&#233;voient leur r&#233;volte, la retourne sur elles-m&#234;mes, se culpabilisent. Elles font des histoires, des complications, elles sont emmerdantes. Elles rusent, ne sont pas franches. Elles se complaisent dans leur faiblesse.&lt;br&gt;
Elles se laissent faire, elles sont passives. Passives ? C'est plut&#244;t qu'elles se bloquent, sont bloqu&#233;es. Quelle violence elles se sont faite. Elles ne savent pas bien qui elles sont, o&#249; elles en sont. Elles sont un peu folles. Doubles, en tous cas.&lt;br&gt;
Mais quelle est la v&#233;rit&#233; de cette marchandise ? Quel est le besoin qui a fa&#231;onn&#233; cet objet ? (&#8230;) &lt;br&gt;
Un miroir, mais sp&#233;cial : ce qu'il cherche au fond c'est : &#234;tre rassur&#233;&#8230;(&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;
Mai 68 a mis &#224; jour ce que j'appellerai &lt;strong&gt;le scandale de la singularit&#233;&lt;/strong&gt;. Mettant en cause &#171; tout &#187;, chacun pensait &#224; &#171; la vie &#187;, &#224; l'ensemble de sa vie, au d&#233;tail de sa vie, au sens&#8230; Singularit&#233; et critique radicale vont ensemble, chacun se pense par rapport &#224; l'ensemble de la soci&#233;t&#233; et du monde.&lt;br&gt;
&#199;a a &#233;t&#233; &lt;strong&gt;un mouvement de contestation du totalitarisme&lt;/strong&gt; sous-jacent de la soci&#233;t&#233; industrielle de masse, et ce mouvement a oppos&#233; au totalitarisme des formes d'action et de pens&#233;e nouvelles fond&#233;es sur un d&#233;sir de singularit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La pente totalitaire, c'est &#171; la cat&#233;gorie, la case et le cas &#187;. Mettre les hommes et les femmes dans des bo&#238;tes. Je vous rappelle la d&#233;finition de Raoul Hilberg, l'auteur de &lt;i&gt;La destruction des Juifs d'Europe&lt;/i&gt; : la destruction a commenc&#233; le jour o&#249; le premier fonctionnaire a ouvert un dossier &#171; non aryen &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette pente totalitaire est la pente de la soci&#233;t&#233; industrielle de masse, du capitalisme, c'est une menace qui est toujours pr&#233;sente : il n'y a qu'&#224; voir comment tout dans la soci&#233;t&#233; est actuellement soumis &#224; l'&#233;valuation, &#224; la n&#233;cessit&#233; d'&#233;valuer, d&#232;s l'&#233;cole, &#224; l'universit&#233;, au travail, dans le domaine de la sant&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lecture : &#171; Mai 68 et apr&#232;s &#187; in &lt;i&gt;Les Outils&lt;/i&gt;. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'oppos&#233;, chercher &#224; maintenir et d&#233;velopper ce qu'a pu ouvrir Mai 68 c'est essayer de trouver des formes de r&#233;cit qui tiennent compte du r&#233;el, de la singularit&#233;, du d&#233;tail. &lt;br&gt;
Le &lt;strong&gt;r&#233;el&lt;/strong&gt;, pas la r&#233;alit&#233; : le r&#233;el contient le possible, la fiction, c'est l'oppos&#233; du point de vue d&#233;terministe, explicatif, &#171; c'est comme &#231;a et pas autrement &#187;&#8230; Le r&#233;el exc&#232;de les mots, il exc&#232;de &#171; la cat&#233;gorie, la case, le cas &#187;. Il est surd&#233;termin&#233; (pour reprendre un concept freudien&#8230;). &lt;br&gt;
Le &lt;strong&gt;d&#233;tail&lt;/strong&gt; n'est pas l'anecdote. L'anecdote est d&#233;pourvue de sens, voire la trivialisation, nouvel opium du peuple, des talk-show &#224; partir des ann&#233;es 80.... Le d&#233;tail est un condens&#233; de sens. Pas LE sens, mais DU sens. &lt;br&gt;
Et le point de vue c'est &#171; &lt;strong&gt;Depuis maintenant&lt;/strong&gt; &#187;, titre que j'ai donn&#233; &#224; la s&#233;rie, pas la nostalgie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Raconter&lt;/strong&gt; : &lt;br&gt;
_&lt;strong&gt; &lt;i&gt;L'Exc&#232;s-l'usine &#224; la Centrale de Rennes&lt;/i&gt;.&lt;/strong&gt; 1994. La vieille qui empile les rouleaux de scotch et &#224; la fin elle se scotche le visage&#8230;&lt;br&gt;
_&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Depuis maintenant&lt;/i&gt;, &#171; spectacle &#224; installer partout dans la ville &#187;&lt;/strong&gt;, r&#233;sidence des Lucioles au th&#233;&#226;tre TGP &#224; Saint-Denis, 1996, repr&#233;sentations dans le th&#233;&#226;tre, sur les march&#233;s, dans les cours de HLM, les &#233;coles, les lyc&#233;es...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, avoir v&#233;cu les &#233;v&#233;nements a renforc&#233; paradoxalement, et dans l'apr&#232;s-coup, ma confiance dans &lt;strong&gt;la fiction&lt;/strong&gt;, entendue au sens large comme la possibilit&#233; d'un autre monde : la bascule est possible, puisque elle a exist&#233;. J'ai souvent cit&#233; la phrase de Kafka dans son Journal (janvier 1914) : &#171; &#233;crire, c'est sauter hors de la rang&#233;e des assassins&#8230; &#187;, pour valoriser le possible, l'autre monde possible. &lt;br&gt;
Le saut kafka&#239;en et le renversement contestataire ne sont pas sans rapport.&lt; br&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Cf sur mon blog de M&#233;diapart la s&#233;rie, &lt;i&gt;&#192; quoi sert la litt&#233;rature&lt;/i&gt;, &#171; &lt;i&gt;Avec Kafka&lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part cette bascule avait une valeur d'interpr&#233;tation. Elle mettait &#224; nu, elle faisait appara&#238;tre, ce qui est, le syst&#232;me existant, l'oppression et l'ali&#233;nation. Et elle n'&#233;tait pas sans rapport avec une bascule intime provoqu&#233;e par une &lt;strong&gt;interpr&#233;tation psychanalytique&lt;/strong&gt;, o&#249; les mots ont une efficace mat&#233;rielle. Cf mon roman &lt;i&gt;Le Psychanalyste&lt;/i&gt; o&#249; j'ai voulu mettre en tension la psychanalyse, Kafka, et la banlieue&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Mai 68 tout &#233;tait questionn&#233;, toutes les parties de la soci&#233;t&#233;, tous les mots de la langue, et tout le monde &#233;tait philosophe. C'est la figure de &lt;i&gt;Miss Nobody Knows&lt;/i&gt; dans mon livre qui inaugure la s&#233;rie &lt;i&gt;Depuis maintenant&lt;/i&gt;. Et son oppos&#233;, St&#233;phane, celui qui &#171; sait tout &#187; et qui en meurt&#8230;&lt;br&gt;
Cette figure r&#233;appara&#238;t dans le roman suivant, &lt;i&gt;Les Prostitu&#233;es philosophes&lt;/i&gt;, et aussi dans celui d'apr&#232;s, &lt;i&gt;Le Psychanalyste&lt;/i&gt;. Dans les deux cas, elle fait irruption, on tombe amoureux d'elle, et elle dispara&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Mai 68, dialogue g&#233;n&#233;ral, tout le monde parlait avec tout le monde. Tout le monde parlait avec tout le monde, et tout le monde pouvait tout penser. C'est-&#224;-dire : pas d'explication naturaliste sur l'origine, sociale, psychologique, de la pens&#233;e.&lt;br&gt;
Et comme je l'ai dit (dans &lt;i&gt;Mai 68&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le chaos peut &#234;tre un chantier&lt;/i&gt;&#8230;), un &lt;strong&gt;vrai dialogue&lt;/strong&gt; suppose &lt;br&gt;
_un d&#233;placement, parler avec qui on n'aurait jamais parl&#233;, avec un inconnu : &#233;tudiants et ouvriers, ouvriers et cadres, hommes et femmes, fran&#231;ais et immigr&#233;s&#8230;&lt;br&gt;
_un autre temps, prendre le temps de se parler &#8230; &lt;br&gt;
_et le d&#233;sir d'instaurer un monde nouveau, qui s'instaure d&#233;j&#224; en fait par ce dialogue...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bascule et renversement : ce qui est normal ne l'est plus. Le questionnement porte en fin de compte sur ce qui est normal, ce qui est fou. L'usine, la chose la plus banale, le socle de toute notre civilisation industrielle de masse, est un lieu de folie. Ne pas c&#233;der l&#224; dessus. &lt;br&gt;
Cf le film &lt;i&gt;La reprise du travail aux Usines Wonder&lt;/i&gt; + &lt;i&gt;Reprise&lt;/i&gt; d'Herv&#233; Le Roux (1996) qui est sorti en salle en m&#234;me temps que &lt;i&gt;Depuis maintenant&lt;/i&gt;&#8230;&lt;br&gt;
&#199;a met tout en perspective. Et d'abord, comme je l'ai dit, le langage. Ce que les mots veulent dire. M&#233;fiance, soup&#231;on, radical.&lt;br&gt;
Cf les propositions que j'ai imagin&#233;es pour les ateliers d'&#233;criture que j'ai pu faire dans les ann&#233;es 80-90 &lt;br&gt;
&lt;strong&gt;lecture : &#171; Questions-questions &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
Ce qui ne change pas&lt;br&gt;
Ce qui ne peut pas changer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es nouvelles, est-ce qu'il y en a&lt;br&gt;
Les fa&#231;ons d'&#234;tre&lt;br&gt;
Les hommes, les femmes, maintenant, avant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville, est-ce que je l'aime&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;cole, qu'est-ce que c'est&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi on veut grandir&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi on ne veut pas grandir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les arbres&lt;br&gt;
La nature, comment on la voit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le malheur, d'o&#249; il vient&lt;br&gt;
Le pire ennemi&lt;br&gt;
Le crime, est-ce qu'on peut le d&#233;finir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fous, qu'est-ce qu'on en pense&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur quoi on s'appuie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amiti&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot travail&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moment de maintenant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pass&#233;, comment il nous tient&lt;br&gt;
La m&#233;moire, &#224; quoi elle sert&lt;br&gt;
Le pr&#233;sent, est-ce qu'il s'invente&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un livre, qu'est-ce que c'est&lt;br&gt;
Pourquoi on lit&lt;br&gt;
Pourquoi on ne lit pas&lt;br&gt;
O&#249; vont les mots&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi on parle&lt;br&gt;
Pourquoi on ne parle pas&lt;br&gt;
O&#249; s'arr&#234;tent les questions&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Noter qu'en face du mouvement de Mai 68 et de ce qu'il a soulev&#233; comme questionnement, seul s'oppose le vide, le &lt;strong&gt;vide autoritaire&lt;/strong&gt;, le moi c'est moi, l'&#201;tat c'est moi, l'actuel forme du pouvoir. De Gaulle &#224; l'&#233;poque. &lt;br&gt;
Dont la seule arme &#233;tait la peur, et la furie peureuse des propri&#233;taires. &lt;br&gt;
Et la seule pens&#233;e le recours au ressassement, aux clich&#233;s.&lt;br&gt;
D'o&#249; le constat : le &lt;strong&gt;clich&#233;&lt;/strong&gt;, l'id&#233;e re&#231;ue, la &lt;strong&gt;b&#234;tise&lt;/strong&gt; sont une d&#233;fense contre la pens&#233;e, contre le scandale de la singularit&#233;.&lt;br&gt;
Voir mon texte &#171; Renversement &#187;, court essai publi&#233; avec la pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre Louise, elle est folle, et aussi les pi&#232;ces &lt;i&gt;Toute ma vie j'ai &#233;t&#233; une femme&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;D&#233;place le ciel&lt;/i&gt;, o&#249; je fais une critique du clich&#233;, de l'id&#233;e re&#231;ue, de la b&#234;tise&#8230;&lt;br&gt;
La b&#234;tise est une tentative de fermer, d'arr&#234;ter la pens&#233;e, et c'est une r&#233;plique du binaire marchand : acheter/pas acheter.&lt;br&gt;
Le clich&#233; : l'id&#233;e re&#231;ue est autoritaire.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt; Lecture, deux morceaux de &lt;i&gt;Toute ma vie j'ai &#233;t&#233; une femme&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
moi j'ai vu une pub&lt;br class='autobr' /&gt;
pour l'angoisse&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;comment &#231;a&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;une pub pour l'angoisse&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;une pub pour l'angoisse&lt;br&gt;
tout le monde courait&lt;br&gt;
en bleu&lt;br&gt;
en rose&lt;br&gt;
en vert&lt;br&gt;
&#224; la ville&lt;br&gt;
&#224; la campagne&lt;br class='autobr' /&gt;
des jeunes&lt;br class='autobr' /&gt;
des vieux&lt;br&gt;
courez courez&lt;br&gt;
plus vite plus vite&lt;br&gt;
c'&#233;tait une pub&lt;br&gt;
pour des baskets&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;tu m'as dit&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;que c'&#233;tait&lt;/i&gt;&lt;br&gt;
&lt;i&gt;pour des baskets&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;pour l'angoisse&lt;br&gt;
comment savoir&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p style=&#034;text-align:center&#034;&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
J'ai un ami, Andr&#233;, comme tout le monde, il a fait beaucoup de sexp&#233;riences. Pardonnez le jeu de mots, c'est le sien. Il a essay&#233; les femmes, mais il se demandait s'il n'aimait pas mieux les hommes. Il a essay&#233; les hommes, mais il n'&#233;tait pas s&#251;r de ne pas pr&#233;f&#233;rer les femmes. Il a cherch&#233; l'amour romantique, l'amour simple, mais c'&#233;tait compliqu&#233;. Il a voulu conna&#238;tre d'autres horizons, l'amour exotique, mais il en est revenu. Il a exp&#233;riment&#233; les clubs et les groupes, les marginaux et les bourgeois, les plaisirs et les douleurs, jamais les enfants, notez bien, il gardait des principes, mais c'&#233;tait tr&#232;s tr&#232;s fatiguant. En m&#234;me temps, il cherche. On ne peut pas dire qu'il ne fait pas d'efforts, il cherche, il se donne quand m&#234;me beaucoup de mal, il veut trouver.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;criture est une recherche, infinie. &lt;br&gt;
Importance des rencontres. Du hasard.&lt;br&gt;
Des dialogues. Tout le monde peut tout penser. Pas de d&#233;terminisme, de psychologie, de sociologie.&lt;br&gt;
Pas de point de vue de Dieu&#8230;. C'est tr&#232;s difficile !&lt;br&gt;
Fin suspendue, ouverte.&lt;br&gt;
Et comme l'a dit Maurice Blanchot, &#171; il est seulement clair que la R&#233;volution n'a jamais lieu une fois pour toutes &#187;&#8230;.&lt;br&gt;
&lt;strong&gt;Lecture : &lt;i&gt;Depuis maintenant&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&#034;text-align:right;font-size:85%&#034;&gt;&lt;i&gt;Photo : NYT, Kamil Zihniogh&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Deus nao &#233; casado, Inven&#231;&#227;o da linguagem e democracia</title>
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		<dc:date>2014-01-20T16:32:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Leslie Kaplan</dc:creator>



		<description>
                Penso que a interroga&#231;&#227;o a respeito das palavras, a respeito da linguagem, faz parte da vida democr&#225;tica, da vida em democracia a linguagem &#233; o primeiro bem comum a pr&#225;tica da linguagem &#233; uma pr&#225;tica do comum, da vida em comum e, assim, a linguagem &#233; o primeiro amea&#231;ado, amea&#231;ado sem parar, por qualquer (&#8230;)
-
&lt;a href="https://lesliekaplan.net/traductions-translations/" rel="directory"&gt;traductions/translations&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Penso que a interroga&#231;&#227;o a respeito das palavras, a &lt;br class='autobr' /&gt;
respeito da linguagem,&lt;br/&gt; faz parte da vida democr&#225;tica, da vida em democracia&lt;br/&gt;
a linguagem &#233; o primeiro bem comum&lt;br/&gt;
a pr&#225;tica da linguagem &#233; uma pr&#225;tica do comum, da vida em comum&lt;br/&gt;
e, assim, &lt;br/&gt;
a linguagem &#233; o primeiro amea&#231;ado, amea&#231;ado sem parar,&lt;br/&gt;
por qualquer questionamento do comum, da vida compartilhada&lt;br/&gt;
por tudo o que visa imobiliz&#225;-la&lt;br/&gt;
torn&#225;-la r&#237;gida&lt;br/&gt;
empobrec&#234;-la&lt;br/&gt;
esvazi&#225;-la&lt;br/&gt;
por tudo o que visa dela fazer um mero instrumento de comunica&#231;&#227;o&lt;br/&gt;
achatado&lt;br/&gt;
uniforme&lt;br/&gt;
unilateral&lt;br/&gt;
consensual&lt;br/&gt;
suprimindo-lhe a sua dimens&#227;o poliss&#234;mica, e sua dimens&#227;o &lt;br/&gt;
de apelo &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Esta quest&#227;o &#233; a preocupa&#231;&#227;o de qualquer escritor, &lt;br/&gt;
quaisquer&lt;br/&gt;
que sejam suas posi&#231;&#245;es pol&#237;ticas, ou sua vis&#227;o do mundo&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Tomarei como exemplos dois escritores&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;reacion&#225;rios&#8221; no plano pol&#237;tico, Flaubert e&lt;br class='autobr' /&gt;
Dostoievski, os quais brigaram cada um a seu modo&lt;br class='autobr' /&gt;
contra todas as formas da linguagem codificada,&lt;br class='autobr' /&gt;
convencional, plana, uniforme :&lt;br/&gt;
&#8211; Flaubert e seu &lt;i&gt;Dicion&#225;rio das id&#233;ias prontas&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
lembro-lhes as primeiras palavras de seu dicion&#225;rio : &lt;br/&gt;
ABELARD (Abelardo), ABRICOTS (damascos, abric&#243;s), ABSALON (Absal&#227;o), ABSINTHE (absinto), ACAD&#201;MIE FRAN&#199;AISE (Academia Francesa), ACCIDENT (acidente), ACCOUCHEMENT (parto), ACHILLE (Aquiles), ACTRICES (atrizes)...&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
esta lista mostra que o princ&#237;pio ativo &#233; : qualquer&lt;br class='autobr' /&gt;
palavra pode tornar-se uma id&#233;ia convencional&lt;br class='autobr' /&gt;
Flaubert persegue na id&#233;ia pronta a estupidez e na&lt;br class='autobr' /&gt;
estupidez alguma coisa, digamos, de &#8220;volunt&#225;ria&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
no sentido da &#8220;servid&#227;o volunt&#225;ria&#8221; de La Bo&#233;tie&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
mas precisemos, por exemplo, na letra S, fim :&lt;br/&gt;
&#8220;SOUPIR (Suspiro) : Deve ser exalado perto de uma mulher&lt;br/&gt;
SPIRITUALISME (Espiritualismo) : O melhor sistema de filosofia&lt;br/&gt;
STO&#207;CISME (Estoicismo) : &#201; imposs&#237;vel&lt;br/&gt;
STUART, Maria : Apiedar-se de sua sorte&lt;br/&gt;
SUFFRAGE UNIVERSEL (Sufr&#225;gio universal) : &#218;ltimo termo da ci&#234;ncia&lt;br class='autobr' /&gt;
pol&#237;tica&lt;br/&gt;
SUICIDE (Suic&#237;dio) : Prova de covardia&lt;br class='autobr' /&gt;
SYBARITES (Sibaritas) : Bradar contra&lt;br class='autobr' /&gt;
SYPHILLIS (S&#237;filis) : Todo mundo &#233; mais ou menos afetado por ela&#8221;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
o que impressiona de imediato, claro, &#233; o vazio dessas defini&#231;&#245;es&lt;br/&gt;
mas tamb&#233;m seu car&#225;ter autorit&#225;rio : &lt;br/&gt;
muitos infinitivos, trata-se da ordem do pensar, e o tom &#233; perempt&#243;rio, &lt;br/&gt;
cortante &lt;br/&gt;
isto &#233;, a id&#233;ia pronta, sua tolice oca, acompanha&lt;br class='autobr' /&gt;
a proibi&#231;&#227;o de pensar&lt;br/&gt;
e atrav&#233;s do &lt;i&gt;Dicion&#225;rio&lt;/i&gt; v&#234;-se esbo&#231;ar um personagem,&lt;br/&gt; o &#8220;burgu&#234;s&#8221; satisfeito, que pensa e fala conforme&lt;br/&gt; acumula os pensamentos e as palavras s&#227;o objetos para arrumar no&lt;br class='autobr' /&gt;
seu arm&#225;rio&lt;br/&gt;
e que, com seu ar descontra&#237;do, est&#225; disposto a reprimir&lt;br/&gt;
ferozmente a Comuna...&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&#8211; Dostoievski e sua guerra contra &#8220;a id&#233;ia&#8221;&lt;br/&gt;
Dostoievski assinala os impasses de um pensamento que se&lt;br class='autobr' /&gt;
pretende &#8220;moderno&#8221;, o pensamento do tudo se equivale, do&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;se Deus n&#227;o existe, tudo &#233; permitido&#8221;...&lt;br/&gt;
e relaciona esta forma de pensar com a perda do&lt;br class='autobr' /&gt;
apelo ao outro, o rompimento da promessa, a trai&#231;&#227;o&lt;br class='autobr' /&gt;
ele mostra a viol&#234;ncia escondida na generaliza&#231;&#227;o,&lt;br class='autobr' /&gt;
que atribui ao outro um determinado lugar, que o encerra&lt;br class='autobr' /&gt;
numa defini&#231;&#227;o irrefut&#225;vel &lt;br/&gt;
ele op&#245;e a palavra viva &#224; &#8220;a id&#233;ia&#8221;&lt;br/&gt;
ao que ele chama &#8220;2+2=4&#8221;,&lt;br/&gt; isto &#233;, a exatid&#227;o, a generalidade cient&#237;fica ou pseudo-cient&#237;fica, esmagadora&lt;br class='autobr' /&gt;
incontorn&#225;vel, diante da qual s&#243; resta&lt;br class='autobr' /&gt;
inclinar-se, &lt;br/&gt;
mas que deixa passar a vida viva, o detalhe&lt;br/&gt;
&#8220;h&#225; muito tempo que n&#227;o nascemos mais de pais&lt;br class='autobr' /&gt;
vivos, nascemos da ideia&#8221;, &lt;br/&gt;
&#233; o que ele nos diz nas &lt;i&gt;Notas do subsolo&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
e ele relaciona, concretamente nesta narrativa, esta&lt;br class='autobr' /&gt;
forma de pensar atrav&#233;s de generalidades e um assassinato real, a&lt;br class='autobr' /&gt;
trai&#231;&#227;o de uma crian&#231;a&lt;br/&gt; &lt;br/&gt;
ent&#227;o : o vazio est&#225; longe de ser nada&lt;br/&gt;
o vazio &#233; agressivo, assassino&lt;br/&gt;
&#233; ocupar o lugar&lt;br/&gt;
&#233; &#8220;eu sou eu e cala a boca&#8221; &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
ver Baudelaire&lt;br/&gt;
lembrar-se que o primeiro poema de &lt;i&gt;Flores do mal&lt;/i&gt;,&lt;br/&gt;
endere&#231;amento &lt;i&gt;Ao leitor&lt;/i&gt;, come&#231;a com a palavra &#8220;asneira&#8221;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A asneira, o erro, o pecado, a mesquinharia&lt;br/&gt;
Ocupam nossos esp&#237;ritos e trabalham nossos corpos,&lt;br/&gt;
E alimentamos nossos queridos remorsos&lt;br/&gt;
Como os mendigos nutrem seus vermes.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Mas entre os chacais, as panteras, os parasitas,&lt;br/&gt;
Os macacos, os escorpi&#245;es, os abutres, as serpentes,&lt;br/&gt;
Os monstros esgani&#231;ados, uivantes, rosnantes, rastejantes,&lt;br/&gt;
Na galeria infame dos nossos v&#237;cios&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
H&#225; um mais feio, mais malvado, mais imundo !&lt;br/&gt;
Embora ele n&#227;o manifeste grandes gestos ou grandes gritos,&lt;br/&gt;
De bom grado far&#225; da terra um baga&#231;o&lt;br/&gt;
E num bocejo engolir&#225; o mundo ; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt;
&#201; o T&#233;dio ! o olho carregado por um choro involunt&#225;rio,&lt;br/&gt;
Ele sonha com cadafalsos fumando seu houka.&lt;br/&gt;
Tu o conheces, leitor, este monstro delicado,&lt;br/&gt;
&#8211; Hip&#243;crita leitor, &#8211; meu semelhante, &#8211; meu irm&#227;o.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
mas, o que &#233; o T&#233;dio ? &lt;br/&gt;
o que me impressiona, &#233; que Baudelaire coloca o t&#233;dio em rela&#231;&#227;o com o &#243;dio&lt;br/&gt; um &#243;dio sem desejo ativo&lt;br/&gt;
um &#243;dio passivo, sonhador, enfuma&#231;ado &lt;br/&gt;
est&#225;tico, im&#243;vel&lt;br/&gt;
inerte&lt;br/&gt;
e feroz&lt;br/&gt;
&#8220;De bom grado, ele far&#225; da terra um baga&#231;o/E num bocejo engolir&#225; o mundo&#8221;&lt;br/&gt;
este T&#233;dio baudeleriano parece-me muito atual&lt;br/&gt;
combina com uma sociedade onde reina a id&#233;ia pronta, o consensual, o convencional,&lt;br/&gt;
uma sociedade de eus isolados&lt;br/&gt; sem diferen&#231;a, sem outro uma afirma&#231;&#227;o de si sem conte&#250;do&lt;br/&gt;
puro meio para ocupar o lugar&lt;br/&gt;
por nada, simplesmente para ocup&#225;-lo, para impedir o outro de&lt;br class='autobr' /&gt;
pensar&lt;br/&gt;
e eventualmente para exclu&#237;-lo&lt;br/&gt;
pensar tautol&#243;gico : Sarkozy (abril 2009) : &#8220;o importante&lt;br class='autobr' /&gt;
numa democracia &#233; ser reeleito&#8221;..&lt;br/&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
voltarei a essa quest&#227;o&lt;br/&gt;
gostaria de lembrar que Hannah Arendt em sua&lt;br class='autobr' /&gt;
an&#225;lise do Sistema totalit&#225;rio deu um destino particular&lt;br class='autobr' /&gt;
ao clich&#234;&lt;br/&gt;
lembrar-se de sua reflex&#227;o sobre o que ela chama em&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Eichmann em Jerusal&#233;m&lt;/i&gt; &#8220;os clich&#234;s euforizantes&#8221;,&lt;br/&gt;
empregados por Eichmann, ap&#243;s Hitler ou Himmler,&lt;br/&gt;
&#8220;a batalha do destino para o povo alem&#227;o&#8221;&lt;br/&gt;
&#8220;s&#227;o batalhas que as gera&#231;&#245;es futuras&lt;br class='autobr' /&gt;
n&#227;o ter&#227;o mais que conduzir&#8221;&lt;br/&gt;
&#8220;n&#243;s sabemos que o que esperamos de voc&#234; &#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
sobre-humano : voc&#234; precisar&#225; ser sobrehumanamente &lt;br class='autobr' /&gt;
desumano&#8221;&lt;br/&gt;
Arendt n&#227;o se satisfaz em repertoriar, sublinhar,&lt;br class='autobr' /&gt;
essas palavras esvaziadas de sentido, ela mostra de forma mais ampla&lt;br class='autobr' /&gt;
as rela&#231;&#245;es da burocracia, do totalitarismo e da&lt;br class='autobr' /&gt;
linguagem&lt;br/&gt;
Ver Raoul Hilberg em &lt;i&gt;O exterm&#237;nio dos Judeus&lt;br class='autobr' /&gt;
da Europa&lt;/i&gt;, &#8220;O exterm&#237;nio dos Judeus come&#231;ou&lt;br class='autobr' /&gt;
quando em 1933 a primeira defini&#231;&#227;o do n&#227;o ariano foi &lt;br class='autobr' /&gt;
inscrita pelo primeiro funcion&#225;rio...&#8221;&lt;br/&gt;
ver tamb&#233;m o estudo da &#8220;LTR&#8221;, a l&#237;ngua do Terceiro&lt;br class='autobr' /&gt;
Reich, de Victor Klemperer&lt;br/&gt;
ora,&lt;br/&gt;
e isto continua a an&#225;lise da &#8220;id&#233;ia pronta&#8221; em&lt;br class='autobr' /&gt;
Flaubert e da &#8220;id&#233;ia&#8221; em Dostoievski, &lt;br/&gt;
&#233; importante notar que a maneira de esvaziar as&lt;br class='autobr' /&gt;
palavras, de roubar-lhes o seu sentido, o sentido, qualquer sentido, n&#227;o se&lt;br class='autobr' /&gt;
encontra somente nas palavras de ordem &lt;br/&gt;
(como num regime totalit&#225;rio)&lt;br/&gt;
mas tamb&#233;m na sociedade de consumo&lt;br/&gt;
onde tudo se torna &#8220;produto&#8221;&lt;br/&gt;
onde as palavras tornam-se produtos&lt;br/&gt;
por exemplo, no texto &#8220;as palavras e as coisas &#8221; a gente&lt;br class='autobr' /&gt;
se pergunta o que &#233; melhor, mais vantajoso, o incesto ou&lt;br class='autobr' /&gt;
a catarata&lt;br/&gt;
onde &#233; promovida uma trivializa&#231;&#227;o,&lt;br/&gt;
o n&#227;o importa o qu&#234;, a opini&#227;o descomprometida,&lt;br/&gt;
o puro eu, eu, eu :&lt;br/&gt;
que ocupa a frente da cena,&lt;br/&gt;
que &#233; um novo &#243;pio do povo&lt;br/&gt;
como um eu pleno, vivo, n&#227;o existe, o que est&#225; &lt;br class='autobr' /&gt;
na frente da cena &#233; um eu que se afirma&lt;br class='autobr' /&gt;
somente &#8220;eu&#8221;&lt;br/&gt;
oco, vazio&lt;br/&gt;
a quest&#227;o do clich&#234;, da id&#233;ia pronta, da conven&#231;&#227;o&lt;br/&gt;
do consensual,&lt;br/&gt;
est&#225; no centro da reflex&#227;o sobre linguagem e democracia,&lt;br/&gt;
linguagem e burocracia,&lt;br/&gt;
linguagem morta, linguagem viva&lt;br/&gt;
da&#237; a import&#226;ncia de conceber a linguagem como uma&lt;br class='autobr' /&gt;
cria&#231;&#227;o continuada, &lt;br/&gt;
cont&#237;nua uma cria&#231;&#227;o associada ao encontro, &#224; surpresa, ao&lt;br class='autobr' /&gt;
espanto&lt;br/&gt;
oposta ao que chamei &#8220;a categoria, o compartimento e o caso&#8221;&lt;br/&gt;
categorizar pessoas, coloc&#225;-las em compartimentos, torn&#225;-las&lt;br class='autobr' /&gt;
casos&lt;br/&gt;
ver em&lt;i&gt; Febre &lt;/i&gt;, a an&#225;lise da palavra &#8220;dossi&#234;&#8221;, das palavras&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;cumprir ordens&#8221;&lt;br/&gt;
retomada entre outros do processo Maurice Papon&lt;br/&gt;
que a respeito de Sylvain Mohlo, disse &#8220;eu n&#227;o conhe&#231;o&lt;br class='autobr' /&gt;
este dossi&#234;&#8221;&lt;br/&gt;
recusa, generaliza&#231;&#227;o, banaliza&#231;&#227;o, estigmatiza&#231;&#227;o&lt;br/&gt;
Judeu, Judeu ? Judeu ! Judeu sujo&lt;br/&gt;
h&#225; uma rela&#231;&#227;o necess&#225;ria entre inven&#231;&#227;o da linguagem e&lt;br class='autobr' /&gt;
democracia&lt;br/&gt;
a democracia, &#233; a recusa da designa&#231;&#227;o de lugares&lt;br class='autobr' /&gt;
a recusa da recondu&#231;&#227;o do mesmo&lt;br class='autobr' /&gt;
ao contr&#225;rio a democracia combina com abertura,&lt;br class='autobr' /&gt;
a circula&#231;&#227;o dos lugares, das situa&#231;&#245;es, das palavras, das&lt;br class='autobr' /&gt;
id&#233;ias&lt;br/&gt;
a &#8220;democracia&#8221; &#233; o regime que, como diz Claude&lt;br class='autobr' /&gt;
Lefort, &#8220;institui-se e mant&#233;m-se na dissolu&#231;&#227;o &lt;br class='autobr' /&gt;
das certezas&#8221;&lt;br/&gt; ou ainda, &#8220;uma sociedade confrontada &#224; contradi&#231;&#227;o&lt;br class='autobr' /&gt;
geral que libera o desaparecimento de um fundamento da&lt;br class='autobr' /&gt;
ordem social&#8221; (a respeito de Tocqueville),&lt;br/&gt;
ou ainda, um regime que se edificou &#8220;aceitando a&lt;br class='autobr' /&gt;
divis&#227;o social, o conflito, a heterogeneidade dos costumes e&lt;br class='autobr' /&gt;
das opini&#245;es&#8221; (a respeito de Arendt).&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Mas que tudo isso seja considerado uma tens&#227;o, um conflito&lt;br class='autobr' /&gt;
cont&#237;nuos, ininterruptos&lt;br/&gt;
sem fim&lt;br/&gt;
n&#227;o se pode terminar com eles, ter a &#250;ltima palavra&lt;br/&gt;
(pode-se querer...)&lt;br/&gt;
lembremos de Humpty Dumpty, o personagem de can&#231;oneta,&lt;br class='autobr' /&gt;
o ov&#227;o convencido de si mesmo, arrogante, em &lt;i&gt;Alice no&lt;br class='autobr' /&gt;
pa&#237;s das maravilhas&lt;/i&gt; : the question is : who is the m&#225;ster, that's&lt;br class='autobr' /&gt;
all, a quest&#227;o &#233; : quem &#233; o mestre, s&#243;&lt;br class='autobr' /&gt;
isso, a quest&#227;o &#233; : quem &#233; o mestre, ponto, isso &#233; tudo&lt;br class='autobr' /&gt;
ser o mestre &#233; ter a &#250;ltima palavra&lt;br/&gt;
e n&#227;o esque&#231;amos que ap&#243;s o enunciado desta suposta&lt;br class='autobr' /&gt;
verdade Humpty Dumpty, esse ov&#227;o, cai e se quebra&lt;br class='autobr' /&gt;
em mil peda&#231;os...&lt;br/&gt;
ou seja, h&#225; uma rela&#231;&#227;o entre democracia&lt;br/&gt;
e aceita&#231;&#227;o do conflito&lt;br/&gt;
e portanto uma certa aceita&#231;&#227;o da ang&#250;stia&lt;br/&gt;
em outras palavras : a linguagem &#233; o lugar da certeza e da&lt;br class='autobr' /&gt;
incerteza&lt;br/&gt;
o concreto n&#227;o &#233; nada se ele n&#227;o for nomeado&lt;br/&gt;
(&#8220;isso&#8221; = nada)&lt;br/&gt;
mas quando nomeado, &#233; reduzido&lt;br/&gt;
uma cadeira n&#227;o &#233; esta cadeira n&#227;o &#233; esta cadeira&lt;br/&gt;
azul n&#227;o &#233; esta cadeira azul no meu quarto...&lt;br/&gt;
a palavra &#233; a morte da coisa&lt;br/&gt;
e no entanto a coisa vive na, pela, a palavra&lt;br class='autobr' /&gt;
a linguagem, para retomar Hegel, &#233; &#8220;a vida que carrega a&lt;br class='autobr' /&gt;
morte e nela se mant&#233;m&#8221;&lt;br/&gt;
neste sentido a linguagem &#233; o lugar da ang&#250;stia&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
ao contr&#225;rio, o clich&#234;, a id&#233;ia pronta, a conven&#231;&#227;o, o&lt;br class='autobr' /&gt;
consenso &#233; uma forma de se livrar da&lt;br class='autobr' /&gt;
ang&#250;stia&lt;br/&gt;
isto &#233; do conflito&lt;br/&gt;
apesar talvez das apar&#234;ncias, &#233; o lugar do medo&lt;br/&gt;
do medo do conflito&lt;br/&gt;
e para come&#231;ar do conflito consigo mesmo&lt;br/&gt;
o clich&#234; &#233; uma forma de impedir o outro na l&#237;ngua&lt;br class='autobr' /&gt;
e, para come&#231;ar, o outro em si mesmo, em seus pr&#243;prios&lt;br class='autobr' /&gt;
conflitos, contradi&#231;&#245;es.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Volto a Baudelaire e ao t&#233;dio&lt;br/&gt;
&#8220;o T&#233;dio&#8221; este monstro cheio de &#243;dio &lt;br/&gt;
&#233; o n&#227;o-desejo&lt;br/&gt;
o n&#227;o desejo da l&#237;ngua, do pensamento na l&#237;ngua&lt;br/&gt;
o n&#227;o-desejo pelo outro na l&#237;ngua&lt;br/&gt;
a recusa de encontrar na l&#237;ngua e no pensamento&lt;br/&gt;
algu&#233;m&lt;br/&gt;
que por sua vez fale &lt;br/&gt;
que coloque em &lt;br/&gt;
que por sua vez fale &lt;br/&gt;
que coloque em quest&#227;o o que se pensa&lt;br/&gt;
que questione&lt;br/&gt;
que seja diferente&lt;br/&gt;
a recusa da surpresa, de ser surpreendido&lt;br/&gt;
e este outro, esta diferen&#231;a, sup&#245;e um conflito poss&#237;vel&lt;br/&gt;
na l&#237;ngua&lt;br/&gt;
no pensamento &lt;br/&gt;
e tamb&#233;m no seu pr&#243;prio pensamento&lt;br/&gt;
o que sup&#245;e reconhecer que se &#233; dividido&lt;br/&gt;
que n&#227;o se est&#225; for&#231;osamente de acordo consigo mesmo&lt;br/&gt;
mas que h&#225; um conflito a resolver&lt;br/&gt;
um trabalho a fazer&lt;br/&gt;
portanto uma ang&#250;stia&lt;br/&gt;
para pensar juntos estes opostos.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
N&#227;o se deve subestimar a possibilidade sempre&lt;br/&gt;
presente de uma redu&#231;&#227;o da linguagem, de uma vontade&lt;br/&gt;
de empobrecimento da linguagem,&lt;br/&gt;
de uma linguagem em m&#227;o &#250;nica,&lt;br/&gt;
a possibilidade sempre presente de uma civiliza&#231;&#227;o do clich&#234;&lt;br mas &#224; qual se op&#245;e o &#8220;trabalho da cultura&#8221; como diz freud, o trabalho do pensamento&lt;br/&gt;
que reconhece que a ang&#250;stia &#233; a &#8220;parte divina&lt;br class='autobr' /&gt;
do homem&#8221; (Heitor de Macedo)&lt;br/&gt;
e que busca &#8220;fazer coisas com a ang&#250;stia&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
(Rilke)&lt;br/&gt;
a literatura faz parte deste trabalho&lt;br/&gt;
a literatura : tentar manter o outro na l&#237;ngua&lt;br/&gt;
atrav&#233;s do que chamei &#8220;o detalhe, o pulo e o v&#237;nculo&#8221;&lt;br/&gt;
&#8211; o detalhe, n&#227;o o aned&#243;tico&lt;br/&gt;
os detalhes est&#227;o vivos, eles t&#234;m sentido&lt;br/&gt;
(n&#227;o o sentido, mas sentido, um sentido)&lt;br/&gt;
o detalhe &#233; um estilha&#231;o do real &lt;br/&gt;
enquanto o aned&#243;tico gira no vazio, rumina o trivial,&lt;br/&gt;
como o clich&#234; que ocupa o lugar&lt;br/&gt;
o detalhe op&#245;e-se ao mesmo tempo ao aned&#243;tico&lt;br/&gt;
e ao dogma (&#8220;a id&#233;ia&#8221; dostoieviskiana)&lt;br/&gt;
&#8211; o pulo, para retomar Kafka que define o escrever como&lt;br/&gt;
&#8220;pular para fora da cadeia dos assassinos&#8221;, &lt;br/&gt;
isto &#233;, na fic&#231;&#227;o, no poss&#237;vel&lt;br class='autobr' /&gt;
o colocar em rela&#231;&#227;o, fazer rela&#231;&#227;o&lt;br class='autobr' /&gt;
relacionar coisas aparentemente sem&lt;br class='autobr' /&gt;
rela&#231;&#227;o&lt;br/&gt;
o amor em suma, e para come&#231;ar o amor pela vida, j&#225; &lt;br class='autobr' /&gt;
que &#8220;a vida &#233; &#250;nica&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#61538;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;traduit par Heliete Karam&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Writing moves the sky</title>
		<link>https://lesliekaplan.net/traductions-translations/article/writing-moves-the-sky</link>
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		<dc:date>2014-01-20T16:29:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Leslie Kaplan</dc:creator>



		<description>
                First of all I would like to thank the New School, and Edith Kurzweil who invited me to this eighth William Phillips lecture and gave me the opportunity to come to the prestigious New School. My father Harold Kaplan was a great friend of William Phillips, who published his first short story, The Mohammedans, in (&#8230;)
-
&lt;a href="https://lesliekaplan.net/traductions-translations/" rel="directory"&gt;traductions/translations&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;First of all I would like to thank the New School, and Edith Kurzweil who invited me to this eighth William Phillips lecture and gave me the opportunity to come to the prestigious New School.&lt;br/&gt;
My father Harold Kaplan was a great friend of William Phillips, who published his first short story, &lt;i&gt;The Mohammedans&lt;/i&gt;, in Partisan Review, in 1943, and later his Paris Letters, and many other pieces, and I feel I always heard about Partisan review and William Phillips at home.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I was born in Brooklyn, in 1943, but brought up in Paris. Before the war, my father was studying French literature at the university of Chicago where he had a scholarship. He started working for the radio in 1942, in The Voice of America (La voix de l'Am&#233;rique), with Andr&#233; Breton and Pierre Lazareff, and afterwards was sent to Algiers, where he was when I was born. &lt;br/&gt;
Then, at the Liberation, he decided to stay in France. He had my mother come with me, I was two years old, and he worked with the American embassy in Paris for twelve years. My two brothers were born in Paris. I went to a French school and then to college in France, and I stayed in France after my parents left on other missions. And so I write in French, I am a French writer, of American origin, even if I have always thought, without really knowing what that meant, that underneath my French, English continued to exist. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;My interest in language probably came in part from my family environment. My two parents were second generation Americans, their own parents were Jews who had fled the tsarist Empire. The journey of my grand parents, both on my father's and my mother's side, I found described in a book that I read as a grown up, &lt;i&gt;World of our fathers&lt;/i&gt;, of Irving Howe, which was very important for me. I also discovered that my great grand uncle, Jacob Denison, was a writer in Yiddish, and had founded an orphanage in Warsaw after the First World War. He is buried with his two friends Ans-ki and Jacob Peretz, in the Jewish Cemetery in Warsaw, miraculously preserved. Two years ago when I went to Poland for the first time with one of my plays that was being put on there I read some verse of the &lt;i&gt;Dibbouk&lt;/i&gt; over his tomb.&lt;br/&gt;
My two parents loved literature and ideas, and the house was full of books, novels, poetry as well as political essays. When I was a child my father was attach&#233; culturel and he had an important role as a go-between for American and French cultures.&lt;br/&gt;
But the fact that I was bilingual also played a great role, being a little American in Paris, and having two languages, one for home and one for school. And there also was a lost language, Yiddish, since my mother spoke Yiddish with her mother when we visited her in the summer in New Jersey, when the family went back to the United States on &#171; home leave &#187;.&lt;br/&gt;
So the relationship between words and things, the act of naming, was not a matter of course, it was questioned. This is probably how the arbitrary character of language but also the playfulness contained in words could strike me all the more.&lt;br/&gt;
I have told this story in a fragmentary autobiography, Mon Am&#233;rique commence en Pologne, &lt;i&gt;My America begins in Poland&lt;/i&gt;.&lt;br/&gt;
Strangeness of language, of words, of meaning. But writing always seemed the thing to do, to be a matter of course.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Then, the Sixties : the movement of those years. I studied philosophy and history, passionately, and I took part in the student movement, in the movement against the war in Algeria, against the war in Vietnam, and afterwards, I was influenced by the Cultural Revolution in China, of which I knew nothing in reality. I joined the French ranks of mao&#239;sts because of the idea of an alliance between manual and intellectual workers. I took part in what was called the &#171; mouvement d'&#233;tablissement &#187; and I went to work in a factory in January 1968. I lived through the May 68 events in an occupied factory, and I continued to work in a factory for about two years afterwards.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The experience in the factory was a radical one. It became the substance of my first book, &lt;i&gt;L'exc&#232;s-l'usine&lt;/i&gt;. And it questioned how to write. I did not want to write like Zola, I wanted the factory to appear as something astonishing, banal and at the same time surprising, shocking.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;My experience at the factory put every thing into perspective. And first of all, though I wasn't aware of it at the time, language. &lt;br/&gt;
Language, the most common of things, what men and women have, at the beginning, in common. &lt;br/&gt;
I mean that EVERY THING could be, had to be, thought differently. Words for the most ordinary things no longer seemed to the point, effective. &lt;br/&gt;
You work, really ? You eat, really ? You live, really ? &lt;br/&gt;
In order to say anything at all, first you had to invent.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;You could make a speech, but that didn't account for anything-except for the ability to make a speech.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;When I started to write this experience, I tried to render physical sensations : I wanted to write what was outside, but also what one had inside, in one's head. This was in opposition with naturalism and determinism, where things and beings, are supposedly in their rightful place, correspond to their definition. &lt;br/&gt;
It was only afterwards that I realized how &#171; the factory &#187; and the world &#171; under the sky of the factory &#187;, questioned everything, contaminated everything. &lt;br/&gt;
And, one had to acknowledge it, this could empty experience, make experience something empty. &lt;br/&gt;
Take the word pace, in French : cadence, I think of the word because I recently read an article on factories in China. What does it mean to keep the pace on the assembly line. Those words mean nothing, or almost. Becoming the pace of the assembly line would be more correct. You can also talk of an infernal pace, &#8220;No more keeping an infernal pace !&#8221; was a slogan in May 68. &lt;br/&gt;
Alienation of experience, how a real experience becomes unreal, how language becomes false, a lie : This question belongs to everybody, which is why a naturalistic vision, where words are reduced to a social, a psychological, etc., origin, has never suited me.&lt;br/&gt;
This question still exists in my work today in different forms, of course : novel, theatre, poetry, essays. &lt;br/&gt;
And it seems to me the question of the &#171; factory &#187; is always connected with a research both on language and on madness. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Do we speak/ think/ write, do we talk to each other as if we were in a factory ? Or do we do so otherwise ?&lt;br/&gt; Is a sentence open or closed ? &lt;br/&gt; Do we live inside language as an alienated consumer or as a free man/woman ? &lt;br/&gt;
Do we assemble our sentences together without thinking, as if we were making manufactured objects ? &lt;br/&gt;
Do we address a person or nobody at all ? &lt;br/&gt;
Do we want to crush the person we are talking to with words ? &lt;br/&gt;
Do we want to have the last word ? &lt;br/&gt; Are we present or absent to ourselves ?&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And when we speak of &#171; madness &#187;, what are we talking about ? &lt;br/&gt;
Is it a place, a situation, a way of behaving which are &#171; mad &#187; ? &lt;br/&gt;
Is language mad, has language become mad ?&lt;br/&gt; How can we fight, with what forms can we fight the attempts to make everything trivial, to promote anecdotes, clich&#233;s that are empty and aggressive, even murderous, clich&#233;s that could be the present form of the &#171; opium of the people &#187; ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
The experience I had of psychoanalysis also was a decisive one. A passionate interest for the Unconscious has never left me, and I have always tried to find ways of writing that take the Unconscious into account. I have written a novel, The Psychoanalyst, and I have tried to work out the relationship between psychoanalysis and literature.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Psychoanalysis and literature are of course two experiences with language, with words, which take words seriously and explore them in all directions. Psychoanalysis separated from psychiatry with Freud's discovery of the Unconscious, and with the method of free association that Freud invented : not an a priori explanation involving some ready-made knowledge about the patient, but a form of listening, available, &#171; floating &#187; says Freud, where something surprising, unexpected, emerges, precisely the Unconscious. In the same way literature is not made with generalities, explanations, proclamations, but with details, surprising details that can appear insignificant but which question the usual and routine ways of thinking, ready made speeches, all different forms of stupidity, of &#171; accepted ideas &#187; (Flaubert), all &#171; frozen words &#187; (Rabelais).&lt;br/&gt;
For a writer as for a psychoanalyst, language is alive, always addressed, even if it is &#171; to no one &#187;, and it has multiple levels.&lt;br/&gt;
As a writer, I am interested in what is real, what comes as a surprise, and what questions. As I have said, I try to place myself aside from naturalism, determinism. The character is not a &#171; case &#187;. In my novel &lt;i&gt;The psychoanalyst&lt;/i&gt;, the patients are &#171; heroes &#187; : heroes of thinking, who confront the conflict between their desire for truth and their passion for ignorance (Lacan), like Oedipus, and like every one. The psychoanalyst is not the one who knows every thing, but a man or a woman who searches with his patient. And in the book, there is the psychoanalyst Simon Scop, and his patients, but there is also Eva, who is the second most important character, who comes from the French banlieue, the poor forgotten suburbs, and who interprets her life with the help of Kafka.&lt;br/&gt;
The way I see it, psychoanalysis and literature share a democratic vision of words, not a technocratic one, outside all dogma. And in this sense I agree with Nabokov who made fun of psychoanalysis, and claimed seeing no interest in a practice that consists in applying Greek myths on the genitalia of a certain number of people&#8230; And literature is not made with good feelings or good intentions. But psychoanalysis and literature aim, through the attention they pay to words each in their way, to do away with forms of alienation. That is, to make things more open, to help us be more available, more present, to the world, to encounters, to chance, as Freud says. They are both ways of practicing astonishment.&lt;br/&gt;
Psychoanalysis and literature have in common their refusal of categories, compartments, cases.&lt;br/&gt;
Taking words seriously, every word, and the words of every one, is a way of asserting, and maintaining, that language is the first and primordial social link, it is a way of being heedful of drifts toward forms of totalitarianism that are always possible. Bureaucracy, situation of neglect, of &#171; desolation &#187; (Arendt).&lt;br class='autobr' /&gt;
But it is also a way of being heedful of the display of hollow individualism, of trivialisation, of the reign of the anecdote : whereas a detail is a condensation, a flash of reality and points to a meaning, not the meaning, but a meaning, the anecdote promotes empty words, aims to occupy space for nothing, just occupy for occupying. In this sense, psychoanalysis and literature take into account the person as a singular entity, but are each in their own way, the opposite of an individualism that brandishes empty words.&lt;br/&gt;
And each in their own way, they have to do with art : they go with awakening, thinking, working &#171; one by one &#187; : a psychoanalysis is an encounter, and it is always a particular person, at a particular moment of his or her life, who encounters a work of art. They are two different forms of experiencing what is the exception, not the rule (Jean Luc Godard). Two forms of experiencing singularity, that recognize that anguish is far from being the evil that has to be done away with, as in the dream of a pill that would finish all mental suffering, but is on the contrary what makes us human, &#171; the divine part of man (Heitor de Macedo). Two ways which we try, as Rilke put it, to &#171; create things out of anguish &#187;. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;So, in a sense, at the outset of my desire to write, there was something that questioned what is &#171; normal &#187;, what is supposed to be normal and banal, and that reveals itself as not at all normal, but on the contrary, strange, even &#171; mad &#187;.&lt;br/&gt;
This double questioning, on language and on madness, continues to drive me to write.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Recently I was rereading for the millionth time Stavroguine's confession in &lt;i&gt;The Demons&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;The Possessed&lt;/i&gt;) and I noticed a detail I had never seen. It's at the beginning of the chapter, Nicolas Stavroguine arrives in the monastery and asks to see the starets with whom he has a rendez-vous. A monk takes him there, through corridors and corridors, and this monk, who is impressed, intimidated by Stavroguine, who is a prince, the son of Varvara Petrovna, etc., chatters endlessly, asking Stavroguine all sorts of questions. Stavroguine stays silent, lost in thought, or maybe irritated by the questions. Then, writes Dosto&#239;evski, the monk, &#171; receiving no answer, showed himself more and more respectful &#187;. And there, I stopped reading. &#171; The monk, receiving no answer, showed himself more and more respectful &#187;. In one line all condensed, Dosto&#239;evski gives us the obsequiousness of the monk, the contemptuous indifference of Stavroguine, and the relation between the two, the link, the dynamics of the link : the cringing respect _ voluntary bondage as La Bo&#235;tie put it _ brought forth by absence of answer, silence.&lt;br/&gt;
Why am I telling you this detail ? This tiny detail in the entire story of &lt;i&gt;The&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Demons&lt;/i&gt; ?T Well exactly because it's a detail, a crumb, a flash of reality which I hadn't noticed before, which can be the mark of a detail, but which, once you do notice it, reveals itself as obvious, with enormous implications. You can see the mechanics of authority fall into place, you can see them function, you can see the Super-ego, obscene and ferocious as Lacan puts it, you can see Big Brother.&lt;br/&gt;
The detail is a condensation of reality, it is the very substance of literature. I believe it is what we learn by reading Dosto&#239;evski (and of course many others).&lt;br class='autobr' /&gt;
No ideas but in things &#8230; as said William Carlos Williams.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But if I speak to you of Dosto&#239;evski, an author who is part of my making, it is also because reading him, though I did not formulate this right away, the reader is confronted with characters who speak all the time. Literature is a way of staging thought, the search for a point of view on the world. And with Dosto&#239;vski, that goes through speech, dialogue and monologue.&lt;br/&gt;
Inside the dosto&#239;vskian narrative, there is always a staging of speech, a constant drama of words themselves. And this makes obvious the importance of language and speech, the dangers of a way of talking that is seductive or murderous, the possibility of empty speech. All this is always present in Dosto&#239;evski's novels. The question : &#8220;what are words ?&#8221; is always there, at work. It's presence questions the text, the reader, the spectator. &lt;br/&gt;
(As it is said in &lt;i&gt;Hamlet&lt;/i&gt; : )&lt;br/&gt;
_What are you reading my Lord ? &lt;br/&gt;
_Words, words, words.&lt;br/&gt;
In this respect, the &lt;i&gt;Notes from the underground&lt;/i&gt; is an exemplary text. The narrator develops a long monologue where he is forever going back over his hatred and his despair. &#171; I am a sick man&#8230; I am a mean man&#8230; I don't even know at all what is my sickness&#8230; &#187;. He can't extricate himself. This first part of the story is terrifying, and light is shed on it when we read the second part of his story, which is no less terrifying. &lt;br/&gt;
In this second part the narrator tells of an event that took place before : he committed a murder, he sent back a very young woman, a child, to a brothel. We then understand the first part : he has done something that is irreparable, and now without a relationship to another, his life no longer has any firm footing, and he is himself under the curse of emptiness, of absence of meaning, of absurdity.&lt;br/&gt;
As you well know, Dosto&#239;evski confronted the question of modernity and of anguish that goes with it, the question of &#171; If God doesn't exist, then all is allowed &#187;. But, that is the point, he kept the question open, by refusing a cynical solution. Is it because he believed in God ? I would rather say : because he believed in the human fact of speech, of language, in the necessity of acknowledging the other who is speaking, with whom you are speaking. Even while following the twists and turns of how one can try to deny this fact, to avoid acknowledging the other, denying him, killing him, and, first of all, precisely, paradoxically, with words.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;What are words, what is language and speech, what are the grounds for a true way of speaking, a way that does not fall into emptiness : this question is not new, Aesop already said that the tongue can be the best and the worst of things.&lt;br/&gt;
But in our modern times it is rendered more acute by the fact that the market is more and more powerful. I will of course recall Mallarm&#233; for whom literature was a way of restoring their meaning to words, a purer meaning, to the words of the tribe, &#171; donner un sens plus pur aux mots de la tribu &#187;, of preventing words from becoming &#171; des pi&#232;ces de monnaie us&#233;es qu'on se repasse en silence &#187;, worn out coins that we pass on back and forth in silence. &lt;br/&gt;
Our time certainly pushes this question further still, by emptying words of their meaning and by promoting what I have called a &#171; civilization of clich&#233;s &#187;, where words have become advertising slogans and are used to sell anything and everything. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clich&#233;s, certainties, &#171; received ideas &#187; have of course always existed. Flaubert even made a comical &lt;i&gt;Dictionary&lt;/i&gt; with them, in which every word, any word, can become a clich&#233;. Flaubert begins with Abelard, Apricot, Absalom, Academy&#8230;&lt;br/&gt;
Beneath their apparent bourgeois good-nature, and their quiet emptiness, these &#171; received ideas &#187; are ways of knocking out the other with peremptory statements, given as obvious facts, so called neutral, in fact very aggressive.&lt;br class='autobr' /&gt;
But in our time things go very far.&lt;br/&gt;
Society is always threatened by the impoverishment of language, by simplification, by codes, by conventional, conformist ways of thinking.&lt;br class='autobr' /&gt;
Under a &#8220;soft&#8221; appearance, this is a prescribed way thinking, it's a way of forbidding us to think in any other way.&lt;br/&gt;
Thinking with &#8220;received ideas&#8221;, with &#8220;clich&#233;s&#8221; is a way of getting rid of the anguish that is part of the human condition, part of language : where there is language, there is conflict, there is certainty and uncertainty&#8230; and confronting uncertainty, taking upon oneself to deal with the infinite of words, to deal with anxiety, is always more difficult than having closed certainties.&lt;br/&gt;
In our world, language is often considered a simple, neutral, tool, made for communication. We erase the gap between the person who is speaking, who is stating something, and what this person is saying, the statement itself, we erase the fact that words have multiple meanings, and are always addressed. This double fact is the nature of language. What is promoted is a false idea, the notion of simple, plain, communication, that goes through or not, and if it doesn't it's a purely technical problem.&lt;br/&gt;
This is a way of seeing that comes from advertising : a smooth world, filled with living dead, with zombies.&lt;br/&gt;
Words become products, slogans, wrapped up in cellophane. &lt;br/&gt;
We live in a world where speech in public places is constantly degraded, where advertisement and television have an enormous impact on culture, where we face, as Serge Daney, a French critic and essayist, put it, the &#8220;marketing of the individual and loss of experience&#8221;. Talk shows, reality shows, &#8220;live&#8221; broadcast, narcissism, ours is a self-centered world, where the disclosing of little secrets without any importance, anecdotes, trivia are presented as culture.&lt;br/&gt;
Advertisement is a self-referring system, what advertisement advertises for, first of all, is for advertisement itself. For a world that is beautiful, good, true, genuine, sincere and authentic&#8230; and clean, a world made at the snap of a finger, with no relation at all to time or space.&lt;br/&gt;
Our world promises something &#8220;unlimited without any commitment whatsoever&#8221;, as I read recently in an add for a cell phone subscription : empty all-mightiness.&lt;br/&gt;
For advertisement there are only two options : either you have the product, the object, or you don't, the world is binary, it is divided in two&#8230; and the rest of the world equals zero, advertisement goes with a latent but total aggressiveness, it does away with the Other and others. &lt;br/&gt;
That is why it is urgent to question language, speech, speech in public places, how speech is treated.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I will quote William Carlos Williams, in his forward to Allen Ginsberg's &lt;i&gt;Howl&lt;/i&gt; : &lt;br/&gt;
&#8220;Every man is defeated, a man if he be a man is not defeated&#8221;. &lt;br/&gt;
But then, who is this man who is not defeated.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;My hero : Kafka, who wrote in his Journal (1922) : &#8220;To write is to jump outside the line of the assassins.&#8221;&lt;br/&gt;
Example of this prodigious jump : &#8220;one morning after a troubled sleep Gregor Samsa woke up changed into an enormous vermin&#8221;. &lt;br/&gt;
Here is a jump, a jump into fiction, which we can appreciate maybe all the more if we remember that Kafka's father had insulted his son's great friend, the actor L&#246;wy, who played in Yiddish, and had called him precisely &#8220;vermin&#8221;. Kafka takes this insult, this word, and with his particular genius, transforms it, makes a real insect of it, something the reader considers with dread, and, of course, pleasure.&lt;br/&gt;
This sentence of Kafka's has always seemed to me to be the very definition of what writing is, and more specifically, the writing of fiction.&lt;br/&gt;
&#8220;To write is to jump outside the line of the assassins&#8221; : the assassins, contrary to what one might believe, are those who stay in line, who follow the usual way of things, who repeat and start over again the bad life as it goes.&lt;br/&gt;
What do they assassinate ? &lt;br/&gt;
The possible, every thing that could begin, tear away, change.&lt;br/&gt;
Kafka says that writing, the act of writing, is putting a distance with this usual way of things, the distance of a jump.&lt;br/&gt;
He says, to write is to jump outside, to jump elsewhere. That implies something you can stand on, and words are that, they allow you to stop and grasp where you come from, where this world comes from, this old world of assassins. &lt;br/&gt;
If you only say again, repeat, start over&#8230; you never extricate yourself, where is the point.&lt;br/&gt;
Jumping is an act, an act of thought, a breaking, it's not a simple accumulation, a linear process, you continue, you continue, and things change by themselves. No. You have to work loose, to move.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
I would like to read a few extracts of my plays, they deal with language, our society, madness&#8230;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;All my life I have been a woman&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
all my life I've been a woman&lt;br/&gt;
a woman&lt;br/&gt;
all my life&lt;br/&gt;
does that sentence seem&lt;br/&gt;
odd to me&lt;br/&gt;
no&lt;br/&gt;
sometimes&lt;br/&gt;
sometimes it seems odd to me&lt;br/&gt;
all my life &lt;br/&gt;
I've been&lt;br/&gt;
a woman&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;how can you talk that way&lt;br/&gt;
all your life you've been a woman&lt;br/&gt;
how can you say that&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I'm saying it, that's all&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;but you don't realize &lt;br/&gt;
how can you say that&lt;br/&gt;
calmly&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;it's not sure I'm saying it calmly&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;you're saying it&lt;br/&gt;
calmly&lt;br/&gt;
if not you'd be climbing up a wall&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a wall ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;yes a wall&lt;br/&gt;
you can't say that&lt;br/&gt;
&#171; all my life I've been a woman &#187;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I can't say it ? I can't say it ?&lt;br/&gt;
I'm saying it&lt;br/&gt;
all my life I've been a woman&lt;br/&gt;
I'm saying it&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;if you say it&lt;br/&gt;
if you say it&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O.K., then if I say it&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;if you say it&lt;br/&gt;
nobody will understand you&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;it's impossible to understand ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I said One cannot understand you&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I don't understand&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;what don't you understand&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;what you are saying&lt;br/&gt;
I don't understand what you are saying&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I think you don't understand&lt;br/&gt;
yourself&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;true&lt;br/&gt;
I don't understand myself&lt;br/&gt;
all my life I've been a woman&lt;br/&gt;
what a huge sentence&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;huge ?&lt;br/&gt;
huge ?&lt;br/&gt;
what do you mean, huge ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;that sentence has such potential&lt;br/&gt;
so many possibilities&lt;br/&gt;
that sentence includes&lt;br/&gt;
I'm saying : includes&lt;br/&gt;
so many other sentences&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;O.K.&lt;br/&gt;
but &lt;br/&gt;
a blender &lt;br/&gt;
liberates a woman&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;oh no&lt;br/&gt;
not that&lt;br/&gt;
no &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;yes yes yes&lt;br/&gt;
a blender&lt;br/&gt;
liberates a woman&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I'm saying all my life I've been a woman&lt;br/&gt;
that sentence is huge&lt;br/&gt;
huge&lt;br/&gt;
huge&lt;br/&gt;
and you &lt;br/&gt;
your answer is&lt;br/&gt;
a blender&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;yes&lt;br/&gt;
a blender&lt;br/&gt;
that's right&lt;br/&gt;
a blender&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I'm leaving&lt;br/&gt;
you're too limited&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
leaving me ?&lt;br/&gt;
why ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I'm leaving you&lt;br/&gt;
you're too limited&lt;br/&gt;
I am in front of a huge sentence&lt;br/&gt;
huge&lt;br/&gt;
all my life I've been a woman&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I just wanted to talk to you about blenders&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;blender&lt;br/&gt;
schmender&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;don't you think household items&lt;br/&gt;
are important ?&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I'm in front of that sentence&lt;br/&gt;
all my life I've been a woman&lt;br/&gt;
I'm in front of it&lt;br/&gt;
got it ?&lt;br/&gt;
in front ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;aren't you interested&lt;br/&gt;
in carrot scrapers ?&lt;br/&gt;
carrot scrapers&lt;br/&gt;
have changed my life&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;have they changed your life&lt;br/&gt;
or have they changed life ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;they have changed my life&lt;br/&gt;
the vegetables are perfectly scraped&lt;br/&gt;
I save money&lt;br/&gt;
I save time&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I'm talking about a huge&lt;br/&gt;
sentence&lt;br/&gt;
in front of which I am&lt;br/&gt;
all my life I've been a woman&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;all the little vegetables are respected in their diversity&lt;br/&gt;
potatoes&lt;br/&gt;
carrots&lt;br/&gt;
leeks&lt;br/&gt;
fenel&lt;br/&gt;
egg plants&lt;br/&gt;
zucchinis&lt;br/&gt;
turnips&lt;br/&gt;
all those little veggies&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;you're the vegetable&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;the blender also changed my life&lt;br/&gt;
a simple pur&#233;e is much more&lt;br/&gt; than just a simple pur&#233;e&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;you're really limited&lt;br/&gt;
pur&#233;e&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;to blend&lt;br/&gt;
to crunch&lt;br/&gt;
to cut&lt;br/&gt;
to slice&lt;br/&gt;
to press&lt;br/&gt;
and juices&lt;br/&gt;
ah juices&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;what about juices&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;they are infinite&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;trivial&lt;br/&gt;
you are trivial&lt;br/&gt;
I talk to you about a huge sentence&lt;br/&gt;
all my life I've been a woman&lt;br/&gt;
and you answer with the infinity &lt;br/&gt;
of juices&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;apples&lt;br/&gt;
pears&lt;br/&gt;
bananas&lt;br/&gt;
strawberries&lt;br/&gt;
ah strawberries&lt;br/&gt;
citrus fruits&lt;br/&gt;
oranges&lt;br/&gt;
lemons&lt;br/&gt;
fruits&lt;br/&gt;
vegetables&lt;br/&gt;
mixtures&lt;br/&gt;
infinite&lt;br/&gt;
infinite&lt;br/&gt;
infinite&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;trivial&lt;br/&gt;
trivial&lt;br/&gt;
trivial&lt;br/&gt;
all my life I've been a woman&lt;br/&gt;
that's something else for infinity&lt;br/&gt;
that's something else&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;and soups&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;what about soups&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;broth and soup&lt;br/&gt;
soup and broth&lt;br/&gt;
in the singular&lt;br/&gt;
in the plural&lt;br/&gt;
infinite liquid&lt;br/&gt;
liquid infinite&lt;br/&gt;
the liquid penetrates you&lt;br/&gt;
fills you up&lt;br/&gt;
flows into your intestines&lt;br/&gt;
flows in your veins&lt;br/&gt;
becomes your blood&lt;br/&gt;
your identity&lt;br/&gt;
tell me which soup you eat&lt;br/&gt;
and I'll tell you who you are&lt;br/&gt;
it warms you up&lt;br/&gt;
that soup&lt;br/&gt;
it cools you too&lt;br/&gt;
sometimes&lt;br/&gt;
gaspacho&lt;br/&gt;
cucumber soup&lt;br/&gt;
eat your soup&lt;br/&gt;
I'm enthusiastic&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;soup is total&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;is it sexual ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;of course it's sexual&lt;br/&gt;
it's total&lt;br/&gt;
it's sexual&lt;br/&gt;
proof being&lt;br/&gt;
when you don't like soup&lt;br/&gt;
you've got a problem&lt;br/&gt;
and&lt;br/&gt;
who says problem&lt;br/&gt;
says sex&lt;br/&gt;
all problems&lt;br/&gt; are sexual&lt;br/&gt;
at bottom&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;masturbation is sexual&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;masturbation&lt;br/&gt;
or mastication ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;masturbation&lt;br/&gt;
is sexual&lt;br/&gt;
mastication as well&lt;br/&gt;
fellatio&lt;br/&gt;
sodomy&lt;br/&gt;
sexual&lt;br/&gt;
to go in&lt;br/&gt;
to go out&lt;br/&gt;
to go up&lt;br/&gt;
to go down&lt;br/&gt;
to run&lt;br/&gt;
to stop&lt;br/&gt;
to pant&lt;br/&gt;
to dream&lt;br/&gt;
to dream is totally sexual&lt;br/&gt;
when you say, I'm dreaming&lt;br/&gt;
or : Pinch me, I'm dreaming&lt;br/&gt;
everything is sexual&lt;br/&gt;
even masturbation&lt;br/&gt;
is sexual&lt;br/&gt;
it's totally sexual&lt;br/&gt;
to pinch&lt;br/&gt;
to shake&lt;br/&gt;
to tickle&lt;br/&gt;
to hit&lt;br/&gt;
to tremble&lt;br/&gt;
to shiver&lt;br/&gt;
to die&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Louise, she is crazy&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(translated by Amelia Parenteau)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;there are those days when everything seems flat&lt;br/&gt;
flattened&lt;br/&gt;
a puddle&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;everybody feels that&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I don't care about everybody&lt;br/&gt;
I'm talking about myself&lt;br/&gt;
there are those days&lt;br/&gt;
when I feel so insignificant&lt;br/&gt;
nearly nothing&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;everybody feels that&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I don't care about everybody&lt;br/&gt;
I'm talking about myself&lt;br/&gt;
for me, there are those days&lt;br/&gt;
where I say to myself, the proof&lt;br/&gt;
that a women doesn't amount to much&lt;br/&gt;
is that God isn't married&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;what do you mean ? what do you mean ?&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;the proof that a women doesn't amount to much&lt;br/&gt;
is that God isn't married&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;nonsense&lt;br/&gt;
you are really depressed&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;of course I'm depressed&lt;br/&gt;
how can you not be depressed&lt;br/&gt;
is God married&lt;br/&gt;
yes or no ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;maybe He's married&lt;br/&gt;
maybe He's not married&lt;br/&gt;
God does what He wants&lt;&lt;/i&gt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;God-is-not-married&lt;br/&gt;
if God were married everybody would know about it&lt;br/&gt;
God is not married&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;He isn't ?&lt;&lt;/i&gt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;God is self-reliant&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;if you get married&lt;br/&gt;
you aren't self-reliant ?&lt;br/&gt;
I don't see God as single&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;you don't ?&lt;br/&gt;
if you get married, you depend on someone&lt;br/&gt;
God doesn't depend on anyone&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;God is love&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;of course&lt;br/&gt;
God is love&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;God is love&lt;br/&gt;
He depends on those He loves&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on those He loves&lt;br/&gt;
or on those who love Him ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;on those who love Him&lt;br/&gt;
and on those He loves&lt;br/&gt;
God needs us&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;He needs us ?&lt;br/&gt;
He is all-powerful&lt;br/&gt;
He doesn't need anybody&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;God is all-powerful&lt;br/&gt;
but He isn't crazy&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;God isn't crazy ?&lt;br/&gt;
maybe He's crazy&lt;br/&gt;
maybe He's not crazy&lt;br/&gt;
God does what He wants&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;do you give Him&lt;br/&gt;
a capital H ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;of course&lt;br/&gt;
I give Him&lt;br/&gt;
a capital H&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;God isn't crazy&lt;br/&gt;
God speaks to me&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;He speaks to you ? He speaks to you ?&lt;br/&gt;
sure He does&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;God does speak to me&lt;br/&gt;
I hear Him&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;what do you hear ?&lt;br/&gt;
in what language does He speak to you ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;He speaks to me in a very beautiful language&lt;br/&gt;
with exquisite words&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;exquisite words ? exquisite words ?&lt;br/&gt;
you make me laugh&lt;br/&gt;
you give me a good laugh&lt;br/&gt;
in what language does He speak to you ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a better language than yours, in any case&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;God speaks Latin&lt;br/&gt;
everybody knows that&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;He speaks to me&lt;br/&gt;
He speaks to me specifically&lt;br/&gt;
He says, My little chicken, My chickie&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Move the sky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I am in love but I prefer breaking our relationship&lt;br/&gt;
That way he's not the one who leaves&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I prefer staying with some one I don't love&lt;br/&gt;
That way I don't suffer if he goes away&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I prefer living with someone I despise&lt;br/&gt;
That way I'm not afraid he doesn't love me&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I prefer ruining my life&lt;br/&gt;
That way I don't regret anything&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I prefer fretting my heart out&lt;br/&gt;
That way I accuse no one&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I prefer saying nothing&lt;br/&gt;
That way I stay with my longing&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I prefer failing&lt;br/&gt;
That way I don't make anyone jealous&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I prefer looking awful&lt;br/&gt;
That way I have my revenge&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I prefer being ugly&lt;br/&gt;
That way my mother hates me&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I prefer being stupid&lt;br/&gt;
That way I disappoint&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I prefer making mistakes&lt;br/&gt;
That way I reassure every one&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I prefer being stupid&lt;br/&gt;
That way, it's over, I'm stupid&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I prefer living with a sick person&lt;br/&gt;
That way I know I'm in good health&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I prefer working with fools&lt;br/&gt;
That way you can see where the ideas come from&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I prefer hiding&lt;br/&gt;
That way nobody can find me&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I prefer breaking every thing&lt;br/&gt;
that way there is nothing left&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I prefer living on nothing&lt;br/&gt;
that way I keep every thing&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I prefer giving orders&lt;br/&gt;
That way I am sure I am free&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I prefer hurting&lt;br/&gt;
That way I can see hate in the other&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I prefer humiliating&lt;br/&gt;
That way I am the queen&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I prefer destroying the other&lt;br/&gt;
That way I am safe&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I prefer nothing goes on&lt;br/&gt;
That way I'm not afraid something will happen&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; +++&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;people always say monkeys look like human beings&lt;br/&gt;
I think it's silly&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;yes but &lt;br/&gt;
frankly&lt;br/&gt;
frankly&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;what, frankly&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;that little monkey&lt;br/&gt;
he is the exact copy of my brother&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;you exaggerate&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;not at all&lt;br/&gt;
I don't exaggerate at all&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;how can you say that&lt;br/&gt;
a monkey is a monkey&lt;br/&gt;
O.K., he's cute&lt;br/&gt;
but nevertheless, he's a monkey&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;do you see his ears ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;how could I not see them ?&lt;br/&gt;
that's all you can see&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;well, my brother has the same&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;the same ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;the same ears&lt;br/&gt;
I'm telling you&lt;br/&gt;r/&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
it's not because you think&lt;br/&gt;
I'm saying because you think&lt;br/&gt;
they have the same ears&lt;br/&gt;
that there is a real likeness&lt;br/&gt;
a true likeness&lt;br/&gt;
a deep likeness&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;the face is the same, too&lt;br/&gt;
all creased, crumpled, worn&lt;br/&gt;
when my brother was a baby&lt;br/&gt; my mother left him with me all the time&lt;br/&gt;
I was so annoyed &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;he was all creased ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;yes all creased&lt;br/&gt;
all crumpled&lt;br/&gt;
he looked like a little old guy&lt;br/&gt;
the monkey looks just like that&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;no, it's not the same thing&lt;br/&gt;
we are human beings&lt;br/&gt;
absolutely not the same thing&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;that might not be true&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;of course it's true&lt;br/&gt;
you can't compare&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;every body compares&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;to compare is not scientific&lt;br/&gt;
a monkey is limited, a limited being&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;limited ? limited ?&lt;br/&gt;
you make me laugh&lt;br/&gt;
have you seen Nenette&lt;br/&gt;
the way she wipes the widow&lt;br/&gt;
crr crr crr&lt;br/&gt;
she takes a Kleenex, she wipes the window&lt;br/&gt;
crr crr crr&lt;br/&gt;
and that little monkey&lt;br/&gt;
look at him&lt;br/&gt;
look how delicate he is&lt;br/&gt;
how graceful&lt;br/&gt;
he plays&lt;br/&gt;
he hides&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;you &#8216;re talking rubbish&lt;br/&gt;
you say &#8220;he plays&#8221;, &#8220;he hides&#8221;&lt;br/&gt;
you are projecting, projecting&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I am not projecting&lt;br/&gt;
I am watching&lt;br/&gt;
He is very concentrated&lt;br/&gt;
he plays he hides&lt;br/&gt;
he wants to find out&lt;br/&gt;
he explores&lt;br/&gt;
his forehead is all creased from paying attention&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;bullshit&lt;br/&gt;
he has creases, his skin is creased, that's all&lt;br/&gt;
you know there are nations&lt;br/&gt;
and not just any&lt;br/&gt;
the great Chinese nation for example&lt;br/&gt;
who eat monkeys&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;that's disgusting&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;why disgusting ?&lt;br/&gt;
they are animals&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;it's disgusting&lt;br/&gt;
it's as if you were eating&lt;br/&gt;
I don't know&lt;br/&gt;
it's as if you were eating&lt;br/&gt;
an ancestor&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;an ancestor ?&lt;br/&gt;
an ancestor ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;do we go back to monkeys, yes or no&lt;br/&gt;
you are not going to repudiate Darwin, evolution&lt;br/&gt;
science, progress&lt;br/&gt;
I will never eat a monkey&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;don't say a monkey&lt;br/&gt;
you should say : eat some monkey&lt;br/&gt;
use a partitive, a partitive preposition&lt;br/&gt;
some cake, some pie&lt;br/&gt;
it's not a personal problem &lt;br/&gt;
between you and the monkey&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;look, a monkey is too near&lt;br/&gt;
you cant' t eat it&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;no&lt;br/&gt;
you have to eat it&lt;br/&gt;
it's obvious&lt;br/&gt;
you have to&lt;br/&gt;
you have to eat monkey&lt;br/&gt;
otherwise&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;otherwise ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;otherwise you are going to mix every thing up&lt;br/&gt;
you are going to lose your marks&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;we are in times of confusion&lt;br/&gt;
where marks&#8230;&lt;br/&gt;
where marks&#8230;.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;where marks ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;marks are unsteady&lt;br/&gt;
wobbly&lt;br/&gt;
they disappear&lt;br/&gt;
nobody knows where they stand&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;in any case&lt;br/&gt;
a monkey is a monkey&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;have you seen his hands ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;of course I've seen his hands&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;he has a thumb&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;yes, it's true&lt;br/&gt;
he has a thumb&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;and his feet&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;what about his feet&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;you're not going to call them paws&lt;br/&gt;
paws are coarse&lt;br/&gt;
thick&lt;br/&gt;
animal&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O.K, OK. They look like feet&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;so ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;so what ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;come on, doesn't it make you feel nervous ?&lt;br/&gt;
dizzy ?&lt;br/&gt;
do you see a difference ?&lt;br/&gt;
&lt;br }&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I see little difference&lt;br/&gt;
very little difference&lt;br/&gt;
that's why you have to eat him&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; lecture given at the New School for social research in New York, on November 5th 2013, extracts read with Amelia Parenteau&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Muriel</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Leslie Kaplan</dc:creator>



		<description>
                Muriel. La ville de Boulogne, le port, la reconstruction. La France gaulliste, la sensation pr&#233;cise, physique, de cette France. Ce qu'on voit, ce qu'on conna&#238;t, les fa&#231;ades des immeubles, normales, les bistrots, habituels, les repas, arros&#233;s, tout est inqui&#233;tant. Fissures, irruptions, retournements. Gros plans (&#8230;)
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Muriel&lt;/i&gt;. La ville de Boulogne, le port, la reconstruction. La France gaulliste, la sensation pr&#233;cise, physique, de cette France. Ce qu'on voit, ce qu'on conna&#238;t, les fa&#231;ades des immeubles, normales, les bistrots, habituels, les repas, arros&#233;s, tout est inqui&#233;tant. Fissures, irruptions, retournements. Gros plans abrupts, ton coupant, phrases sans transitions. Une musique a&#233;rienne, une voix comme venue d'ailleurs, ou venue du fin fond de la folie. Tout d'un coup, au milieu de la ville, des terrains vagues. Au loin la mer et la plage, le vent. Une baleine &#233;chou&#233;e, un monstre. Qu'est devenu Alphonse, son amour de jeunesse, qu'H&#233;l&#232;ne a invit&#233;, que peut devenir Bernard, son beau-fils, revenu de la guerre d'Alg&#233;rie.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le d&#233;cor reconstruit, dans les meubles bourgeois, le pass&#233; affleure, il est violent, le tortionnaire en chef qui a organis&#233; en Alg&#233;rie le meurtre d'une femme, &#8220;Muriel&#8221;, se prom&#232;ne sans &#233;tat d'&#226;me dans la ville, les traces des bombardements de la Seconde guerre mondiale sont aussi faciles &#224; voir que l'imposture d'Alphonse, son baratin et ses bobards, mais pour voir il faut vouloir, ne pas se d&#233;tourner, ne pas tout tourner en d&#233;rision, &#8220;le cuisinier est revenu de d&#233;portation, s'il n'&#233;tait pas revenu on aurait perdu la recette&#8221;, blague Claudie l'amie d'H&#233;l&#232;ne. Claudie pr&#234;te de l'argent &#224; H&#233;l&#232;ne mais elle a une hypoth&#232;que sur son appartement. Paul de Smock, bien s&#251;r comme smoke, fum&#233;e, fait des affaires dans l'immobilier, il accompagne H&#233;l&#232;ne tous les soirs au casino o&#249; tous les soirs elle perd, et raconte l'histoire d'un immeuble dont il s'occupe, cet immeuble est parfait jusqu'au dernier bouton de porte, mais, voil&#224;, il glisse. Non dits, secrets, mensonges, crimes cach&#233;s... &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voix de Delphine Seyrig, pos&#233;e, d&#233;cal&#233;e, profonde et fausse, on la voit, c'est sa fa&#231;ade &#224; elle, belle et bourgeoise, claire et mis&#233;rable. Malaise, malaise. Tous les mots portent, &#8220;Reprenez du g&#226;teau, je ne supporte pas les restes&#8221;, malaise. &#8220;Le fils du voisin est revenu de la guerre, &#231;a l'a transform&#233;&#8221;, malaise. Ces phrases ne sont pas moins inqui&#233;tantes que celles du vrai fou qui passe et auquel personne ne fait attention, &#8220;Dites, vous qui &#234;tes bien plac&#233; vous ne pourriez pas me trouver un mari ? pour ma ch&#232;vre ?&#8221; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les couleurs sont vives comme si on avait repeint, et le pass&#233; o&#249; est-il, dans les meubles entass&#233;s dans l'appartement d'H&#233;l&#232;ne et vendus, dans les images de soldats en Alg&#233;rie en train de cuisiner ou de discuter avec la &#8220;population&#8221;, dans le souvenir pr&#233;cis, impr&#233;cis, de la guerre mondiale, dans la m&#233;moire sans m&#233;moire de tous les traumas, nuit et brouillard ? &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Redoublement d'une guerre &#224; l'autre, guerre mondiale, guerre coloniale, l'esprit fasciste qui cohabite avec l'esprit bourgeois. Redoublement et effacement. &#8220;Muriel il ne faut pas la d&#233;ranger&#8221;. Dans l'appartement bourr&#233; de choses o&#249; il n'y a plus personne une femme cherche un homme qui s'est enfui.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>lire, c'est quoi</title>
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		<dc:date>2014-01-20T15:57:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Leslie Kaplan</dc:creator>



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                Tout le monde ne lit pas, mais tout le monde peut lire. Un livre, qu'est-ce que c'est. Pourquoi on lit. Pourquoi on ne lit pas. O&#249; vont les mots. Ces questions avec d'autres font partie d'un questionnaire, Questions-questions, pos&#233; &#224; la population de la ville de Saint-Denis, pendant l'ann&#233;e 1996-1997. L'id&#233;e du (&#8230;)
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&lt;a href="https://lesliekaplan.net/avec-des-ecrivains/" rel="directory"&gt;avec des &#233;crivains&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tout le monde ne lit pas, mais tout le monde peut lire. &lt;i&gt;Un livre, qu'est-ce que c'est. Pourquoi on lit. Pourquoi on ne lit pas. O&#249; vont les mots.&lt;/i&gt; Ces questions avec d'autres font partie d'un questionnaire, &lt;i&gt;Questions-questions&lt;/i&gt;, pos&#233; &#224; la population de la ville de Saint-Denis, pendant l'ann&#233;e 1996-1997. L'id&#233;e du questionnaire venait d'un personnage, miss Nobody Knows, et du livre &lt;i&gt;Depuis maintenant&lt;/i&gt; que le groupe du Th&#233;&#226;tre des Lucioles alors en r&#233;sidence au th&#233;&#226;tre G&#233;rard Philip avait mis en sc&#232;ne. Eva, le second personnage principal de mon livre &lt;i&gt;Le Psychanalyste&lt;/i&gt;, qui est serveuse ou qui gagne sa vie avec des petits boulots, traverse la ville en lisant Kafka, et la lecture est pour elle une fa&#231;on de penser sa vie. Dans &lt;i&gt;Fever&lt;/i&gt;, les deux adolescents meurtriers trouvent &#8220;&#224; qui parler&#8221; dans des livres, en particulier dans &lt;i&gt;Eichmann &#224; J&#233;rusalem&lt;/i&gt; de Hannah Arendt. Lire est une exp&#233;rience, une pratique concr&#232;te qui entra&#238;ne, qui peut entra&#238;ner une transformation sensible, intellectuelle, du rapport que l'on a au monde. C'est exp&#233;rimenter des mots, leur impact mat&#233;riel, en les recevant et en maintenant, en pouvant maintenir, une distance, avec eux d'abord, et avec le monde qu'ils ouvrent, d&#233;signent, soulignent, suspendent, retournent. L'urgence, la pression du monde, est ressentie particuli&#232;rement fort pendant l'adolescence, o&#249; tout est &#224; la fois d&#233;j&#224; l&#224; et en attente, les id&#233;es, la sexualit&#233;, tous les questionnements sur l'identit&#233; et l'identit&#233; sexuelle, et c'est pourquoi l'adolescence est souvent une p&#233;riode o&#249; l'on peut &#233;prouver si fort le d&#233;sir de cette distance, de la lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait dire aussi le malheur que l'on &#233;prouve quand on ne peut pas lire, tout lecteur l'a &#233;prouv&#233;, on tient un livre dans la main et on ne peut pas le lire, on ne suit pas, il ne vous dit rien, la possibilit&#233; de lire vous est retir&#233;e, et on saisit alors par le n&#233;gatif &#224; quel point lire est une forme de dialogue avec le monde, de pr&#233;sence du monde pour soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux exp&#233;riences de lectures : &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfant am&#233;ricaine &#224; Paris j'allais dans une &#233;cole du quartier, mes parents avaient pr&#233;f&#233;r&#233; envoyer leurs enfants dans une &#233;cole fran&#231;aise, mais &#224; la maison je parlais anglais et le soir l'histoire que ma m&#232;re lisait &#233;tait en anglais. &lt;i&gt;Red light, green light, good night&lt;/i&gt;, Feu rouge, feu vert, bonsoir, j'ai ador&#233; ce livre, c'est peut-&#234;tre le premier que j'ai compris, qui m'a donn&#233; le sentiment de comprendre. Comprendre : la rue, le feu rouge, le feu vert, on voyait les couleurs, les lumi&#232;res, les voitures qui passaient, les voitures qui s'arr&#234;taient, le jour bleu, la nuit noire. Mais &#8220;good night&#8221;, comment comprendre, c'est quoi, comprendre &#8220;good night&#8221; ? Good night n'a aucune image. Ou plut&#244;t : on ne peut pas d&#233;signer good night, l'image n'est pas dans le mot, &#224; l'int&#233;rieur, l'image est &#224; c&#244;t&#233; du mot, ailleurs, o&#249;, il faut un petit saut, mental, on saute, on attend, on re&#231;oit le baiser avant de dormir, le baiser qui va avec good night, et qui pr&#233;c&#232;de le moment anticip&#233; et non moins agr&#233;able o&#249; l'on commence &#224; entrer dans le sommeil, confiance, chaleur, &#234;tre envelopp&#233;, trouver la position, dormir, r&#234;ver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, l'&#233;t&#233;, aux Etats-Unis. Je me vois en train de lire un livre emprunt&#233; &#224; la biblioth&#232;que &#224; c&#244;t&#233; de la maison, &lt;i&gt;Jean-Christophe&lt;/i&gt;, de Romain Rolland, j'avais huit ou neuf ans. Je n'ai jamais relu ce livre, je garde l'histoire d'un musicien allemand amoureux de la France, ses origines modestes, son grand-p&#232;re musicien qui voulait qu'il joue avec le &#8220;coeur&#8221;, pas avec la seule virtuosit&#233; technique, son apprentissage sentimental, toutes ses femmes, ses d&#233;ceptions dans la vie, les envieux et les mesquins, sa force, etc, plus ou moins Beethoven...Mais ce qui est rest&#233; vivant, c'est la jubilation de lire un livre en fran&#231;ais, en fait des livres, j'y ai pass&#233; l'&#233;t&#233;, parce que c'&#233;tait une s&#233;rie, beaucoup, dix volumes, alors que j'&#233;tais entour&#233;e d'anglais. Le sentiment concret d'une exp&#233;rience extraordinaire, intense, pleine. Image tr&#232;s pr&#233;cise de moi en train de lire, et de regarder le ciel. Pourquoi le ciel ? Le ciel c'est les avions, c'est aussi une fa&#231;on de traverser l'Atlantique, de venir en Am&#233;rique. Dans un de mes livres d'enfant, un livre illustr&#233;, il y avait un avion imaginaire, une machine du futur, o&#249; les passagers pouvaient tout faire, restaurant et piscine, biblioth&#232;que, vivre dans le ciel en somme. Et pendant un voyage il y a vraiment eu une fois un grand et gros avion o&#249; les enfants pouvaient dormir allong&#233;s sur une couchette am&#233;nag&#233;e au-dessus des si&#232;ges. Mais le ciel est aussi un certain rapport au monde, un lieu double, r&#233;el et irr&#233;el &#224; la fois, qui n'est pas sans rapport avec le livre. Dans un livre, c'est une sc&#232;ne de &lt;i&gt;Jean-Christophe&lt;/i&gt; qui m'est rest&#233;e, on lit une histoire, le h&#233;ros grimpe dans un arbre, cueille des cerises, en jette dans le corsage, ce mot d&#233;suet ! de la jeune fille en dessous qui rit et les mange, et on est le gar&#231;on qui grimpe et la fille qui re&#231;oit et l'arbre et les cerises, et on y est, sans y &#234;tre, ou plut&#244;t en &#233;tant aussi dehors, puisqu'on lit en fran&#231;ais, autour, c'est l'anglais, &lt;i&gt;hello, what are you reading, a book in french ? &lt;/i&gt; Moment planant o&#249; je lisais seule dans une langue que je ne parlais avec personne, qui se parlait ailleurs, dans un autre pays, et justement dans un livre, ce lieu o&#249; se passe cet &#233;v&#233;nement particulier, entendre une langue unique, singuli&#232;re, adress&#233;e seulement &#224; moi mais qui peut, je le sais bien s&#251;r, circuler, se partager, et lier &#224; d'autres, &#224; tous les autres, plus tard, &lt;i&gt;some day&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Les outils</title>
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                On pense avec des livres, des films, des tableaux, des musiques, on pense ce qui vous arrive, ce qui se passe, l'Histoire et son histoire, le monde et la vie, et cet avec signe une forme particuli&#232;re de pens&#233;e qui tient compte de la rencontre, d'une rencontre entre un sujet et une &#339;uvre, &#224; un moment donn&#233; de la (&#8230;)
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On pense avec des livres, des films, des tableaux, des musiques, on pense ce qui vous arrive, ce qui se passe, l'Histoire et son histoire, le monde et la vie, &lt;br/&gt;
et cet avec signe une forme particuli&#232;re de pens&#233;e qui tient compte de la rencontre, d'une rencontre entre un sujet et une &#339;uvre, &#224; un moment donn&#233; de la vie de ce sujet et de cette oeuvre&lt;br/&gt;
c'est en ce sens, avec, qu'il est dans ce livre question d'outils&lt;br/&gt;
d'outils pour penser&lt;br/&gt;
penser avec Dosto&#239;evski, avec Faulkner, avec Kafka, avec Robert Antelme, avec Maurice Blanchot, avec Cassavetes, Rivette, Bunuel, Jean-Luc Godard...&lt;br/&gt;
penser &lt;i&gt;avec&lt;/i&gt; une oeuvre : avec un objet fini et infini, fabriqu&#233; par un homme ou des hommes, et qui, mis en circulation, va &#224; la rencontre d'autres hommes, et pourra, ou non, effectivement en rencontrer certains&lt;br/&gt;
cet &lt;i&gt;avec&lt;/i&gt; est int&#233;ressant &#224; la fois pour les &#339;uvres et pour ce qui est pens&#233; gr&#226;ce &#224; elles&lt;br/&gt;
autre fa&#231;on de voir l'oeuvre, autre fa&#231;on de voir la vie&lt;br/&gt;
autre : ce ne sont pas, les oeuvres, des produits qui seront accumul&#233;s, dans des armoires ou des placards ou ailleurs, des signes de richesse ou des restes prot&#233;g&#233;s, v&#233;n&#233;r&#233;s&lt;br/&gt;
ce ne sont pas non plus, ces oeuvres, des supports pour des opinions, des anecdotes, moi je pense que, moi &#224; mon avis, moi moi moi&lt;br/&gt;
une oeuvre est un objet particulier tout &#224; fait particulier ouvert &#224; l'autre, adress&#233;&lt;br/&gt;
qui porte du sens, pas le sens mais &lt;i&gt;du&lt;/i&gt; sens&lt;br/&gt;
qui &#233;tablit des rapports entre les choses, les moments, les &#234;tres,&lt;br/&gt;
des rapports entre ce que l'on pensait auparavant sans rapport&lt;br/&gt;
rapports nouveaux, &#233;tonnement, surprise,&lt;br/&gt;
qui peuvent pour cela provoquer des r&#233;sistances&lt;br/&gt;
on peut d&#233;tester la surprise, d&#233;tester &#234;tre surpris, &lt;br/&gt;
mais ces rapports sont des ponts, par o&#249; l'on peut passer&lt;br/&gt;
par o&#249; l'on peut sauter&lt;br/&gt;
liaisons, associations, croisements, recoupements, rapports&lt;br/&gt;
et le fait qu'il s'agisse de rencontre signifie qu'une oeuvre n'a bien s&#251;r pas &#233;t&#233; faite pour quoi que ce soit&lt;br/&gt;
pas plus qu'un &#234;tre humain n'a jamais &#233;t&#233; fait pour (la gloire de sa m&#232;re, ou de son pays, ou de Dieu)&lt;br/&gt;
mais une oeuvre interpr&#232;te la vie, elle peut le faire&lt;br/&gt;
l'art n'est pas en dehors du monde&lt;br/&gt;
l'ailleurs vis&#233; par l'art est de ce monde&lt;br/&gt;
dans la vie, en prise, en conflit, avec la vie&lt;br/&gt;
&#8220;la vie vivante&#8221; (Dosto&#239;evski)&lt;br/&gt;
et la culture est une des dimensions qui fait lien entre les hommes, y compris en excluant. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai rencontr&#233; il n'y a pas longtemps une jeune femme &#233;tonnante avec qui j'ai sympathis&#233;&lt;br/&gt;
elle m'a beaucoup parl&#233; d'elle, pour diverses raisons mais sans doute d'abord parce qu'elle voyait en moi &#8220;l'&#233;crivain&#8221;&lt;br/&gt;
elle : peu d'&#233;tudes, peu de culture, tr&#232;s tr&#232;s peu&lt;br/&gt;
elle n'avait jamais &#233;t&#233; dans une maison &#8220;o&#249; il y avait de l'art&#8221; (il y avait en effet des tableaux au mur)&lt;br/&gt;
plus tard elle m'a dit qu'enfant, elle avait sept ans, elle avait vu sa m&#232;re tuer son p&#232;re&lt;br/&gt;
et &#224; ce moment l&#224;, elle a ajout&#233;, j'ai vu que ma m&#232;re &#233;tait morte&lt;br/&gt;
cette phrase extraordinaire, exceptionnelle, (&#8220;l'art c'est l'exception&#8221;, dit Jean-Luc Godard) &#8220;j'ai vu qu'elle &#233;tait morte&#8221;, elle ne l'avait ni entendue ni lue, elle l'avait trouv&#233;e, seule et petite, et de toute &#233;vidence elle allait passer sa vie &#224; la penser&lt;br/&gt;
depuis elle en a fait quelque chose, elle sauve les gens du feu, elle est devenue sapeur-pompier&lt;br/&gt;
la culture ce serait ce qui lui donnerait les moyens, les outils, pour penser toute cette phrase, l'accueillir toute, la vivre, la d&#233;velopper, la mettre en rapport avec des oeuvres et des hommes qui sont en rapport : toutes les oeuvres, tous les hommes, les outils pour faire partager &#224; son tour aux autres l'objet de cette question-l&#224;. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ecrire d&#233;place le ciel</title>
		<link>https://lesliekaplan.net/le-detail-le-saut-et-le-lien/article/ecrire-deplace-le-ciel</link>
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		<dc:date>2014-01-20T15:34:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Leslie Kaplan</dc:creator>



		<description>
                Tout d'abord je voudrai remercier Edith Kurzweill qui m'a invit&#233;e &#224; cette conf&#233;rence annuelle William Philips, et qui m'a ainsi donn&#233; l'occasion de venir &#224; la prestigieuse New School. Mon p&#232;re Harold Kaplan &#233;tait un grand ami de William Philips, qui a publi&#233; dans Partisan Review sa premi&#232;re nouvelle, en 1938, The (&#8230;)
-
&lt;a href="https://lesliekaplan.net/le-detail-le-saut-et-le-lien/" rel="directory"&gt;le d&#233;tail, le saut et le lien&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tout d'abord je voudrai remercier Edith Kurzweill qui m'a invit&#233;e &#224; cette conf&#233;rence annuelle William Philips, et qui m'a ainsi donn&#233; l'occasion de venir &#224; la prestigieuse New School.&lt;br/&gt;
Mon p&#232;re Harold Kaplan &#233;tait un grand ami de William Philips, qui a publi&#233; dans Partisan Review sa premi&#232;re nouvelle, en 1938, &lt;i&gt;The Mohamedhans&lt;/i&gt;, et par la suite ses Paris Letters, et bien d'autres textes, et j'ai l'impression que j'ai toujours entendu parler de Partisan Review et de William Philips &#224; la maison. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233;e &#224; Brooklyn, en 1943, mais j'ai &#233;t&#233; &#233;lev&#233;e &#224; Paris. Mon p&#232;re faisait des &#233;tudes de lettres fran&#231;aises &#224; l'Universit&#233; de Chicago o&#249; il avait obtenu une bourse. Il s'&#233;tait engag&#233; d&#232;s 1942, avait travaill&#233; &#224; la radio, &#224; La voix de l'Am&#233;rique avec Andr&#233; Breton et Pierre Lazareff, et avait &#233;t&#233; envoy&#233; &#224; Alger, o&#249; il se trouvait quand je suis n&#233;e. Ensuite &#224; la Lib&#233;ration il avait voulu rester en France. Il a fait venir ma m&#232;re et moi, j'avais deux ans, et il a travaill&#233; &#224; l'ambassade am&#233;ricaine &#224; Paris pendant douze ans. J'ai fait toutes mes &#233;tudes secondaires et universitaires en France, o&#249; je suis rest&#233;e m&#234;me apr&#232;s que mes parents soient partis vers d'autres missions. Et donc j'&#233;cris en fran&#231;ais, je suis un &#233;crivain fran&#231;ais, d'origine am&#233;ricaine, m&#234;me si j'ai toujours pens&#233;, sans savoir tr&#232;s bien ce que cela voulait dire, que sous mon fran&#231;ais il y avait de l'anglais&#8230;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon int&#233;r&#234;t pour le langage est sans doute venu en partie de mon milieu d'origine, mes deux parents &#233;taient des Am&#233;ricains de la deuxi&#232;me g&#233;n&#233;ration, dont les parents, juifs, avaient fui l'empire tsariste. Le trajet de mes grands parents paternels et maternels, je l'ai retrouv&#233;e d&#233;crit dans un livre que j'ai lu &#224; l'&#226;ge adulte et qui a beaucoup compt&#233; pour moi, &lt;i&gt;World of our fathers&lt;/i&gt;, de Irving Howe. Et j'ai aussi d&#233;couvert que mon arri&#232;re grand oncle, Jacob Denison, &#233;tait un &#233;crivain en langue yiddish et a fond&#233; un orphelinat &#224; Varsovie apr&#232;s la Premi&#232;re guerre mondiale. Il est enterr&#233; avec ses deux amis Ans-ki et Jacob Peretz, dans le cimeti&#232;re juif de Varsovie, miraculeusement pr&#233;serv&#233;. Il y a deux ans, quand pour la premi&#232;re fois je suis all&#233;e en Pologne en accompagnant une de mes pi&#232;ces de th&#233;&#226;tre qui y &#233;tait jou&#233;e, j'ai lu des vers tir&#233;s du Dibbouk sur sa tombe.&lt;br/&gt;
Mes deux parents &#233;taient des amoureux de la litt&#233;rature et des id&#233;es, et la maison &#233;tait pleine de livres, aussi bien de litt&#233;rature que de r&#233;flexion politique. Pendant mon enfance mon p&#232;re &#233;tait attach&#233; culturel, et il a eu un r&#244;le de passeur entre les deux cultures am&#233;ricaine et fran&#231;aise.&lt;br/&gt;
Mais a jou&#233; aussi le fait de mon bilinguisme, &#234;tre une petite Am&#233;ricaine &#224; Paris, et avoir deux langues, l'une parl&#233;e &#224; la maison, l'autre &#224; l'&#233;cole. Et il y avait aussi une langue perdue, puisque ma m&#232;re parlait yiddish avec sa m&#232;re que nous retrouvions l'&#233;t&#233;, dans le New Jersey, quand la famille profitait du &#171; home leave &#187;.&lt;br/&gt;
Donc le rapport entre les mots et les choses, la nomination, n'allait pas de soi, &#233;tait questionn&#233;e. J'avais vraiment deux langues, l'arbitraire du langage et le jeu avec les mots pouvait m'appara&#238;tre d'autant plus.&lt;br/&gt;
J'ai racont&#233; cela dans une autobiographie fragmentaire, &lt;i&gt;Mon Am&#233;rique commence en Pologne&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Etranget&#233; du langage, des mots, du sens. Mais &#233;crire m'a toujours paru la chose &#224; faire. Aller de soi.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, les ann&#233;es 60 : le mouvement de ces ann&#233;es l&#224;. J'ai &#233;tudi&#233; la philosophie et l'histoire, avec passion, et particip&#233; au mouvement &#233;tudiant, &#224; la lutte contre la guerre d'Alg&#233;rie, &#224; la lutte contre la guerre du Vietnam, et ensuite, influenc&#233;e par l'id&#233;e de la R&#233;volution Culturelle chinoise, dont je ne connaissais rien en r&#233;alit&#233; mais qui m'enthousiasmait &#224; cause de la notion d'une alliance entre les travailleurs intellectuels et les travailleurs manuels, j'ai particip&#233; &#224; ce qui s'appelait le mouvement d' &#171; &#233;tablissement &#187;, et je suis all&#233;e travailler &#224; l'usine, en janvier 68. J'ai v&#233;cu les &#233;v&#233;nements de Mai 68 &#224; l'int&#233;rieur d'une usine occup&#233;e, et j'ai continu&#233; &#224; travailler en usine environ deux ans.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience &#224; l'usine a &#233;t&#233; une exp&#233;rience radicale. Elle a donn&#233; la mati&#232;re de mon premier livre, &lt;i&gt;L'exc&#232;s-l'usine&lt;/i&gt;. Et elle a questionn&#233; comment &#233;crire. Je ne voulais pas &#233;crire comme Zola, je voulais que l'usine, apparaisse comme &#233;tonnante, &#224; la fois banale et surprenante, choquante. &lt;br/&gt;
Cette exp&#233;rience a mis tout en perspective, et d'abord (quoiqu'&#224; mon insu) le langage, la chose la plus commune, ce que les hommes et les femmes ont, en premier lieu, en commun. Je veux dire que TOUT pouvait, devait, se penser autrement, les mots pour dire les choses les plus ordinaires semblaient &#224; c&#244;t&#233;. On travaille, vraiment ? On mange, vraiment ? On vit, vraiment ? Pour dire il fallait, c'&#233;tait une n&#233;cessit&#233;, inventer.&lt;br/&gt;
On peut faire un discours, mais &#231;a ne rend compte de rien_ sauf de la capacit&#233; &#224; faire un discours. &lt;br/&gt; Quand j'ai voulu &#233;crire cette exp&#233;rience je cherchais &#224; rendre compte de la sensation : &#224; la fois le dehors, et ce qu'on avait dans la t&#234;te, &#224; l'oppos&#233; du naturalisme, du d&#233;terminisme, o&#249; les choses, et les &#234;tres, sont soi-disant &#224; leur place, correspondent &#224; leur d&#233;finition. C'est seulement dans l'apr&#232;s coup que j'ai per&#231;u combien &#171; l'usine &#187;, et le monde &#171; sous le ciel de l'usine &#187;, remettait tout en cause, contaminait tout, et, comment ne pas le reconna&#238;tre, pouvait vider l'exp&#233;rience, en faire quelque chose de vide. On &#244;tait m&#234;me leur exp&#233;rience aux hommes. Prenons le mot cadence, j'y pense &#224; cause d'un article lu r&#233;cemment sur le travail dans les usines en Chine. Qu'est ce que &#231;a veut dire : il faut suivre la cadence. Suivre la cadence ne dit rien ou presque. Devenir la cadence serait peut-&#234;tre plus juste. On peut aussi parler des cadences infernales. A bas les cadences infernales, mot d'ordre de mai 68. Cette question : l'ali&#233;nation de l'exp&#233;rience, comment l'exp&#233;rience r&#233;elle est rendue irr&#233;elle, comment le langage devient faux, mensonger, cette question appartient &#224; tout le monde, et c'est pourquoi une vision naturaliste, o&#249; la parole est ramen&#233;e &#224; une origine sociale, psychologique etc., ne m'a jamais convenu. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question se poursuit pour moi jusqu'aujourd'hui, sous diff&#233;rentes formes bien s&#251;r, roman, th&#233;&#226;tre, po&#233;sie, essai. Mais la question de &#171; l'usine &#187; me para&#238;t toujours li&#233;e &#224; la fois &#224; une recherche sur le langage, et &#224; une recherche sur la folie.&lt;br/&gt;
Est-ce qu'on parle, pense, &#233;crit, comme &#224; l'usine ou autrement ? Est-ce qu'une phrase est ouverte ou ferm&#233;e ? Est ce que nous habitons le langage en consommateur ali&#233;n&#233; ou en homme/femme libre ? Est-ce que nous parlons entre nous comme &#224; l'usine ? Est-ce que nous encha&#238;nons nos phrases sans penser comme en faisant des pi&#232;ces fabriqu&#233;es ? Est-ce que nous fabriquons des phrases comme des produits du march&#233; ? Est-ce nous parlons &#224; quelqu'un ou &#224; personne ? Est-ce que nous voulons assommer l'autre avec des phrases ? Est-ce que nous voulons avoir le dernier mot ? Est-ce que nous sommes pr&#233;sents ou absents &#224; nous m&#234;mes ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand on parle de &#171; folie &#187;, de quoi parle&#8211;t-on ? Un lieu, une situation, un comportement &#171; fous &#187; ? Est-ce que c'est la langue qui est folle, devenue folle ? Comment, par quelles formes, r&#233;sister &#224; la trivialisation, au r&#232;gne de l'anecdote, au clich&#233; vide et agressif ? &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part l'exp&#233;rience que j'ai pu faire de la psychanalyse a &#233;t&#233; aussi d&#233;cisive. La passion pour l'inconscient ne m'a jamais quitt&#233;e, et j'ai toujours essay&#233; de trouver des formes d'&#233;criture qui tiennent compte de l'inconscient. J'ai &#233;crit un roman, &lt;i&gt;Le Psychanalyste&lt;/i&gt;, et j'ai essay&#233; d'&#233;laborer les rapports entre psychanalyse et litt&#233;rature pour moi. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La psychanalyse et la litt&#233;rature sont bien s&#251;r deux pratiques du langage, deux pratiques qui tiennent compte des mots, qui les prennent au s&#233;rieux et les explorent dans tous les sens. La psychanalyse s'est distingu&#233;e de la psychiatrie par la d&#233;couverte freudienne de l'inconscient et par la m&#233;thode de l'association libre que Freud a invent&#233;e : pas d'explication a priori &#224; partir d'un savoir sur le patient, mais une &#233;coute disponible, &#171; flottante &#187; dit Freud, o&#249; &#233;merge la surprise, l'inattendu, l'inconscient justement. De m&#234;me la litt&#233;rature ne se fait pas avec des g&#233;n&#233;ralit&#233;s, des explications, des proclamations d'intentions, mais avec des d&#233;tails surprenants, qui peuvent sembler insignifiants mais qui questionnent les fa&#231;ons de penser habituelles et routini&#232;res, les discours tout faits, toutes les formes de b&#234;tise, d' &#171; id&#233;es re&#231;ues &#187; (Flaubert), toutes les &#171; paroles gel&#233;es &#187; (Rabelais).&lt;br/&gt;
Pour un &#233;crivain comme pour un psychanalyste, le langage est vivant, il est toujours adress&#233;, m&#234;me &#171; &#224; personne &#187;, et polys&#233;mique.&lt;br/&gt;
En tant qu'&#233;crivain, c'est le r&#233;el qui m'int&#233;resse, ce qui fait irruption, qui pose la question, Et alors, quoi ? Comme je l'ai dit, j'essaie de me placer en dehors d'un naturalisme, d'un d&#233;terminisme. Le personnage n'est pas un &#171; cas &#187;. Dans &lt;i&gt;Le psychanalyste&lt;/i&gt; les patients sont des &#171; h&#233;ros &#187; : h&#233;ros de la pens&#233;e, qui affrontent le conflit entre leur d&#233;sir de v&#233;rit&#233; et leur passion pour l'ignorance (Lacan), comme &#338;dipe, et comme tout le monde. Le psychanalyste n'est pas celui qui sait tout, mais un homme ou une femme qui cherche, avec le patient. Et dans le livre, il y a le psychanalyste Simon Scop et ses patients, mais il y a aussi, c'est le deuxi&#232;me personnage principal, Eva, qui vient de la banlieue, qui lit et qui interpr&#232;te sa vie avec Kafka.&lt;br/&gt;
Pour moi la psychanalyse et la litt&#233;rature partagent une vision d&#233;mocratique, pas technocratique, en dehors de tout dogmatisme, et en ce sens je suis bien d'accord avec Nabokov, qui se moquait de la psychanalyse, quand il dit ne pas voir l'int&#233;r&#234;t d' &#171; une pratique qui consiste &#224; appliquer plusieurs fois par semaine des mythes grecs sur les parties g&#233;nitales d'un certain nombre de personnes &#187;&#8230;Et la litt&#233;rature ne se fait pas avec des bons sentiments ou de bonnes intentions. Mais la psychanalyse et la litt&#233;rature, par l'attention pr&#234;t&#233;e aux mots, visent, chacune &#224; leur fa&#231;on, une d&#233;sali&#233;nation, c'est-&#224;-dire, plus d'ouverture, plus de disponibilit&#233; au monde, aux rencontres, au hasard, comme le dit Freud. Ce sont deux pratiques de l'&#233;tonnement.&lt;br/&gt; La psychanalyse et la litt&#233;rature ont en commun le refus de la cat&#233;gorie, de la case et du cas.&lt;br/&gt;
Prendre les mots au s&#233;rieux, tous les mots et les mots de tout le monde, c'est affirmer et maintenir que le langage est le premier lien social, c'est &#234;tre attentif aux d&#233;rives totalitaires toujours possibles, bureaucratie, situations d'abandon, de &#171; d&#233;solation &#187; (Arendt). &lt;br/&gt;
Mais c'est aussi pr&#234;ter attention au &#171; d&#233;ballage &#187; d'un individualisme creux, &#224; la trivialisation, au r&#232;gne (t&#233;l&#233;visuel) de l'anecdote : &#224; la diff&#233;rence du d&#233;tail qui est une condensation, un &#233;clat de r&#233;el et qui indique un sens, pas le sens, mais du sens, l'anecdote promeut une parole vide, vise une strat&#233;gie d'occupation pour rien, occuper pour occuper. En ce sens, la psychanalyse et la litt&#233;rature tiennent compte du sujet mais sont chacune &#224; leur fa&#231;on &#224; l'oppos&#233; d'un individualisme qui brandit une parole creuse.&lt;br/&gt;
Et chacune &#224; leur fa&#231;on elles rel&#232;vent de l'art : &#233;veil, travail de pens&#233;e, et pratique du &#171; un par un &#187; : une psychanalyse est une rencontre, et c'est toujours un sujet particulier, &#224; un moment donn&#233; de sa vie, qui rencontre une &#339;uvre. Deux pratiques de l'exception, pas de la r&#232;gle (Jean-Luc Godard). Deux pratiques de la singularit&#233;, qui reconnaissent que l'angoisse_ loin d'&#234;tre un mal qu'il faudrait &#233;radiquer, r&#234;ve d'une pilule qui supprimerait soi-disant la souffrance psychique_ est au contraire constitutive de l'humain, &#171; la part divine de l'homme &#187; (Heitor de Macedo). Deux pratiques qui cherchent, comme dit Rilke, &#224; &#171; faire des choses avec l'angoisse &#187;.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors en un sens, au d&#233;part de mon d&#233;sir d'&#233;crire il y a donc eu quelque chose qui questionnait le &#171; normal &#187; ce qui est donn&#233; comme normal, et banal, et qui se r&#233;v&#232;le &#234;tre pas du tout normal, mais au contraire, &#171; fou &#187;.&lt;br/&gt;
Cette double interrogation, sur le langage et sur la folie, continue &#224; me pousser en avant, &#224; &#233;crire.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;cemment je relisais pour la ni&#232;me fois la confession de Stavroguine dans &lt;i&gt;Les D&#233;mons&lt;/i&gt;, et j'ai remarqu&#233; un d&#233;tail que je n'avais jamais vu. C'est au d&#233;but du chapitre, Nicolas Stavroguine arrive au monast&#232;re et demande &#224; voir le starets ( ?) avec qui il a rendez-vous. Un moine le conduit, &#224; travers des couloirs et des couloirs, et ce moine tr&#232;s impressionn&#233;, intimid&#233;, par Stavroguine, prince ( ?)(&#8230;), fils de (&#8230;), etc, bavarde sans arr&#234;t, pose &#224; Stavroguine question sur question, etc. Stavroguine reste silencieux, plong&#233; dans ses pens&#233;es, ou peut-&#234;tre irrit&#233; par les questions. Alors, &#233;crit Dosto&#239;evski, le moine, &#171; n'obtenant aucune r&#233;ponse, se faisait de plus en plus respectueux &#187;. L&#224;, moi, lisant, je me suis arr&#234;t&#233;e. &#171; N'obtenant aucune r&#233;ponse, il se faisait de plus en plus respectueux &#187;. En une ligne, ramass&#233;e, Dosto&#239;evski nous donne l'obs&#233;quiosit&#233; du moine, l'indiff&#233;rence m&#233;prisante de Stavroguine, et le rapport entre les deux, le lien, la dynamique de ce rapport : le respect servile _ la servitude volontaire comme dit La Bo&#235;tie_ engendr&#233;e par l'absence de r&#233;ponse, le silence. &lt;br/&gt;
Pourquoi je vous raconte ce d&#233;tail ? Ce d&#233;tail minuscule dans toute l'histoire des &lt;i&gt;D&#233;mons &lt;/i&gt; ? Eh bien justement parce que c'est un d&#233;tail, une miette, un &#233;clat de r&#233;el, que je n'avais pas vu auparavant, ce qui peut &#234;tre le propre d'un d&#233;tail, mais qui, une fois vu, se r&#233;v&#232;le &#233;vident, se montre &#233;norme dans ses implications. On voit les m&#233;canismes d'autorit&#233; se mettre en place, fonctionner, on voit le Sur moi &#171; obsc&#232;ne et f&#233;roce &#187; comme dit Lacan, on voit Big Brother.&lt;br/&gt;
Le d&#233;tail est une condensation du r&#233;el, c'est la mati&#232;re m&#234;me de la litt&#233;rature. Je pense que c'est ce qu'on apprend en lisant Dosto&#239;evski (et bien s&#251;r beaucoup d'autres).&lt;br/&gt;
No ideas but in things &#8230; comme disait William Carlos Williams.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si je vous parle de Dosto&#239;evski, d'un auteur qui m'a form&#233;e, c'est aussi parce qu'en le lisant, quoique je ne me sois pas formul&#233; cela tout de suite, on est en pr&#233;sence de personnages qui parlent sans arr&#234;t. La litt&#233;rature est une mise en sc&#232;ne de la pens&#233;e, la recherche d'un point de vue sur le monde. Et chez Dosto&#239;evski, cela passe par la parole, le dialogue et le monologue. &lt;br class='autobr' /&gt;
A l'int&#233;rieur de la narration dosto&#239;evskienne il y a une mise en sc&#232;ne, une th&#233;&#226;tralisation de la parole. Et cela met en &#233;vidence l'importance du langage et de la parole, les dangers d'une parole s&#233;ductrice ou meurtri&#232;re, la possibilit&#233; d'une parole vide. Tout cela est toujours pr&#233;sent dans les romans de Dosto&#239;evski. La question : qu'est-ce que les mots ? est toujours l&#224;, &#224; l'&#339;uvre, c'est elle qui travaille le texte, le lecteur, le spectateur.&lt;br/&gt;
Comme il est dit dans &lt;i&gt;Hamlet&lt;/i&gt; :&lt;br/&gt;
_What are you reading my Lord ?&lt;br/&gt;
_Words, words, words.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cet &#233;gard, les &lt;i&gt;Notes du Sous-sol&lt;/i&gt; est un texte exemplaire. Le narrateur d&#233;veloppe un long monologue o&#249; il ressasse sa haine et son d&#233;sespoir. &#171; Je suis un homme malade&#8230; je suis un homme m&#233;chant&#8230; je ne sais m&#234;me pas de quoi au juste je suis malade&#8230; &#187;. Il ne s'en sort pas. Et cette premi&#232;re partie du texte, effrayante, est &#233;clair&#233;e par la deuxi&#232;me non moins effrayante o&#249; le narrateur raconte un &#233;v&#233;nement ant&#233;rieur : il a commis un meurtre, il a renvoy&#233; une tr&#232;s jeune femme, une enfant, au bordel. La premi&#232;re partie s'&#233;claire alors : il a commis l'irr&#233;parable, sa vie ne s'ancre plus dans un rapport &#224; l'autre et il subit lui-m&#234;me la mal&#233;diction du vide, de l'absence de sens, de l'absurde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme vous le savez bien s&#251;r, Dosto&#239;evski a affront&#233; la question de la modernit&#233;, et de l'angoisse qui va avec, la question du &#171; Si Dieu n'existe pas, tout est permis &#187;. Mais justement, cette question il l'a probl&#233;matis&#233;e, en refusant une solution cynique. Est-ce parce qu'il croyait, lui, en Dieu ? Je dirai : parce qu'il croyait dans le fait humain de la parole, du langage, de la n&#233;cessit&#233; de reconna&#238;tre l'autre qui parle, avec qui on parle. Tout en suivant les tours et les d&#233;tours de comment on peut chercher &#224; nier ce fait, &#224; &#233;viter la reconnaissance de l'autre, &#224; le nier, le tuer, et d'abord, justement, paradoxalement, avec des mots.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que les mots, qu'est-ce que le langage et la parole, qu'est ce qui fonde une parole vraie, une parole qui ne tombe pas dans le vide : cette question de date pas de la modernit&#233;, Esope disait d&#233;j&#224; que la langue est la meilleure et la pire des choses.&lt;br/&gt;
Mais elle est rendue sans doute plus aigue par la marchandisation du monde depuis le 19 &#232;me si&#232;cle. Je vous rappellerai bien s&#251;r Mallarm&#233;, qui concevait la litt&#233;rature comme une fa&#231;on de rendre leur sens aux &#171; mots de la tribu &#187;, d'emp&#234;cher les mots de devenir &#171; des pi&#232;ces de monnaie us&#233;es que l'on se repasse en silence &#187;&#8230;&lt;br/&gt;
Certainement notre &#233;poque porte cette question au plus haut point, en vidant les mots de leur sens et en promouvant ce que j'ai appel&#233; une &#171; civilisation du clich&#233; &#187;, o&#249; les mots deviennent des slogans publicitaires et servent &#224; vendre n'importe quoi. &lt;br/&gt;
Les clich&#233;s, les certitudes ferm&#233;es, les &#171; id&#233;es re&#231;ues &#187; ont toujours exist&#233; bien s&#251;r. Flaubert en a m&#234;me fait un &lt;i&gt;Dictionnaire&lt;/i&gt; comique, o&#249; tout mot, n'importe quel mot, peut devenir un clich&#233;.&lt;br/&gt;
Flaubert commence par Ab&#233;lard, Abricot, Absalon, Acad&#233;mie&#8230; &lt;br/&gt;
Sous leur apparente bonhomie bourgeoise, et leur vide tranquille, ces &#171; id&#233;es re&#231;ues &#187; traduisent des fa&#231;ons de matraquer l'autre par des affirmations p&#233;remptoires, donn&#233;es comme des &#233;vidences soi-disant neutres, en fait tr&#232;s agressives. &lt;br/&gt;
Mais l'&#233;poque actuelle pousse cela tr&#232;s loin. &lt;br/&gt;
La soci&#233;t&#233; est toujours menac&#233;e par l'appauvrissement du langage, par la simplification, par tout ce qui est convention, code, par des fa&#231;ons de penser consensuelles. &lt;br/&gt;
Sous des apparences &#171; soft &#187;, c'est une dictature de comment il faut penser, c'est une fa&#231;on d'imposer des interdits de penser autrement.&lt;br/&gt; Penser avec des id&#233;es re&#231;ues, avec des &#171; clich&#233;s &#187; est une fa&#231;on de se d&#233;barrasser de l'angoisse inh&#233;rente &#224; la condition humaine, inh&#233;rente au langage : qui est le lieu de conflits, qui est fait de certitude et d'incertitude&#8230; et affronter l'incertitude, assumer l'infini des mots, assumer l'inqui&#233;tude, est toujours plus difficile que d'avoir des certitudes ferm&#233;es.&lt;br/&gt;
Le monde dans lequel nous vivons fait souvent comme si le langage &#233;tait un moyen simple, neutre, fait pour la communication. On efface l'&#233;cart entre le sujet qui parle, qui &#233;nonce, et ce qu'il dit, l'&#233;nonciation, on efface la polys&#233;mie et l'adresse qui sont le propre de la parole. On met en avant une fausse id&#233;e d'une communication pure et simple, qui passe ou pas, probl&#232;me purement technique.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est une vision publicitaire du langage, un monde lisse de morts-vivants, de zombies.&lt;br/&gt;
Les mots deviennent des produits, des slogans, emball&#233;s, sous cellophane.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;gradation de la parole dans l'espace publique, poids dans la culture &#224; la fois de la publicit&#233; et de la t&#233;l&#233;vision, &#171; march&#233; de l'individu et disparition de l'exp&#233;rience &#187; comme l'a &#233;crit Serge Daney. R&#232;gne des talk shows, des reality shows, du &#171; direct &#187;, narcissisme, nombrilisme, d&#233;voilement des petits secrets sans int&#233;r&#234;t, anecdotes, trivialit&#233;s pr&#233;sent&#233;es comme une culture.&lt;br/&gt;
Le langage publicitaire, un syst&#232;me auto r&#233;f&#233;rent, la pub fait la pub pour la pub, pour un monde beau, bon, vrai, v&#233;ritable, sinc&#232;re et authentique, et propre, un monde fabriqu&#233; d'un coup, hors espace temps ;&lt;br/&gt;
R&#232;gne de l'&#171; illimit&#233; sans engagement aucun &#187; comme il est dit pour un abonnement &#224; une marque de t&#233;l&#233;phone portable, toute puissance vide.&lt;br/&gt;
Pour la pub, il n'y a que deux options : ou bien on a le produit, l'objet, ou bien on l'a pas, le monde est binaire, il se divise en deux&#8230; le reste du monde &#233;gale z&#233;ro, agressivit&#233; latente mais totale de la pub, &#233;limination de l'autre et des autres.&lt;br/&gt;
D'o&#249; l'urgence &#224; s'interroger sur le langage, sur la parole dans l'espace public, sur comment la parole est trait&#233;e.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous citerai William Carlos William, dans la pr&#233;face de &lt;i&gt;Howl &lt;/i&gt; by Allen Ginsberg :&lt;br/&gt;
Every man is defeated, a man if he be a man is not defeated.&lt;br/&gt; Chaque homme est vaincu, mais un homme s'il est un homme n'est pas vaincu.&lt;br/&gt;
Mais : qui est cet homme qui n'est pas vaincu.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon h&#233;ros : Kafka, &#171; &#233;crire, c'est sauter en dehors de la rang&#233;e des assassins &#187;. (Journal, 1922)&lt;br/&gt;
Exemple de ce saut prodigieux : &#171; Un matin au sortir d'un r&#234;ve agit&#233; Gr&#233;goire Samsa se trouva transform&#233; en une &#233;norme vermine &#187;.&lt;br/&gt;
C'est un saut, un saut dans la fiction, que l'on appr&#233;cie d'autant plus peut-&#234;tre si on se rappelle que le p&#232;re de Kafka, voir la &#171; lettre au p&#232;re &#187; avait insult&#233; un grand ami de son fils, l'acteur de th&#233;&#226;tre yiddish L&#246;wy en le traitant pr&#233;cis&#233;ment de vermine. Kafka prend cette insulte, ce mot, et avec son g&#233;nie particulier le transforme, en fait un insecte r&#233;el, que le lecteur consid&#232;re avec effroi et, bien s&#251;r, plaisir.&lt;br/&gt;
Cette phrase de Kafka m'a toujours parue la d&#233;finition m&#234;me de ce que c'est, &#233;crire, et plus sp&#233;cialement, &#233;crire de la fiction.&lt;br/&gt;
&#171; Sauter en dehors de la rang&#233;e des assassins &#187; : les assassins, contrairement &#224; ce qu'on pourrait croire, sont ceux qui restent dans le rang, qui suivent le cours habituel du monde, qui r&#233;p&#232;tent et recommencent la mauvaise vie telle qu'elle est.&lt;br/&gt;
Ils assassinent quoi ? Le possible, tout ce qui pourrait commencer, rompre, changer.&lt;br/&gt;
Kafka dit qu'&#233;crire, l'acte d'&#233;crire, c'est mettre une distance avec ce monde habituel, la distance d'un saut.&lt;br/&gt;
Il dit, sauter en dehors, sauter ailleurs. Cela suppose un point d'appui, et les mots sont ce point d'appui, qui permet de s'arr&#234;ter et de saisir d'o&#249; on vient, d'o&#249; vient ce monde, le vieux monde des assassins.&lt;br/&gt;
Si on ne fait que redire, recommencer, r&#233;p&#233;ter...on n'en sort pas, quel int&#233;r&#234;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sauter, c'est un acte, un acte de la pens&#233;e, une rupture, &#231;a n'est pas une simple accumulation, un processus lin&#233;aire, on continue, on continue et voil&#224; &#231;a se fait tout seul. Non. Il faut se d&#233;coller, se d&#233;placer.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais maintenant vous lire quelques extraits des pi&#232;ces que j'ai &#233;crites, qui tournent autour des th&#232;mes de la soci&#233;t&#233; de consommation, du genre, de l'amour, et du langage : &lt;i&gt;Toute ma vie j'ai &#233;t&#233; une femme&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Louise, elle est folle&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;D&#233;place le ciel&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conf&#233;rence faite en anglais &#224; la New School for social research &#224; New York, le 5 novembre 2013. Lectures en anglais avec Amelia Parenteau.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>from 3 plays</title>
		<link>https://lesliekaplan.net/traductions-translations/article/from-3-plays</link>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Leslie Kaplan</dc:creator>



		<description>
                All my life I have been a woman all my life I've been a woman a woman all my life does that sentence seem odd to me no sometimes sometimes it seems odd to me all my life I've been a woman how can you talk that way all your life you've been a woman how can you say that I'm saying it, that's all but you (&#8230;)
-
&lt;a href="https://lesliekaplan.net/traductions-translations/" rel="directory"&gt;traductions/translations&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;All my life I have been a woman&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
all my life I've been a woman&lt;br/&gt;
a woman&lt;br/&gt;
all my life&lt;br/&gt;
does that sentence seem&lt;br/&gt;
odd to me&lt;br/&gt;
no&lt;br/&gt;
sometimes&lt;br/&gt;
sometimes it seems odd to me&lt;br/&gt;
all my life &lt;br/&gt;
I've been&lt;br/&gt;
a woman&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;how can you talk that way&lt;br/&gt;
all your life you've been a woman&lt;br/&gt;
how can you say that&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I'm saying it, that's all&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;but you don't realize &lt;br/&gt;
how can you say that&lt;br/&gt;
calmly&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;it's not sure I'm saying it calmly&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;you're saying it&lt;br/&gt;
calmly&lt;br/&gt;
if not you'd be climbing up a wall&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a wall ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;yes a wall&lt;br/&gt;
you can't say that&lt;br/&gt;
&#171; all my life I've been a woman &#187;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I can't say it ? I can't say it ?&lt;br/&gt;
I'm saying it&lt;br/&gt;
all my life I've been a woman&lt;br/&gt;
I'm saying it&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;if you say it&lt;br/&gt;
if you say it&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O.K., then if I say it&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;if you say it&lt;br/&gt;
nobody will understand you&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;it's impossible to understand ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I said One cannot understand you&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I don't understand&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;what don't you understand&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;what you are saying&lt;br/&gt;
I don't understand what you are saying&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I think you don't understand&lt;br/&gt;
yourself&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;true&lt;br/&gt;
I don't understand myself&lt;br/&gt;
all my life I've been a woman&lt;br/&gt;
what a huge sentence&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;huge ?&lt;br/&gt;
huge ?&lt;br/&gt;
what do you mean, huge ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;that sentence has such potential&lt;br/&gt;
so many possibilities&lt;br/&gt;
that sentence includes&lt;br/&gt;
I'm saying : includes&lt;br/&gt;
so many other sentences&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;O.K.&lt;br/&gt;
but &lt;br/&gt;
a blender &lt;br/&gt;
liberates a woman&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;oh no&lt;br/&gt;
not that&lt;br/&gt;
no &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;yes yes yes&lt;br/&gt;
a blender&lt;br/&gt;
liberates a woman&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I'm saying all my life I've been a woman&lt;br/&gt;
that sentence is huge&lt;br/&gt;
huge&lt;br/&gt;
huge&lt;br/&gt;
and you &lt;br/&gt;
your answer is&lt;br/&gt;
a blender&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;yes&lt;br/&gt;
a blender&lt;br/&gt;
that's right&lt;br/&gt;
a blender&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I'm leaving&lt;br/&gt;
you're too limited&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
leaving me ?&lt;br/&gt;
why ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I'm leaving you&lt;br/&gt;
you're too limited&lt;br/&gt;
I am in front of a huge sentence&lt;br/&gt;
huge&lt;br/&gt;
all my life I've been a woman&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I just wanted to talk to you about blenders&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;blender&lt;br/&gt;
schmender&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;don't you think household items&lt;br/&gt;
are important ?&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I'm in front of that sentence&lt;br/&gt;
all my life I've been a woman&lt;br/&gt;
I'm in front of it&lt;br/&gt;
got it ?&lt;br/&gt;
in front ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;aren't you interested&lt;br/&gt;
in carrot scrapers ?&lt;br/&gt;
carrot scrapers&lt;br/&gt;
have changed my life&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;have they changed your life&lt;br/&gt;
or have they changed life ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;they have changed my life&lt;br/&gt;
the vegetables are perfectly scraped&lt;br/&gt;
I save money&lt;br/&gt;
I save time&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I'm talking about a huge&lt;br/&gt;
sentence&lt;br/&gt;
in front of which I am&lt;br/&gt;
all my life I've been a woman&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;all the little vegetables are respected in their diversity&lt;br/&gt;
potatoes&lt;br/&gt;
carrots&lt;br/&gt;
leeks&lt;br/&gt;
fenel&lt;br/&gt;
egg plants&lt;br/&gt;
zucchinis&lt;br/&gt;
turnips&lt;br/&gt;
all those little veggies&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;you're the vegetable&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;the blender also changed my life&lt;br/&gt;
a simple pur&#233;e is much more&lt;br/&gt; than just a simple pur&#233;e&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;you're really limited&lt;br/&gt;
pur&#233;e&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;to blend&lt;br/&gt;
to crunch&lt;br/&gt;
to cut&lt;br/&gt;
to slice&lt;br/&gt;
to press&lt;br/&gt;
and juices&lt;br/&gt;
ah juices&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;what about juices&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;they are infinite&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;trivial&lt;br/&gt;
you are trivial&lt;br/&gt;
I talk to you about a huge sentence&lt;br/&gt;
all my life I've been a woman&lt;br/&gt;
and you answer with the infinity &lt;br/&gt;
of juices&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;apples&lt;br/&gt;
pears&lt;br/&gt;
bananas&lt;br/&gt;
strawberries&lt;br/&gt;
ah strawberries&lt;br/&gt;
citrus fruits&lt;br/&gt;
oranges&lt;br/&gt;
lemons&lt;br/&gt;
fruits&lt;br/&gt;
vegetables&lt;br/&gt;
mixtures&lt;br/&gt;
infinite&lt;br/&gt;
infinite&lt;br/&gt;
infinite&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;trivial&lt;br/&gt;
trivial&lt;br/&gt;
trivial&lt;br/&gt;
all my life I've been a woman&lt;br/&gt;
that's something else for infinity&lt;br/&gt;
that's something else&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;and soups&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;what about soups&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;broth and soup&lt;br/&gt;
soup and broth&lt;br/&gt;
in the singular&lt;br/&gt;
in the plural&lt;br/&gt;
infinite liquid&lt;br/&gt;
liquid infinite&lt;br/&gt;
the liquid penetrates you&lt;br/&gt;
fills you up&lt;br/&gt;
flows into your intestines&lt;br/&gt;
flows in your veins&lt;br/&gt;
becomes your blood&lt;br/&gt;
your identity&lt;br/&gt;
tell me which soup you eat&lt;br/&gt;
and I'll tell you who you are&lt;br/&gt;
it warms you up&lt;br/&gt;
that soup&lt;br/&gt;
it cools you too&lt;br/&gt;
sometimes&lt;br/&gt;
gaspacho&lt;br/&gt;
cucumber soup&lt;br/&gt;
eat your soup&lt;br/&gt;
I'm enthusiastic&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;soup is total&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;is it sexual ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;of course it's sexual&lt;br/&gt;
it's total&lt;br/&gt;
it's sexual&lt;br/&gt;
proof being&lt;br/&gt;
when you don't like soup&lt;br/&gt;
you've got a problem&lt;br/&gt;
and&lt;br/&gt;
who says problem&lt;br/&gt;
says sex&lt;br/&gt;
all problems&lt;br/&gt; are sexual&lt;br/&gt;
at bottom&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;masturbation is sexual&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;masturbation&lt;br/&gt;
or mastication ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;masturbation&lt;br/&gt;
is sexual&lt;br/&gt;
mastication as well&lt;br/&gt;
fellatio&lt;br/&gt;
sodomy&lt;br/&gt;
sexual&lt;br/&gt;
to go in&lt;br/&gt;
to go out&lt;br/&gt;
to go up&lt;br/&gt;
to go down&lt;br/&gt;
to run&lt;br/&gt;
to stop&lt;br/&gt;
to pant&lt;br/&gt;
to dream&lt;br/&gt;
to dream is totally sexual&lt;br/&gt;
when you say, I'm dreaming&lt;br/&gt;
or : Pinch me, I'm dreaming&lt;br/&gt;
everything is sexual&lt;br/&gt;
even masturbation&lt;br/&gt;
is sexual&lt;br/&gt;
it's totally sexual&lt;br/&gt;
to pinch&lt;br/&gt;
to shake&lt;br/&gt;
to tickle&lt;br/&gt;
to hit&lt;br/&gt;
to tremble&lt;br/&gt;
to shiver&lt;br/&gt;
to die&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Louise, she is crazy&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(translated by Amelia Parenteau)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;there are those days when everything seems flat&lt;br/&gt;
flattened&lt;br/&gt;
a puddle&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;everybody feels that&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I don't care about everybody&lt;br/&gt;
I'm talking about myself&lt;br/&gt;
there are those days&lt;br/&gt;
when I feel so insignificant&lt;br/&gt;
nearly nothing&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;everybody feels that&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I don't care about everybody&lt;br/&gt;
I'm talking about myself&lt;br/&gt;
for me, there are those days&lt;br/&gt;
where I say to myself, the proof&lt;br/&gt;
that a women doesn't amount to much&lt;br/&gt;
is that God isn't married&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;what do you mean ? what do you mean ?&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;the proof that a women doesn't amount to much&lt;br/&gt;
is that God isn't married&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;nonsense&lt;br/&gt;
you are really depressed&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;of course I'm depressed&lt;br/&gt;
how can you not be depressed&lt;br/&gt;
is God married&lt;br/&gt;
yes or no ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;maybe He's married&lt;br/&gt;
maybe He's not married&lt;br/&gt;
God does what He wants&lt;&lt;/i&gt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;God-is-not-married&lt;br/&gt;
if God were married everybody would know about it&lt;br/&gt;
God is not married&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;He isn't ?&lt;&lt;/i&gt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;God is self-reliant&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;if you get married&lt;br/&gt;
you aren't self-reliant ?&lt;br/&gt;
I don't see God as single&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;you don't ?&lt;br/&gt;
if you get married, you depend on someone&lt;br/&gt;
God doesn't depend on anyone&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;God is love&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;of course&lt;br/&gt;
God is love&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;God is love&lt;br/&gt;
He depends on those He loves&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on those He loves&lt;br/&gt;
or on those who love Him ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;on those who love Him&lt;br/&gt;
and on those He loves&lt;br/&gt;
God needs us&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;He needs us ?&lt;br/&gt;
He is all-powerful&lt;br/&gt;
He doesn't need anybody&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;God is all-powerful&lt;br/&gt;
but He isn't crazy&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;God isn't crazy ?&lt;br/&gt;
maybe He's crazy&lt;br/&gt;
maybe He's not crazy&lt;br/&gt;
God does what He wants&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;do you give Him&lt;br/&gt;
a capital H ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;of course&lt;br/&gt;
I give Him&lt;br/&gt;
a capital H&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;God isn't crazy&lt;br/&gt;
God speaks to me&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;He speaks to you ? He speaks to you ?&lt;br/&gt;
sure He does&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;God does speak to me&lt;br/&gt;
I hear Him&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;what do you hear ?&lt;br/&gt;
in what language does He speak to you ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;He speaks to me in a very beautiful language&lt;br/&gt;
with exquisite words&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;exquisite words ? exquisite words ?&lt;br/&gt;
you make me laugh&lt;br/&gt;
you give me a good laugh&lt;br/&gt;
in what language does He speak to you ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a better language than yours, in any case&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;God speaks Latin&lt;br/&gt;
everybody knows that&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;He speaks to me&lt;br/&gt;
He speaks to me specifically&lt;br/&gt;
He says, My little chicken, My chickie&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Move the sky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I am in love but I prefer breaking our relationship&lt;br/&gt;
That way he's not the one who leaves&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I prefer staying with some one I don't love&lt;br/&gt;
That way I don't suffer if he goes away&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I prefer living with someone I despise&lt;br/&gt;
That way I'm not afraid he doesn't love me&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I prefer ruining my life&lt;br/&gt;
That way I don't regret anything&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I prefer fretting my heart out&lt;br/&gt;
That way I accuse no one&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I prefer saying nothing&lt;br/&gt;
That way I stay with my longing&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I prefer failing&lt;br/&gt;
That way I don't make anyone jealous&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I prefer looking awful&lt;br/&gt;
That way I have my revenge&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I prefer being ugly&lt;br/&gt;
That way my mother hates me&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I prefer being stupid&lt;br/&gt;
That way I disappoint&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I prefer making mistakes&lt;br/&gt;
That way I reassure every one&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I prefer being stupid&lt;br/&gt;
That way, it's over, I'm stupid&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I prefer living with a sick person&lt;br/&gt;
That way I know I'm in good health&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I prefer working with fools&lt;br/&gt;
That way you can see where the ideas come from&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I prefer hiding&lt;br/&gt;
That way nobody can find me&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I prefer breaking every thing&lt;br/&gt;
that way there is nothing left&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I prefer living on nothing&lt;br/&gt;
that way I keep every thing&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I prefer giving orders&lt;br/&gt;
That way I am sure I am free&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I prefer hurting&lt;br/&gt;
That way I can see hate in the other&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I prefer humiliating&lt;br/&gt;
That way I am the queen&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I prefer destroying the other&lt;br/&gt;
That way I am safe&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I prefer nothing goes on&lt;br/&gt;
That way I'm not afraid something will happen&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; +++&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;people always say monkeys look like human beings&lt;br/&gt;
I think it's silly&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;yes but &lt;br/&gt;
frankly&lt;br/&gt;
frankly&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;what, frankly&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;that little monkey&lt;br/&gt;
he is the exact copy of my brother&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;you exaggerate&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;not at all&lt;br/&gt;
I don't exaggerate at all&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;how can you say that&lt;br/&gt;
a monkey is a monkey&lt;br/&gt;
O.K., he's cute&lt;br/&gt;
but nevertheless, he's a monkey&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;do you see his ears ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;how could I not see them ?&lt;br/&gt;
that's all you can see&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;well, my brother has the same&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;the same ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;the same ears&lt;br/&gt;
I'm telling you&lt;br/&gt;r/&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
it's not because you think&lt;br/&gt;
I'm saying because you think&lt;br/&gt;
they have the same ears&lt;br/&gt;
that there is a real likeness&lt;br/&gt;
a true likeness&lt;br/&gt;
a deep likeness&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;the face is the same, too&lt;br/&gt;
all creased, crumpled, worn&lt;br/&gt;
when my brother was a baby&lt;br/&gt; my mother left him with me all the time&lt;br/&gt;
I was so annoyed &lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;he was all creased ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;yes all creased&lt;br/&gt;
all crumpled&lt;br/&gt;
he looked like a little old guy&lt;br/&gt;
the monkey looks just like that&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;no, it's not the same thing&lt;br/&gt;
we are human beings&lt;br/&gt;
absolutely not the same thing&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;that might not be true&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;of course it's true&lt;br/&gt;
you can't compare&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;every body compares&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;to compare is not scientific&lt;br/&gt;
a monkey is limited, a limited being&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;limited ? limited ?&lt;br/&gt;
you make me laugh&lt;br/&gt;
have you seen Nenette&lt;br/&gt;
the way she wipes the widow&lt;br/&gt;
crr crr crr&lt;br/&gt;
she takes a Kleenex, she wipes the window&lt;br/&gt;
crr crr crr&lt;br/&gt;
and that little monkey&lt;br/&gt;
look at him&lt;br/&gt;
look how delicate he is&lt;br/&gt;
how graceful&lt;br/&gt;
he plays&lt;br/&gt;
he hides&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;you &#8216;re talking rubbish&lt;br/&gt;
you say &#8220;he plays&#8221;, &#8220;he hides&#8221;&lt;br/&gt;
you are projecting, projecting&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I am not projecting&lt;br/&gt;
I am watching&lt;br/&gt;
He is very concentrated&lt;br/&gt;
he plays he hides&lt;br/&gt;
he wants to find out&lt;br/&gt;
he explores&lt;br/&gt;
his forehead is all creased from paying attention&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;bullshit&lt;br/&gt;
he has creases, his skin is creased, that's all&lt;br/&gt;
you know there are nations&lt;br/&gt;
and not just any&lt;br/&gt;
the great Chinese nation for example&lt;br/&gt;
who eat monkeys&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;that's disgusting&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;why disgusting ?&lt;br/&gt;
they are animals&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;it's disgusting&lt;br/&gt;
it's as if you were eating&lt;br/&gt;
I don't know&lt;br/&gt;
it's as if you were eating&lt;br/&gt;
an ancestor&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;an ancestor ?&lt;br/&gt;
an ancestor ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;do we go back to monkeys, yes or no&lt;br/&gt;
you are not going to repudiate Darwin, evolution&lt;br/&gt;
science, progress&lt;br/&gt;
I will never eat a monkey&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;don't say a monkey&lt;br/&gt;
you should say : eat some monkey&lt;br/&gt;
use a partitive, a partitive preposition&lt;br/&gt;
some cake, some pie&lt;br/&gt;
it's not a personal problem &lt;br/&gt;
between you and the monkey&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;look, a monkey is too near&lt;br/&gt;
you cant' t eat it&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;no&lt;br/&gt;
you have to eat it&lt;br/&gt;
it's obvious&lt;br/&gt;
you have to&lt;br/&gt;
you have to eat monkey&lt;br/&gt;
otherwise&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;otherwise ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;otherwise you are going to mix every thing up&lt;br/&gt;
you are going to lose your marks&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;we are in times of confusion&lt;br/&gt;
where marks&#8230;&lt;br/&gt;
where marks&#8230;.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;where marks ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;marks are unsteady&lt;br/&gt;
wobbly&lt;br/&gt;
they disappear&lt;br/&gt;
nobody knows where they stand&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;in any case&lt;br/&gt;
a monkey is a monkey&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;have you seen his hands ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;of course I've seen his hands&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;he has a thumb&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;yes, it's true&lt;br/&gt;
he has a thumb&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;and his feet&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;what about his feet&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;you're not going to call them paws&lt;br/&gt;
paws are coarse&lt;br/&gt;
thick&lt;br/&gt;
animal&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O.K, OK. They look like feet&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;so ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;so what ?&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;come on, doesn't it make you feel nervous ?&lt;br/&gt;
dizzy ?&lt;br/&gt;
do you see a difference ?&lt;br/&gt;
&lt;br }&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I see little difference&lt;br/&gt;
very little difference&lt;br/&gt;
that's why you have to eat him&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; extracts read with Amelia Parenteau at the New School for social research in New York, on November 5th 2013,&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>folie et cr&#233;ation</title>
		<link>https://lesliekaplan.net/folie-langage-et-societe/article/folie-et-creation</link>
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		<dc:date>2013-06-13T14:48:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Leslie Kaplan</dc:creator>



		<description>
                Je voudrai vous parler de la folie et de la cr&#233;ation. Je vais d'abord vous lire un texte qui n'est pas de moi, la description d'un cas, si vous voulez, il s'agit d'un d&#233;nomm&#233; Fran&#231;ois. &#8230; &#171; Pour lui, la vie est totalement diff&#233;rente de ce qu'elle est pour les autres ; avant tout, l'argent, la Bourse, le march&#233; des (&#8230;)
-
&lt;a href="https://lesliekaplan.net/folie-langage-et-societe/" rel="directory"&gt;folie, langage et soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je voudrai vous parler de la folie et de la cr&#233;ation. &lt;br/&gt;
Je vais d'abord vous lire un texte qui n'est pas de moi, la description d'un cas, si vous voulez, il s'agit d'un d&#233;nomm&#233; Fran&#231;ois.&lt;br/&gt;
&#8230; &#171; Pour lui, la vie est totalement diff&#233;rente de ce qu'elle est pour les autres ; avant tout, l'argent, la Bourse, le march&#233; des changes, une machine &#224; &#233;crire sont pour lui des choses totalement mystiques (et il est vrai qu'en r&#233;alit&#233;, elles le sont, c'est seulement pour nous autres qu'elles ne le sont pas), ce sont l&#224; pour lui les &#233;nigmes les plus &#233;tranges, qu'il n'approche absolument pas de la m&#234;me fa&#231;on que nous. On aurait tort de croire, par exemple, qu'il consid&#232;re son travail de fonctionnaire comme l'ex&#233;cution normale, habituelle, d'une charge. Pour lui, le bureau_ y compris le sien_ est quelque chose d'aussi &#233;nigmatique, d'aussi digne d'admiration que l'est une locomotive pour un petit enfant.&lt;br/&gt;
Il est incapable de comprendre la chose la plus simple qui soit. Etes vous d&#233;j&#224; entr&#233; avec lui dans un bureau de poste ? Il faut le voir chercher en hochant la t&#234;te le guichet qui lui convienne le mieux, il faut le voir aller, sans comprendre le moins du monde le pourquoi et le comment de tout cela, d'un guichet &#224; l'autre jusqu'&#224; finir par aboutir au bon&#8230; Il faut l'avoir vu payer, prendre la monnaie, la recompter, d&#233;couvrir qu'on lui a donn&#233; un euro de trop, le rendre &#224; l'employ&#233;e assise derri&#232;re le guichet. Puis il s'&#233;loigne lentement, recomptant une fois encore et, arriv&#233; en bas, &#224; la derni&#232;re marche, il s'aper&#231;oit qu'en fait l'euro qu'il a rendu lui appartenait. Et le voici donc, d&#233;sempar&#233;, qui se balance d'un pied sur l'autre, et se demande que faire. Retourner ? La chose est difficile, avec toute cette foule qui se presse l&#224;-haut. &#171; Alors laisse tomber &#187;, lui dis-je. Mais il me regarde d'un air &#233;pouvant&#233;. Comment cela, laisser tomber ? Ce n'est pas d'avoir perdu un euro qui le pr&#233;occupe, mais que ce n'est pas bien d'agir ainsi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment peut-on laisser les choses en l'&#233;tat ? L'affaire l'occupe longuement, il ne cesse d'en parler. Il est fort m&#233;content de moi. Et ce man&#232;ge se r&#233;p&#232;te chaque fois qu'il rencontre une mendiante_ sous des formes diff&#233;rentes. Une fois, il donna une pi&#232;ce de deux euros &#224; une mendiante et lui demanda de lui rendre un euro. Elle lui dit qu'elle n'avait pas la monnaie. Nous sommes donc rest&#233;s plant&#233;s l&#224; deux bonnes minutes, &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; la conduite qu'il convenait d'adopter. Tout d'un coup, il se dit qu'il peut bien lui laisser les deux euros. Mais &#224; peine a-t-il fait quelques pas qu'il se montre fort contrari&#233;. Et c'est le m&#234;me homme qui bien &#233;videmment me donnerait d'enthousiasme et sur le champ vingt mille euros si je lui demandais. Mais si je lui demandais vingt mille et un euros et que cela nous oblige&#226;t &#224; trouver un endroit o&#249; faire la monnaie, et que nous ne sachions pas o&#249; le faire, alors il se demanderait s&#233;rieusement comment r&#233;soudre le probl&#232;me de cet euro qui ne devrait pas me revenir. Son attitude crisp&#233;e vis &#224; vis de l'argent est le m&#234;me que vis &#224; vis de la femme. Il en va de m&#234;me pour sa peur du bureau. Il m'est arriv&#233; une fois de lui t&#233;l&#233;graphier, t&#233;l&#233;phoner, &#233;crire, de l'implorer au nom de Dieu de venir me rejoindre pour un jour. Je l'ai suppli&#233; &#224; deux genoux. J'en avais tr&#232;s besoin alors. Il n'a pas dormi pendant des nuits, il s'est tourment&#233;, m'a &#233;crit des lettres o&#249; il se mettait en pi&#232;ces_ mais il n'est pas venu. Pourquoi ? Il n'a pas pu demander cong&#233;. Non, il n'a pas pu dire au directeur auquel il voue une admiration &#233;perdue (s&#233;rieusement !) parce qu'il tape si vite &#224; la machine_ il n'a pas pu lui dire qu'il voulait venir me voir. Et dire autre chose_ nouvelle lettre d&#233;bordant d'&#233;pouvante_ comment cela ? Mentir ? Dire un mensonge au directeur ? Impossible. Si vous lui demandez pourquoi il aimait sa premi&#232;re fianc&#233;e, il r&#233;pond : &#171; Elle &#233;tait tellement capable en affaires &#187; et son visage se met &#224; rayonner, illumin&#233; par le respect qu'il lui voue.&lt;br/&gt;
Non, d&#233;cidemment, le monde entier est et demeure une &#233;nigme pour lui. Un secret mystique. Une entreprise hors de sa port&#233;e, et &#224; laquelle il voue, avec sa touchante na&#239;vet&#233;, la plus haute estime parce que c'est le monde de ceux qui sont &#171; capables en affaires &#187;&#8230;Une personne qui tape vite &#224; la machine, un type qui a quatre aventures en m&#234;me temps, c'est pour lui tout aussi incompr&#233;hensible que l'euro au bureau de poste, l'euro laiss&#233; &#224; la mendiante_ incompr&#233;hensible parce que c'est vivant. Mais Fran&#231;ois ne peut pas vivre. Fran&#231;ois n'a pas la capacit&#233; de vivre. Fran&#231;ois ne gu&#233;rira jamais. Fran&#231;ois mourra bient&#244;t &#187;.&lt;br/&gt;
Maintenant je vais vous faire un aveu : j'ai un tout petit peu truqu&#233;. J'ai utilis&#233; le mot &#171; euro &#187;, dans le texte d'origine, il s'agit de &#171; couronnes &#187;, et j'ai modifi&#233; le pr&#233;nom du h&#233;ros de l'histoire.&lt;br/&gt;
C'est la description de Franz Kafka par Milena Jesenska.&lt;br/&gt;
Et je vous invite &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; ce paradoxe, un &#233;crivain qui est le plus inventif, le plus proph&#233;tique, dont le nom circule sous forme d'adjectif, &#171; kafka&#239;en &#187;, et cet &#233;crivain est aux prises avec des contraintes int&#233;rieures les plus terrifiantes, les plus folles.&lt;br/&gt;
Un &#233;crivain qui a pu regarder la r&#233;alit&#233; de la fa&#231;on la plus originale, la plus ind&#233;pendante, la plus d&#233;tach&#233;e, la plus libre, qui a pu se d&#233;coller de cette r&#233;alit&#233; au point d'inventer des mondes et des mondes, et qui a eu tellement de mal &#224; vivre dans la soci&#233;t&#233; r&#233;elle.&lt;br/&gt; La description de Milena Jesenska est minutieuse, d&#233;taill&#233;e, &#233;vocatrice. On voit l'homme se d&#233;battre avec ses chaines, on le voit vraiment. &lt;br/&gt;
Mais nous qui avons lu les livres de Kafka, nous voyons en m&#234;me temps autre chose.&lt;br/&gt;
Nous nous rappelons les couloirs sans fin des bureaux, des administrations du Proc&#232;s, le Ch&#226;teau l&#224; haut inaccessible au village en bas, le voyage comique et terrifiant dans le pays de tous les r&#234;ves, L'Am&#233;rique, l'employ&#233; qui se r&#233;veille un matin m&#233;tamorphos&#233; en une gigantesque vermine, la chanteuse qui se demande si elle chante parce qu'elle cherche la beaut&#233; ou bien seulement parce qu'elle ne sait rien faire d'autre&#8230; nous avons tout &#231;a en t&#234;te, et nous le voyons aussi, cet homme, faire litt&#233;ralement ce qu'il a lui-m&#234;me nomm&#233; un &#171; saut &#187;, un &#171; bond &#187;, nous le voyons &#171; sauter en dehors de la rang&#233;e des assassins &#187;. &lt;br/&gt;
Je vous lis un morceau du Journal, en date du 27 janvier 1922 : &#171; &#233;trange, myst&#233;rieuse consolation donn&#233;e par la litt&#233;rature, dangereuse peut-&#234;tre, peut-&#234;tre lib&#233;ratrice : bond hors du rang des meurtriers, acte-observation. Acte-observation, parce qu'une observation d'une esp&#232;ce plus haute est cr&#233;&#233;e, plus haute mais non plus aigu&#235;, et plus elle s'&#233;l&#232;ve, plus elle devient inaccessible au &#171; rang &#187;, plus elle est ind&#233;pendante, plus elle ob&#233;it aux lois propres de son mouvement, plus son chemin est impr&#233;visible et joyeux, plus il monte. &#187;&lt;br/&gt;
Alors deux questions : qu'est&#8211;ce que &#231;a veut dire, un comportement &#171; normal &#187;, est-ce que dans une soci&#233;t&#233; &#171; normalis&#233;e &#187; Franz Kafka aurait sa place ?&lt;br/&gt;
Et : est-ce que la dimension du politique n'est pas de cr&#233;er des conditions pour que chacun puisse, au milieu des autres, &#224; &#233;galit&#233;, inventer son propre chemin de lib&#233;ration.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Luisa &#232; pazza</title>
		<link>https://lesliekaplan.net/traductions-translations/article/luisa-e-pazza</link>
		<guid isPermaLink="true">https://lesliekaplan.net/traductions-translations/article/luisa-e-pazza</guid>
		<dc:date>2013-03-03T16:24:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Leslie Kaplan</dc:creator>



		<description>
                mi hai tradita cosa ? cosa ? ti ho tradita ? perfettamente mi hai tradita perfettamente in che senso ? mi hai tradita mi hai preso le parole le hai distorte le hai capovolte le hai svuotate le hai appiattite ma cosa ? quali parole ? tutte le mie parole le parole che ti ho dato ne hai fatto poltiglia mi (&#8230;)
-
&lt;a href="https://lesliekaplan.net/traductions-translations/" rel="directory"&gt;traductions/translations&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;mi hai tradita&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;cosa ? cosa ?&lt;br/&gt;
ti ho tradita ?&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;perfettamente&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;mi hai tradita&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;perfettamente&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;in che senso ? &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;mi hai tradita&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;mi hai preso le parole&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;le hai distorte&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;le hai capovolte&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;le hai svuotate&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;le hai appiattite&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ma cosa ? quali parole ?&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;tutte le mie parole&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;le parole che ti ho dato&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;ne hai fatto poltiglia&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;mi hai preso le parole&lt;/i&gt;&lt;br/&gt; &lt;i&gt;ne hai fatto non so cosa&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;ne hai fatto frasi&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;discorsi&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;un bla bla&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ma quali parole ?&lt;br/&gt;
le parole sono di tutti&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;hai preso le mie parole&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;quelle mie&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le tue parole ? quelle tue ?&lt;br/&gt;
i tuoi segreti ? &lt;br/&gt;
ti ho preso i segreti ?&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;hai preso le mie parole&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;tutte le parole&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;tutte le mie parole&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;tutto quello che ti ho dato&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;l'hai preso&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;hai tradito la mia fiducia&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ma di che parli ?&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;parlo del parlare&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;ecco di che parlo&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;sai molto bene di cosa parlo&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;ti parlo&lt;/i&gt;&lt;br/&gt; &lt;i&gt;e quello che dico&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;tu non lo senti&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;non lo sento&lt;br/&gt; o non lo capisco ?&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;non lo senti&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;non lo capisci&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;vai a vanvera&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a vanvera ? a vanvera ?&lt;br/&gt;
in che senso ?&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;le mie parole, tu le prendi&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;le utilizzi&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;le deform&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;i &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;le dai ad altri&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;le fai circolare&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;senza chiedermelo&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;per esempio&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;no no no&lt;/i&gt;&lt;br/&gt; &lt;i&gt;nessun esempio&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;metti insieme le mie parole&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;le ridicolizzi&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;le stravolgi&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;non capisco&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;io ti dico, Vedi&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;e tu mi chiedi,&lt;/i&gt;&lt;br/&gt; &lt;i&gt;Cosa devo vedere&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tu mi hai detto, Vedi ?&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;ti dico, Vedi &lt;/i&gt;&lt;br/&gt; &lt;i&gt;&#232; chiaro&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Vedi&lt;/i&gt;&lt;br/&gt; &lt;i&gt;Senti &lt;/i&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;che cosa dici&lt;br/&gt;
non capisco&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Vedi &#187;&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;&#171; Senti &#187;&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;&#232; semplice&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;vedere, sentire&lt;br/&gt;
non &#232; la stessa cosa&lt;br/&gt;
cosa dici&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;ti ho detto, Vedi&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;te l'ho detto ieri&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;e mi hai detto &lt;/i&gt; &lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Cosa devo vedere &lt;/i&gt; ?&lt;br/&gt; &lt;i&gt;Non c'&#232; nulla da vedere&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;non senti&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;noncapisci&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ti ho detto, &#171; Cosa devo vedere ?&lt;br/&gt;
non c'&#232; niente da vedere &#187;&lt;br/&gt;
tutto qua&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;mi hai detto, Cosa devo vedere ?&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;io sono l&#236;, davanti a te&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;ti dico, Vedi&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;tu mi dici &#171; Cosa devo vedere ?&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;non c'&#232; niente da vedere &#187;&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;io sono l&#236;, davanti a te&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;sono l&#236;, piantata&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;e tu, tu non mi vedi,&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;non mi senti&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;non ti vedo &lt;br/&gt;
o non ti sento&lt;br/&gt;
sii precisa&lt;br/&gt;
per una volta nella vita&lt;br/&gt;
tenta di essere precisa&lt;br/&gt;
le parole hanno un senso, in fondo&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;tu non mi vedi&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;non mi senti&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;me ne sto l&#236; davanti a te&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;e mi attraversi con lo sguardo&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;non esisto&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;si parlava di Luisa&lt;br/&gt;
Luisa va dappertutto&lt;br/&gt;
non vede nulla&lt;br/&gt;
non vede nessuno&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Luisa, Luisa &#232; pazza&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luisa, Luisa &#232; pazza&lt;br/&gt; compra di tutto&lt;br/&gt;
non riesce a fermarsi&lt;br/&gt;
nulla la pu&#242; fermare&lt;br/&gt;
lo dice lei, dice,&lt;br/&gt;
non v'&#232; ragione di fermarsi&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;ma &#232; vero&lt;/i&gt;&lt;br/&gt; &lt;i&gt;non v'&#232; ragione&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;di fermarsi&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;e allora, cos&#236; &lt;br/&gt;
compri tutto ?&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;certo&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;compro tutto&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;non compri &lt;br/&gt; quello&lt;br/&gt; che ti serve ? &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;che mi serve ?&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;e che c'entra ?&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ma come, che c'entra&lt;br/&gt;
ti serve una cosa&lt;br/&gt;
ti manca qualcosa&lt;br/&gt;
la compri&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;per niente&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;non compro affatto&lt;/i&gt;&lt;br/&gt; &lt;i&gt;perch&#233; mi manca qualcosa&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ma&lt;br/&gt;
allora&lt;br/&gt;
perch&#233;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;compro perch&#233; vedo&lt;/i&gt;&lt;br/&gt; &lt;i&gt;qualcosa che mi piace&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;sciocchezze&lt;br/&gt;
sono sciocchezze&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;ma certo&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;sono sciocchezze&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;lascia perdere&lt;br/&gt;
non ci arrivi&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a cosa non arrivo&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;non ci arriviamo&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;ma cosa&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;comprare&lt;br/&gt;
non comprare&lt;br/&gt;
questo&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#232; quello che dice Luisa&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;dice cosa &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;lei dice, non ci arrivo&lt;/i&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luisa &#232; pazza&lt;br/&gt;
lascia perdere&lt;br/&gt;
comprare&lt;br/&gt;
non comprare&lt;br/&gt;
non hai alcun principio&lt;br/&gt;
compri un costume da bagno&lt;br/&gt;
ti ci vuole una settimana&lt;br/&gt; lo vedi&lt;br/&gt;
torni a guardarlo&lt;br/&gt;
te lo provi&lt;br/&gt;
ti informi&lt;br/&gt;
ti ci vuole un settimana&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#232; difficile, il costume da bagno&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

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