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	<title>Leslie Kaplan - Les outils</title>
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	<description>&#034;&#224; quoi sert la litt&#233;rature ?&#034;</description>
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		<title>Sade &#224; la t&#233;l&#233;vision</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Leslie Kaplan</dc:creator>



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                Imaginez un instant un entretien &#224; la t&#233;l&#233;vision avec le Marquis de Sade. Le vieux Sade, un peu g&#226;teux, ou mal conseill&#233;, aurait accept&#233;. Le pr&#233;sentateur aurait, pour l'occasion, port&#233; une petite perruque poudr&#233;e sur la t&#234;te. Alors, Monsieur le marquis, vous aimez toujours la sodomie ? Sade, surpris. Les (&#8230;)
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&lt;a href="https://lesliekaplan.net/contre-une-civilisation-du-cliche/" rel="directory"&gt;contre une civilisation du clich&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Imaginez un instant un entretien &#224; la t&#233;l&#233;vision avec le Marquis de Sade. &lt;br/&gt;
Le vieux Sade, un peu g&#226;teux, ou mal conseill&#233;, aurait accept&#233;.&lt;br/&gt;
Le pr&#233;sentateur aurait, pour l'occasion, port&#233; une petite perruque poudr&#233;e sur la t&#234;te.&lt;br/&gt;
Alors, Monsieur le marquis, vous aimez toujours la sodomie ?&lt;br/&gt;
Sade, surpris. &lt;br/&gt;
Les derri&#232;res, c'est vraiment votre pr&#233;f&#233;rence, n'est-ce pas ?&lt;br/&gt;
Pouvez-vous nous pr&#233;ciser la partie du derri&#232;re que vous investissez le plus ? le trou ? la raie ? les fesses ?&lt;br/&gt;
Sade secoue la t&#234;te.&lt;br/&gt;
Quand est-ce que vous vous &#234;tes rendu compte de ces pr&#233;f&#233;rences ?&lt;br/&gt; Avez-vous eu peur ?&lt;br/&gt;
Vous n'avez s&#251;rement pas eu peur de l'opinion d'autrui, quand on vous connait, quand on vous voit, on se rend bien compte que vous n'avez peur de personne, mais avez-vous eu peur de vous m&#234;me ?&lt;br/&gt; Mmmfff, &#233;mettrait Sade, l'air vaguement choqu&#233;.&lt;br/&gt;
Vous pr&#233;f&#233;rez les culs bien ferm&#233;s, n'est-ce pas ? les pas trop us&#233;s ? les plus serr&#233;s, ahahaha ?&lt;br/&gt;
Sade, r&#233;tract&#233;, un peu absent, ou pas habitu&#233; aux lumi&#232;res du plateau, opine.&lt;br/&gt;
Et votre go&#251;t des glaces, des sorbets ? &lt;br/&gt;
J'ai &#233;t&#233; tr&#232;s frapp&#233; en vous lisant par votre gourmandise.&lt;br/&gt;
Sade sourit dans le lointain. &lt;br/&gt;
Vous aimez les sorbets un peu diff&#233;rents, un peu sp&#233;ciaux, n'est-ce pas ? Les sorbets &#224; la merde, au caca, vous dites que c'est eux que vous pr&#233;f&#233;rez ?&lt;br/&gt; Vous pensez qu'il vaut mieux dire merde ou caca, d'ailleurs ?&lt;br/&gt;
Sade l&#232;ve les sourcils. &lt;br/&gt;
Vous &#234;tes toujours tr&#232;s exigeant sur les mots, tr&#232;s rigoureux, on voit que vous aimez la langue fran&#231;aise, que vous l'appr&#233;ciez vraiment, j'ai raison, n'est-ce pas ?&lt;br/&gt;
Sade hausse les &#233;paules. &lt;br/&gt;
J'ai raison, je vois que vous pensez que j'ai raison.&lt;br/&gt;
Vous d&#233;crivez tr&#232;s bien votre plaisir en les mangeant, ces sorbets, vous g&#233;missez de plaisir, c'est exact, non ?&lt;br/&gt;
Enfin, vous, votre h&#233;ros... &lt;br/&gt;
Votre h&#233;ros, on peut dire que c'est vous, n'est-ce pas ?&lt;br/&gt; Mais vous avez oubli&#233; de nous donner la recette, ahhahah...&lt;br/&gt;
Mmmff, &#233;met Sade. &lt;br/&gt;
Le spectateur attentif pourrait peut-&#234;tre voir une petite bulle au-dessus de sa t&#234;te avec un point d'interrogation comme dans certaines bande-dessin&#233;es.&lt;br/&gt;
Alors, avan&#231;ons, avan&#231;ons, il y a beaucoup de mati&#232;re, n'est-ce pas, ahhahah.&lt;br/&gt;
Dites-nous, vous aimez particuli&#232;rement les relations &#224; plusieurs, les groupes ?&lt;br/&gt;
Les positions imbriqu&#233;es, interactives ?&lt;br/&gt;
Vous faites appel aux gens les plus divers, ceux que vous connaissez, ceux que vous ne connaissez pas, des domestiques, des princes, vous aimez les m&#233;langes, n'est-ce pas ? &lt;br/&gt;
Tout &#231;a demande du travail, de l'organisation. Vous &#234;tes quelqu'un de tr&#232;s organis&#233;, n'est-ce pas ? &#231;a se voit. &lt;br/&gt;
Il faut avoir tout de m&#234;me un esprit tr&#232;s tr&#232;s organis&#233; pour mettre au point tout &#231;a, non ? &lt;br/&gt;
C'est un peu transgressif, bien s&#251;r, mais on peut comprendre, on peut comprendre. Moi m&#234;me... &lt;br/&gt;
Silence souriant.&lt;br/&gt;
Sade, &#233;tonn&#233; sans doute du silence, s'agite sur sa chaise.&lt;br/&gt;
Et votre go&#251;t pour le sang, les blessures, les d&#233;chirures, forcer, faire mal, vous pouvez nous en parler ?&lt;br/&gt;
Mmmfff, r&#233;ponse de Sade. &lt;br/&gt;
Ceci dit, vous admettrez que tout &#231;a exige du personnel, des moyens, n'est-ce pas ?&lt;br/&gt;
Avouez que ce sont seulement des privil&#233;gi&#233;s, des personnes assez fortun&#233;es, tr&#232;s fortun&#233;es m&#234;me, qui peuvent avoir ce genre de loisirs ? &lt;br/&gt;
Vous ne le dites pas assez, vous ne le dites pas du tout, d'ailleurs. Pour que ce soit vraiment accessible &#224; Monsieur tout le monde, Monsieur le marquis, il faudrait tout de m&#234;me repenser les infrastructures, et l&#224; je vous fait une petite critique, vous n'avez pas pens&#233; au c&#244;t&#233; populaire, tel que vous le pr&#233;sentez tout &#231;a n'est pas encore suffisamment d&#233;mocratique, mais peut-&#234;tre ce n'est pas votre probl&#232;me ?&lt;br/&gt;
Sade hoche la t&#234;te.&lt;br/&gt;
Pourtant il me semble que c'est important, essentiel m&#234;me, &#224; notre &#233;poque, on ne peut pas faire l'impasse l&#224;-dessus, n'est-ce pas ?&lt;br/&gt;
Enfin, tout &#231;a c'est de l'amour, une voie d'acc&#232;s vers l'amour.&lt;br/&gt;
Ah non, dit Sade, qui subitement a l'air de se r&#233;veiller, ah non.&lt;br/&gt;
C'est la nature, dit Sade.&lt;br/&gt;
L'amour, la nature, c'est pareil, dit le pr&#233;sentateur, en souriant mais avec un ton grave, l'amour, la nature, c'est la m&#234;me chose, et c'est &#231;a qui est beau.&lt;br/&gt;
Ah non, dit Sade, ah non.&lt;br/&gt; La nature n'interdit rien, dit Sade. Ce sont les hommes qui interdisent. La nature, elle, n'interdit rien, r&#233;p&#232;te Sade fermement.&lt;br/&gt;
Mais, ajoute Sade, pour citer une formule bien connue, tout ce qui est interdit est par d&#233;finition, je dis bien par d&#233;finition, possible.&lt;br/&gt;
Le pr&#233;sentateur reste un moment un peu flottant. &lt;br/&gt;
Il se ressaisit.&lt;br/&gt;
Bon, bon, bon, Monsieur le marquis, vous ne nous avez toujours pas dit comment tout &#231;a vous &#233;tait venu ?&lt;br/&gt; Parlez nous de votre parcours, voulez-vous ?&lt;br/&gt; Vous pouvez dater ? &lt;br/&gt;
La premi&#232;re fois ?&lt;br/&gt;
Vous aviez, on croit savoir, une tr&#232;s mauvaise relation avec votre m&#232;re ? D'ailleurs dans un de vos livres, la m&#232;re est cousue, n'est-ce pas ? &lt;br/&gt;
C'est l'expression d'un d&#233;sir personnel ?&lt;br/&gt;
Et vos initiales, D.A.F., je me suis toujours demand&#233; ? Pourquoi ces initiales ?&lt;br/&gt;
Le pr&#233;sentateur continue, il fait les questions et les r&#233;ponses.&lt;br/&gt; Sade, fatigu&#233;, ne dit plus rien.&lt;br/&gt; Mmmfff... &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Ecriture et d&#233;mocratie</title>
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		<dc:creator>Leslie Kaplan</dc:creator>



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                &#171; R&#233;inventer la d&#233;mocratie &#187; peut r&#233;sonner avec mes pr&#233;occupations, mes enjeux _pas seulement au sens de : vouloir la libert&#233; d'expression, d'opinion, minimum n&#233;cessaire, &#233;vident _mais il me semble qu'il y a une &#171; correspondance &#187; entre les exigences pos&#233;es par ce &#171; r&#233;gime &#187;, la d&#233;mocratie et ce que pourrait &#234;tre (&#8230;)
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&lt;a href="https://lesliekaplan.net/contre-une-civilisation-du-cliche/" rel="directory"&gt;contre une civilisation du clich&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; R&#233;inventer la d&#233;mocratie &#187; peut r&#233;sonner avec mes pr&#233;occupations, mes enjeux&lt;br/&gt;
_pas seulement au sens de : vouloir la libert&#233; d'expression, d'opinion, minimum n&#233;cessaire, &#233;vident&lt;br/&gt;
_mais il me semble qu'il y a une &#171; correspondance &#187; entre les exigences pos&#233;es par ce &#171; r&#233;gime &#187;, la d&#233;mocratie&lt;br/&gt; et ce que pourrait &#234;tre une &#233;thique de la litt&#233;rature, une certaine conception du &#171; travail de la culture &#187;, comme le dit Freud, c'est &#224; dire, du travail de la pens&#233;e.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; d&#233;mocratie &#187; est ce r&#233;gime qui, comme le dit Claude Lefort, &#171; s'institue et se maintient dans la dissolution des rep&#232;res de certitude &#187; &lt;br/&gt;
ou encore, &#171; une soci&#233;t&#233; affront&#233;e &#224; la contradiction g&#233;n&#233;rale que lib&#232;re la disparition d'un fondement de l'ordre social &#187; (&#224; propos de Tocqueville),&lt;br/&gt;
ou encore, un r&#233;gime qui s'est &#233;difi&#233; &#171; &#8230; en acceptant la division sociale, le conflit, l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des m&#339;urs et des opinions &#187; (&#224; propos de Arendt).&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or &lt;br/&gt;
la litt&#233;rature part du d&#233;sir d'une &#233;criture libre et qui rende libre&lt;br/&gt; et en m&#234;me temps, &lt;br/&gt;
la litt&#233;rature est un art &lt;br/&gt;
c'est &#224; dire : pas n'importe quoi, elle repose sur une exigence de formes&lt;br/&gt;
en particulier une recherche de formes qui permettent justement &#224; cette libert&#233; de se d&#233;ployer au maximum&lt;br/&gt;
qui soit faite d'inqui&#233;tude et de questionnement&lt;br/&gt;
qui tienne compte des conflits&lt;br/&gt;
qui trouve des formes pour penser les conflits&lt;br/&gt;
c'est donc une recherche&lt;br/&gt;
pas seulement une &#171; expression de soi &#187; ou un &#171; t&#233;moignage &#187;&lt;br/&gt;
qui suivrait la r&#233;alit&#233;&lt;br/&gt;
mais une r&#233;invention toujours en train de se faire&lt;br/&gt;
et qui se fait &lt;br/&gt;
en &#233;vitant des &#233;cueils, des directions qui m&#232;nent &#224; des impasses,&lt;br/&gt;
qui sont des risques pour n'importe quel &#233;crivain, &lt;br/&gt;
et qui me semblent &#234;tre de deux ordres :&lt;br/&gt;
+ une &#233;criture qui se r&#233;duit &#224; du discours explicatif,&lt;br/&gt;
qui vise &#224; ramener l'inconnu au connu, &lt;br/&gt;
&#224; se d&#233;fendre de la surprise, de l'&#233;tonnement, de la rencontre&lt;br/&gt;
qui tombe dans les g&#233;n&#233;ralit&#233;s, les explications, &lt;br/&gt;
dans une logique qui se d&#233;roule de fa&#231;on auto suffisante, &lt;br/&gt;
une id&#233;ologie&lt;br/&gt;
et qui laisse ainsi &#233;chapper le r&#233;el.&lt;br/&gt;
Le r&#233;el se saisit toujours dans les d&#233;tails, le d&#233;tail est un &#233;clat de r&#233;el, une condensation de sens.&lt;br/&gt;
D'o&#249; un 2 &#232;me &#233;cueil possible : &lt;br/&gt;
+ une &#233;criture qui vide le d&#233;tail de son sens,&lt;br/&gt; qui r&#233;duit le d&#233;tail, condensation de sens, &#224; l'anecdote d&#233;pourvue de sens&lt;br/&gt;
qui ram&#232;ne le d&#233;tail &#224; l'insignifiant :&lt;br/&gt;
une trivialisation.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cons&#233;quence : penser par clich&#233;, par id&#233;e re&#231;ue, par lieu commun&lt;br/&gt;
une pens&#233;e homog&#232;ne,&lt;br/&gt; qui refuse l'h&#233;t&#233;rog&#232;ne&lt;br/&gt;
moyenne&lt;br/&gt;
immobile&lt;br/&gt;
morte.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous rappellerai Flaubert, son &lt;i&gt;Dictionnaire des id&#233;es re&#231;ues&lt;/i&gt;, &lt;br/&gt;
o&#249; il se moque du bourgeois, de sa fausse culture&lt;br/&gt;
de sa b&#234;tise&lt;br/&gt;
et les mots ou les noms du d&#233;but : Ab&#233;lard, Abricot, Absalon, Acad&#233;mie, Actrices&#8230;&lt;br/&gt;
c'est-&#224;-dire, si on suit le principe du dictionnaire :&lt;br/&gt;
TOUT, absolument tout peut devenir clich&#233;.&lt;br/&gt;
Alors aujourd'hui, le clich&#233;, l'id&#233;e re&#231;ue, le lieu commun, c'est quoi ?&lt;br/&gt;
par o&#249; passe l'uniformisation de la pens&#233;e ?&lt;br/&gt;
Comment s'op&#232;re l'acte de ramener au connu, au rassurant qui conforte ?&lt;br/&gt;
Souvenons nous que le pire des monstres, pour Baudelaire,&lt;br/&gt;
celui qui &#171; dans un b&#226;illement avalerait le monde &#187;&lt;br/&gt; c'est &#171; l'Ennui &#187;.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'ennui comme dit Baudelaire c'est quoi ?&lt;br/&gt;
c'est le non d&#233;sir&lt;br/&gt;
le non d&#233;sir de la langue, de la pens&#233;e dans la langue&lt;br/&gt;
le non d&#233;sir pour l'autre dans la langue&lt;br/&gt;
le refus de rencontrer dans la langue et dans la pens&#233;e quelqu'un d'autre&lt;br/&gt;
qui parle &#224; son tour&lt;br/&gt;
qui mette en cause ce qu'on pense&lt;br/&gt;
qui pose question&lt;br/&gt;
qui soit diff&#233;rent.&lt;br/&gt;
Et cet autre, cette diff&#233;rence, suppose un conflit possible&lt;br/&gt;
dans la langue&lt;br/&gt;
dans la pens&#233;e&lt;br/&gt;
et aussi bien dans sa propre pens&#233;e.&lt;br/&gt;
Cela suppose qu'on reconnaisse qu'on est divis&#233;&lt;br/&gt;
qu'on n'est pas forc&#233;ment d'accord avec soi m&#234;me&lt;br/&gt;
mais qu'il y a un travail &#224; faire, un conflit &#224; r&#233;soudre&lt;br/&gt;
donc une angoisse&lt;br/&gt;
pour penser ensemble ces oppos&#233;s.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens le clich&#233;, l'id&#233;e re&#231;ue, le lieu commun&lt;br/&gt;
est une tentative pour &#233;chapper &#224; l'angoisse.&lt;br/&gt;
C'est &#224; dire : le clich&#233;, l'id&#233;e re&#231;ue, le lieu commun&lt;br/&gt;
c'est rendre uniforme, homog&#232;ne,&lt;br/&gt;
c'est nier, d&#233;nier, les diff&#233;rences et les diff&#233;rends&lt;br/&gt;
mais en m&#234;me temps c'est une fa&#231;on de c&#233;der &#224; la peur,&lt;br/&gt; &#224; la peur du conflit.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est aussi faire activement le vide, vouloir avoir le dernier mot&lt;br/&gt;
la promotion du clich&#233; est une promotion active du vide&lt;br/&gt;
il y a un rapport entre le lieu commun, l'id&#233;e re&#231;ue et &#8230;la haine, le d&#233;sir de meurtre&lt;br/&gt;
repensons &#224; l'image de Baudelaire, ce &#171; b&#226;illement qui avalerait le monde &#187;,&lt;br/&gt; c'est &#224; dire : il y a une force d&#233;voratrice de ce mouvement passif &lt;br/&gt;
il s'agit d'en finir avec la pens&#233;e, la sienne, celle de l'autre&lt;br/&gt;
et on peut noter que si personne n'a envie de faire du clich&#233; tout le monde peut avoir envie d'avoir le dernier mot&lt;br/&gt;
&#171; Je tuerai tout le monde et puis je m'en irai &#187;, Ubu&lt;br/&gt;
et Humpty Dumpty &#224; Alice :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; When I use a word, it means just what I choose it to mean_neither more nor less &#187;&lt;br/&gt;
quand je me sers d'un mot il signifie exactement ce que je veux dire, ni plus ni moins&lt;br/&gt;
Alice s'&#233;tonne, elle dit qu'elle ne pense pas que le sens des mots d&#233;pend de celui qui les utilise.&lt;br/&gt;
Et Humpty Dumpty lui r&#233;torque&lt;br/&gt;
&#171; The question is, said Humpty Dumpty, which is to be is the master, that's all &#187; &lt;br/&gt;
La question est, qui est le ma&#238;tre, un point c'est tout.&lt;br/&gt;
Bien s&#251;r, c'est faux, Humpty Dumpty a tort&lt;br/&gt;
Ce gros &#339;uf arrogant et fragile qui peut intimider et fasciner a tort.&lt;br/&gt;
Quand on parle, et quand on &#233;crit, les mots, on les &lt;br class='autobr' /&gt;
fait jouer dans tous les sens possibles, consciemment ou inconsciemment&lt;br/&gt;
le langage est toujours adress&#233;, il a toujours une polys&#233;mie.&lt;br/&gt;
Mais&lt;br/&gt;
il ne faut pas sous estimer la possibilit&#233; toujours pr&#233;sente d'une r&#233;duction du langage, d'une volont&#233; d'appauvrissement du langage,&lt;br/&gt;
d'un langage &#224; sens unique,&lt;br/&gt;
la possibilit&#233; toujours pr&#233;sente d'une civilisation du clich&#233;.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire de la trivialisation, de la banalisation :&lt;br/&gt;
le &#171; travail de la culture &#187; comme dit Freud, c'est &#224; dire, le travail de la pens&#233;e,&lt;br/&gt;
travail dont la litt&#233;rature fait partie,&lt;br/&gt;
ne nie pas l'angoisse, cette &#171; part divine de l'homme &#187; (Heitor de Macedo)&lt;br/&gt;
mais au contraire cherche &#224; &#171; faire des choses avec l'angoisse &#187; (Rilke).&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail de la culture est un travail&lt;br/&gt; qui met en jeu toutes les formes possibles de la pens&#233;e&lt;br/&gt;
qui pense dans tous les sens&lt;br/&gt;
qui d&#233;ploie toute la libert&#233; de pens&#233;e&lt;br/&gt;
qui joue avec la pens&#233;e&lt;br/&gt;
qui ainsi a &#224; voir avec l'art sous toutes ses formes&lt;br/&gt;
l'art comme forme de jeu, d'exp&#233;rimentation des possibles&lt;br/&gt;
c'est l'importance du travail de la fiction&lt;br/&gt;
A cet &#233;gard j'ai souvent cit&#233; la phrase de Kafka,&lt;br/&gt; &#171; &#233;crire c'est sauter en dehors de la rang&#233;e des assassins &#187;&lt;br/&gt;
le saut est le geste m&#234;me de la fiction&lt;br/&gt;
qui se d&#233;tache de la r&#233;alit&#233;&lt;br/&gt;
qui se d&#233;colle&lt;br/&gt;
pour penser autrement&lt;br/&gt;
qui ne se situe pas en dehors du monde &lt;br/&gt;
mais qui s'appuie sur un autre point&lt;br/&gt;
qui cr&#233;e un autre point de vue&lt;br/&gt;
pour penser ce monde&lt;br/&gt;
c'est la mise en &#339;uvre, en acte, du possible.&lt;br/&gt;
Je soulignerai que si le saut peut prendre toutes les formes possibles, toutes les formes du possible&lt;br/&gt;
&#171; les assassins &#187; , dont parle Kafka&lt;br/&gt;
les assassins, eux, sont toujours ceux par qui la mauvaise vie est reconduite, r&#233;p&#233;t&#233;e.&lt;br/&gt;
Et je rappellerai la d&#233;finition que Freud donne de la sant&#233; mentale : &#234;tre assez n&#233;vros&#233; pour tenir compte de la r&#233;alit&#233;, et assez fou pour vouloir la changer.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et le &#171; travail de la culture &#187; c'est un travail qui vise le pr&#233;sent, &#224; rendre plus plein le pr&#233;sent&lt;br/&gt;
&#224; faire qu'on pense dans le pr&#233;sent de fa&#231;on vivante&lt;br/&gt;
m&#234;me quand c'est un travail qui vise &#224; dire la v&#233;rit&#233; sur le pass&#233;, &#224; d&#233;terrer le pass&#233;&lt;br/&gt;
comme dit Pierre Rosenvallon, l'Histoire est le &#171; laboratoire du pr&#233;sent &#187;.&lt;br/&gt;
Et en ce sens le &#171; travail de la culture &#187; tient compte de l'inconscient&lt;br/&gt;
et de la trace dans le pr&#233;sent des traumas pass&#233;s&lt;br/&gt;
Ces traumas, s'ils sont ni&#233;s, d&#233;ni&#233;s,&lt;br/&gt;
ne sont pas sans rapport avec des formes d'indiff&#233;rence, d'apathie&lt;br/&gt;
des formes d'ali&#233;nation&lt;br/&gt;
de s&#233;paration de soi avec soi&lt;br/&gt;
de rigidification de l'&#234;tre&lt;br/&gt;
de d&#233;fense&lt;br/&gt;
voire de folie&lt;br/&gt;
qui sont des fa&#231;ons de survivre aussi &#224; ce qui est un d&#233;ni, une trahison&lt;br/&gt;
la non reconnaissance, et surtout par ses proches, des douleurs subies&lt;br/&gt;
voir Fran&#231;oise Davoine et Jean Max Gaudilli&#232;re sur les traumas et les guerres&lt;br class='autobr' /&gt;
ex les suites de la guerre de 14-18&lt;br/&gt;
mais aussi la colonisation et ses suites, l'occupation, le nazisme, l'assassinat des juifs, la guerre d'Alg&#233;rie, la violence de l'immigration&#8230; &lt;br/&gt;
La &#171; folie &#187; c'est une fa&#231;on de montrer ce qui n'a pas pu &#234;tre dit.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'on ne peut que souligner le m&#233;pris dans lequel le gouvernement tient cette question, et opposer &#224; ce m&#233;pris ce qu'ont dit des grands psychiatres comme Tosquelles, Bonaff&#233;&#8230; &lt;br/&gt;
&#171; Sans la reconnaissance de la valeur humaine de la folie, c'est l'homme m&#234;me qui dispara&#238;t &#187; (Tosquelles)&lt;br/&gt; &#171; On juge du degr&#233; de civilisation d'une soci&#233;t&#233; &#224; la mani&#232;re dont elle traite ses marges, ses fous et ses d&#233;viants &#187; (Lucien Bonnaf&#233;)&lt;br/&gt;
phrases reprises par le mouvement nomm&#233; Collectif des 39 contre la nuit s&#233;curitaire (nuit s&#233;curitaire voulue par Sarkozy).&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en ce sens, fondamental, que le &#171; travail de la culture &#187; comme travail de la pens&#233;e est toujours politique, a un rapport avec le politique&lt;br/&gt;
est toujours une fa&#231;on de re-d&#233;mocratiser la soci&#233;t&#233;&lt;br/&gt;
car la politique n'est pas un suivisme de la r&#233;alit&#233;&lt;br/&gt;
mais bien une interpr&#233;tation et une d&#233;cision&lt;br/&gt;
c'est &#224; dire : une cr&#233;ation, o&#249; il s'agit de donner une interpr&#233;tation au r&#233;el pour qu'il devienne pensable, et puisse &#234;tre investi, d&#233;sinvesti ou rejet&#233;.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et donc : je trouve important de saisir comment &#231;a marche, la b&#234;tise,&lt;br class='autobr' /&gt;
comment elle occupe le terrain&lt;br/&gt;
par quels m&#233;canismes jamais nouveaux mais toujours renouvel&#233;&lt;br/&gt;
&#224; qui &#231;a profite (eh oui) = opium, opium.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; culture &#187; malheureusement &lt;br/&gt;
quand on en parle c'est souvent sous la forme de l'histoire juive bien connue :&lt;br/&gt;
Esther et Sarah sont au restaurant, Sarah dit &#224; Esther,&lt;br/&gt; Ah qu'est-ce que c'est mauvais&lt;br/&gt;
et Esther lui r&#233;pond, Oui et en plus c'est pas copieux&#8230;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en fait ce n'est pas si dr&#244;le.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu d'&#234;tre un travail de pens&#233;e, d'&#233;laboration&lt;br/&gt;
au lieu de cr&#233;er du lien&lt;br/&gt; en tenant compte des conflits, des diff&#233;rences,&lt;br/&gt; en les pensant&lt;br/&gt;
la culture peut devenir une fausse fa&#231;on de suppl&#233;er au manque de d&#233;mocratie dans les d&#233;mocraties,&lt;br/&gt; une fausse participation&lt;br/&gt;
une fausse proximit&#233;&lt;br/&gt;
elle peut devenir la reproduction non pens&#233;e, soi-disant &#224; proximit&#233; de chacun, de ce qui soi-disant se passe dans la soci&#233;t&#233;&lt;br/&gt;
r&#233;alit&#233; show, people &#8230;&lt;br/&gt;
l'accent mis sur les gens, pas sur les &#339;uvres&#8230;&lt;br/&gt;
tout le monde peut partager les go&#251;ts d'un &#233;crivain ou ses malheurs ou ses bonheurs&lt;br/&gt;
Quel int&#233;r&#234;t ?&lt;br/&gt; L'int&#233;r&#234;t de dire : on est tous pareils &lt;br/&gt;
c'est la mise en &#339;uvre du &#171; moi aussi &#187; (j'aime, j'aime pas, etc)&lt;br/&gt;
m&#234;me si on n'a pas de pouvoir de d&#233;cision&lt;br/&gt;
m&#234;me si on ne fait pas partie de ceux qui d&#233;cident&lt;br/&gt;
on participe, &#224; quoi, au petit bout de la petite culotte&lt;br/&gt;
m&#233;pris total des gens&lt;br/&gt;
et, &#231;a va avec, fa&#231;on de supprimer la pens&#233;e : il n'y a plus d'objet de pens&#233;e&lt;br/&gt;
voir d&#233;j&#224; Fellini sur la t&#233;l&#233;vision&lt;br/&gt;
Comme disait un grand &#233;crivain du cin&#233;ma, Serge Daney : &#171; il faut r&#233;inventer la distance &#187;.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je terminerai par un petit texte de Kafka, h&#233;ros de la pens&#233;e paradoxale, la chose du monde la plus indispensable en d&#233;mocratie et en litt&#233;rature&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8220;Je me bats ; personne ne le sait ; plus d'un s'en doute, c'est in&#233;vitable ; mais personne ne le sait. Je remplis mes devoirs quotidiens, on peut me reprocher un peu de distractions, mais pas trop. Naturellement, tout le monde se bat, mais je me bats plus que d'autres ; la plupart des gens se battent comme en dormant, de m&#234;me qu'on agite la main pour chasser une vision en r&#234;ve ; mais moi je suis sorti des rangs et je me bats en faisant un emploi scrupuleux et bien consid&#233;r&#233; de toutes mes forces. Pourquoi suis-je sorti de cette foule qui est assur&#233;ment bruyante en soi, mais se montre &#224; cet &#233;gard d'un calme alarmant ? Pourquoi ai-je attir&#233; l'attention sur moi ? Pourquoi suis-je maintenant sur la premi&#232;re liste de l'ennemi ? Je l'ignore. Une autre vie ne me paraissait pas digne d'&#234;tre v&#233;cue. De tels hommes, l'histoire militaire les appelle des natures de soldats. Et pourtant ce n'est pas cela, je n'esp&#232;re pas la victoire et ce n'est pas le combat en tant que tel qui me r&#233;jouit, il me r&#233;jouit uniquement en tant qu'il est la seule chose &#224; faire. En tant que tel, il est vrai, il me donne plus de joie que je ne puis r&#233;ellement en go&#251;ter, plus que je ne puis en donner, peut &#234;tre n'est-ce pas au combat, mais &#224; cette joie que je succomberai.&#8221;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Renversement</title>
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		<dc:date>2012-06-07T11:27:20Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Leslie Kaplan</dc:creator>


		<dc:subject>articleactuelsommaire</dc:subject>

		<description>
                Qui est folle, dans Louise, elle est folle ? les deux femmes en sc&#232;ne s'accusent, se renvoient la balle, essayent de pr&#233;ciser leurs accusations, jusqu'au plus grave elles utilisent une troisi&#232;me, Louise, absente, comme une fa&#231;on de d&#233;signer ce qu'en aucun cas elles ne veulent &#234;tre mais elles s'acharnent l'une (&#8230;)
-
&lt;a href="https://lesliekaplan.net/contre-une-civilisation-du-cliche/" rel="directory"&gt;contre une civilisation du clich&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://lesliekaplan.net/mot/articleactuelsommaire" rel="tag"&gt;articleactuelsommaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://lesliekaplan.net/IMG/logo/arton27.jpg' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; alt=&#034;&#034; style='max-width: 150px;max-width: min(100%,150px); max-height: 150px' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Qui est folle, dans &lt;i&gt;Louise, elle est folle&lt;/i&gt; ?&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;les deux femmes en sc&#232;ne s'accusent, se renvoient la balle, essayent de pr&#233;ciser leurs accusations, jusqu'au plus grave&lt;br/&gt;
elles utilisent une troisi&#232;me, Louise, absente, comme une fa&#231;on de d&#233;signer ce qu'en aucun cas elles ne veulent &#234;tre&lt;br/&gt;
mais elles s'acharnent l'une contre l'autre, pourquoi ?&lt;br/&gt;
comme si chacune repr&#233;sentait pour l'autre quelque chose qu'elle rejette&lt;br/&gt; pourtant il s'agit de faits connus, de comportements habituels, d'attitudes vues partout, de phrases entendues partout, acheter n'importe quoi, voyager sans voir, manger sans penser, vouloir gagner, l'horreur quotidienne et au cin&#233;ma, les clich&#233;s, les clich&#233;s, les clich&#233;s&#8230;&lt;br/&gt;
toutes choses bien r&#233;elles et pr&#233;sentes, qui sont l&#224;, dans le monde&lt;br class='autobr' /&gt;
sont-elles folles de faire ce qui se fait ?&lt;br/&gt;
la folie est un &#233;cart par rapport &#224; la r&#233;alit&#233;, on la mesure comme &#231;a, un fou est &#171; &#224; c&#244;t&#233; &#187;, &#171; en dehors &#187; de la r&#233;alit&#233;&lt;br/&gt;
alors, est-ce que c'est la r&#233;alit&#233; qui est folle ? &lt;br/&gt;
acheter, voyager, les concours&#8230;les cafards&#8230;&lt;br/&gt;
quels sont les crit&#232;res ? &lt;br/&gt;
pour qu'il y ait des crit&#232;res, il faut qu'il y ait du commun et le premier bien commun, c'est le langage, les mots&lt;br/&gt;
mais justement, d&#232;s la premi&#232;re accusation : tu me trahis, tu prends mes mots, tu ne m'&#233;coutes pas, tu ne m'entends pas&#8230;&lt;br/&gt;
climat de violence, atmosph&#232;re de guerre larv&#233;e&lt;br/&gt;
et ce sont deux femmes qui en t&#233;moignent &lt;br/&gt;
en tant que femmes elles sont au plus pr&#232;s de &#231;a&lt;br/&gt;
passives agressives, comme la soci&#233;t&#233; toute enti&#232;re&lt;br/&gt;
ce n'est pas ce qu'elles disent qui est fou, c'est comment elles le disent&lt;br/&gt;
en reprenant, redoublant, reproduisant l'&#233;tat des choses avec leurs mots&lt;br/&gt;
des mots qui disent l'&#233;tat du monde de la fa&#231;on la plus pr&#233;cise, avec des d&#233;tails les plus saugrenus, &#233;tranges, justes&lt;br/&gt;
et pourtant ces mots ne permettent pas de d&#233;coller, de sauter, de passer ailleurs&lt;br/&gt;
le dialogue d&#233;rape et rate constamment&lt;br/&gt;
ce n'est pas vraiment un lien &#224; une autre, une rencontre, une surprise&lt;br/&gt;
mais un lien &#224; une trop pareille, en miroir &lt;br/&gt;
qui se retourne sans cesse de l'une &#224; l'autre&lt;br/&gt;
l'agressivit&#233; plane et on la ressent comme une atmosph&#232;re palpable&lt;br/&gt;
c'est un &#233;tat du monde&lt;br/&gt;
et c'est la position de l'une par rapport &#224; l'autre&lt;br/&gt;
et de chacune par rapport au monde&lt;br/&gt;
c'est aussi une fa&#231;on de s'y prendre avec les mots pr&#233;cise, impr&#233;cise, pleine de d&#233;tails, d'invention, voire de po&#233;sie&lt;br/&gt;
et en m&#234;me temps faite de g&#233;n&#233;ralit&#233;s, de discours, de clich&#233;s &lt;br/&gt;
le fond est bel et bien une ambiance de meurtre jusqu'&#224; la trahison finale et l'apocalypse&lt;br/&gt;
et Dieu, l&#224; haut, est requis &#224; plusieurs reprises, non comme solution, mais comme interlocuteur&lt;br/&gt;
on avance &#224; l'int&#233;rieur de tout ce que le soci&#233;t&#233; met en place et fait circuler comme discours et clich&#233;s&lt;br/&gt; qui redoublent l'&#233;tat g&#233;n&#233;ral de dispersion opposition confrontation&lt;br/&gt;
qui reproduisent l'enfermement en soi, le ressassement&lt;br/&gt; on avance &#224; l'int&#233;rieur mais aussi &#224; l'encontre&lt;br/&gt;
ce qui maintient vivant : la sensibilit&#233;, l'ouverture&lt;br/&gt; le fait de n'avoir peur de rien, de rien, de rien, ni de dire, ni de penser, ni m&#234;me d'avoir peur&lt;br/&gt;
et le d&#233;sir de parler vraiment, d'avoir un autre &#224; qui parler. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'&#233;crivais &lt;i&gt;Louise, elle est folle&lt;/i&gt;, j'avais souvent en t&#234;te le mot &#171; renversement &#187;, le d&#233;sir et le plaisir qui vont avec. Les cubes de l'enfance, mais aussi, toujours l'enfance, Chaplin dans son avion pilot&#233; &#224; l'envers, il regarde en bas, c'est justement en haut, le whisky sort de la bouteille et monte au lieu de descendre, on a le temps, tout le temps, de faire le tour de la situation dans tous ses d&#233;tails, le ciel, la terre, en haut, en bas, l'avion minuscule, deux hommes dedans, le pilote &#233;vanoui, l'autre se d&#233;brouille, essaye&#8230;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou encore, changement de registre, autre renversement, des questions, tous les &#233;coliers de France les ont apprises par c&#339;ur, ce sont les questions de l'abb&#233; Siey&#232;s : Qu'est ce que le Tiers Etat ? Tout/ Qu'a-t-il &#233;t&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent dans l'ordre politique ? Rien/ Que demande-t-il ? &#224; y devenir quelque chose&#8230;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M'accompagnait aussi, une fois lu comment non : &#171; On croit que ce qu'on voudrait c'est de pouvoir tuer le SS. Mais si l'on y pense un peu, on voit qu'on se trompe. Ce n'est pas si simple. Ce qu'on voudrait, c'est commencer par lui mettre la t&#234;te en bas et les pieds en l'air. Et se marrer, se marrer. (&#8230;) Ce que l'on a envie de faire aux dieux. &#187; (Robert Antelme)&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et j'ai lu et relu, vu et revu, des livres et des films avec lesquels je pouvais explorer le renversement, et ainsi s'est pr&#233;cis&#233;e &#171; la ligne Copi-Bu&#241;uel-Beckett &#187; qui m'aidait &#224; comprendre et travailler cette chose aberrante que je nommais &#171; la civilisation du clich&#233; &#187;&#8230;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;on renverse toujours une vision naturaliste, d&#233;terministe des choses :&lt;br/&gt; chaque chose est &#224; sa place, chacun est assign&#233; &#224; un destin&lt;br/&gt;
on renverse une vision consensuelle&lt;br/&gt;
on renverse un clich&#233;&lt;br/&gt;
on renverse le vide, ce qui est devenu vide de sens&lt;br/&gt;
m&#234;me si &#231;a peut peser encore tr&#232;s lourd&lt;br/&gt;
le renversement c'est : de l'air, de l'air, du possible, un autre monde, un autre ordre est possible, on ouvre&lt;br/&gt;
on respire, on respire&lt;br/&gt;
le renversement a un effet jubilatoire, il est un des ressorts du comique, de l'humour, du gag.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Me sont apparus au moins trois renversements, de perspective, de point de vue, et je les d&#233;couvrais &#224; chaque fois gr&#226;ce &#224; un de ces auteurs.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier renversement : le monde est grand, et non r&#233;duit &#224; moi, &#224; nous, quittons une vision &#233;triqu&#233;e, &#233;gocentr&#233;e du monde.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce renversement date bien s&#251;r de Galil&#233;e, voire de Giordano Bruno : &#171; et pourtant elle tourne &#187;&#8230;la terre , ce n'est pas le soleil qui tourne autour de moi, repris autrement par Freud, l'inconscient existe, je ne suis pas l&#224; o&#249; je pense &#234;tre, je suis d&#233;centr&#233;e&#8230;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce renversement est toujours et tous les jours &#224; retrouver concr&#232;tement.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Copi le montre dans &#171; la femme assise &#187;, la phrase est dite par l'escargot Arthur qui, install&#233; sur son nez, vit avec la femme assise un amour beau, calme et hollywoodien, il voit les choses autrement, &#171; le monde est grand &#187; &#233;nonce Arthur, et non r&#233;duit comme d'habitude &#224; des amours plates, entre gens de la m&#234;me esp&#232;ce&#8230; Ce ne sera pas du go&#251;t de tout le monde et la fille de la femme assise l'&#233;crase&#8230;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me renversement : le dogme, l'id&#233;e re&#231;ue, la convention, le code, sous des apparences de choses pleines de sens et d'un sens plein et absolu, &#233;ternel, sont en fait peu de chose, rien du tout, vides en somme, renversons. Bu&#241;uel chef explorateur, montre le renversement le plus simple, mais n'est-ce pas, il fallait y penser : un diner mondain, des convives agr&#233;ables, de belles femmes charmantes, et on est assis sur des toilettes, des WC, c'est quand on mange que l'on est seul, dans un cabinet retir&#233;.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bien sur le renversement bu&#241;uelien, constant, a bien d'autres formes, et le dogme &#233;nonc&#233; hors contexte devient vraiment &#233;trange : &lt;br/&gt;
Mr Robert, le ma&#238;tre d'h&#244;tel en train de pr&#233;parer les tables est interrog&#233; par la serveuse :&lt;br/&gt; _Moi ce que j'ai du mal &#224; comprendre, Mr Robert, c'est que le Christ est un homme et c'est un Dieu.&lt;br class='manualbr' /&gt;Evidemment c'est difficile, r&#233;pond Mr Robert, qui ajoute :&lt;br class='autobr' /&gt;
Otez moi cette poire, elle est blette.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me renversement : le vide, du dogme, du clich&#233;, de l'id&#233;e re&#231;ue, n'est pas un vide neutre, calme, tranquille, il est un vide plein d'agressivit&#233;, de haine, voire de meurtre. Flaubert avait d&#233;j&#224; montr&#233; &#231;a dans son Dictionnaire des id&#233;es re&#231;ues, o&#249; les id&#233;es les plus conventionnelles disent toutes comment il FAUT penser, et sous ces id&#233;es innocentes et creuses on entend, on peut entendre la fureur du bon et brave bourgeois qui pourchasse f&#233;rocement les communards&#8230;&lt;br/&gt;
Voir Jarry aussi, avec Ubu : &#171; je tuerai tout le monde et puis je m'en irai &#187;.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beckett, lui, invente Pozzo, Pozzo et la platitude enfl&#233;e, qui est en m&#234;me temps Pozzo et le knout&#8230;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pozzo.(&lt;i&gt;en coulisse&lt;/i&gt;). &lt;br/&gt;
Plus vite ! (&lt;i&gt;Bruit de fouet. Pozzo para&#238;t. Ils traversent la sc&#232;ne&lt;/i&gt;)(&#8230;.) Arri&#232;re ! (&lt;i&gt;Bruit de chute. C'est Lucky qui tombe avec tout son chargement&lt;/i&gt;.) (&#8230;)&lt;br/&gt; Attention ! Il est m&#233;chant. (&lt;i&gt;Estragon et Vladimir le regardent&lt;/i&gt;.) Avec les &#233;trangers.&lt;br/&gt;
(&#8230;)&lt;br/&gt;
La route est &#224; tout le monde&lt;br/&gt;
(&#8230;)&lt;br/&gt;
C'est une honte mais c'est ainsi.&lt;br/&gt;
(...)&lt;br/&gt;
(&lt;i&gt;d'un geste large&lt;/i&gt;) Ne parlons plus de &#231;a (&lt;i&gt;il tire sur la corde&lt;/i&gt;) Debout !&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;.)Voyez-vous, mes amis je ne peux me passer longtemps de soci&#233;t&#233; de mes semblables (&lt;i&gt;il regarde les deux semblables&lt;/i&gt;) m&#234;me quand ils ne me ressemblent qu'imparfaitement.&lt;br/&gt;
(&#8230;.)&lt;br/&gt;
Comment m'avez-vous trouv&#233; ?(...) Bon ? Moyen ? Passable ? Quelconque ? Franchement mauvais ?&lt;br/&gt;
(...)&lt;br/&gt;
(&lt;i&gt;avec &#233;lan&lt;/i&gt;) ...Merci, messieurs ! (&lt;i&gt;un temps&lt;/i&gt;) J'ai tant besoin d'encouragement (&lt;i&gt;il r&#233;fl&#233;chit&lt;/i&gt;.) J'ai un peu faibli sur la fin. Vous n'avez pas remarqu&#233; ?&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vladimir.&lt;br/&gt; Oh peut-&#234;tre un tout petit peu.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Estragon. &lt;br/&gt;
J'ai cru que c'&#233;tait expr&#232;s. (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; civilisation du clich&#233; &#187; est ce dans quoi on baigne, on risque de baigner, cette simplification agressive de tout, qui touche d'abord les mots, le langage, les mots sont des produits du march&#233;, les mots n'ont pas plus de valeur que les choses, on ressasse, on redouble, on parle, on patine, on sur place, on burlesque : &#171; doit-on aimer les pauvres /ben oui/pourquoi/parce que c'est des gens tr&#232;s pauvres &#187; (Copi), mais aussi : &#171; l'important dans une d&#233;mocratie, c'est d'&#234;tre r&#233;&#233;lu &#187; (Nicolas Sarkozy, avril 2009).&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moment actuel : retour en force de soi-disant &#233;vidences naturalistes, conventionnelles : les choses sont comme &#231;a et pas autrement, la folie est chez les fous, elle est biologique, g&#233;n&#233;tique, la soci&#233;t&#233; est &#233;ternelle, l'&#233;conomie est une fatalit&#233;, &lt;br/&gt;
mais l'id&#233;e re&#231;ue, la convention, le &#171; c'est comme &#231;a &#187; n'est pas tranquille, sans probl&#232;me ( ah, &#171; pas de souci &#187;) comme on voudrait nous faire croire, mais au contraire tr&#232;s violent, autoritaire, il faut, il ne faut pas&lt;br/&gt;
de la m&#234;me fa&#231;on la promotion de la trivialit&#233;, de l'anecdote, s'accompagne de la promotion du moi, moi, moi &lt;br/&gt;
et le fond de l'affaire est toujours &#171; moi c'est moi et toi tais- toi &#187;.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le renversement : le contraire est possible, on peut penser le contraire, on peut transgresser ce qui se dit, ce qui se fait, ce qui est donn&#233; comme normal n'est pas n&#233;cessairement normal, ce qui est donn&#233; comme fou n'est pas n&#233;cessairement fou. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Renversons.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_11 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://lesliekaplan.net/IMG/jpg/9_c_Berthelot.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://lesliekaplan.net/IMG/jpg/9_c_Berthelot.jpg?1344327743' width='500' height='335' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;creditphoto&#034;&gt;Photo Berthelot&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#034;Dieu n'est pas mari&#233;&#034;, invention du langage et d&#233;mocratie</title>
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		<dc:date>2012-05-24T13:50:33Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Leslie Kaplan</dc:creator>



		<description>
                &#171; Dieu n'est pas mari&#233; &#187; invention du langage et d&#233;mocratie [1] Il me semble que l'interrogation sur les mots, sur le langage fait partie de la vie d&#233;mocratique, de la vie en d&#233;mocratie le langage est le premier bien commun la pratique du langage est une pratique du commun, de la vie en commun et, (&#8230;)
-
&lt;a href="https://lesliekaplan.net/contre-une-civilisation-du-cliche/" rel="directory"&gt;contre une civilisation du clich&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://lesliekaplan.net/IMG/logo/arton10.jpg' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; alt=&#034;&#034; style='max-width: 150px;max-width: min(100%,150px); max-height: 150px' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &#171; Dieu n'est pas mari&#233; &#187;&lt;br/&gt; invention du langage et d&#233;mocratie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cette intervention a &#233;t&#233; conclue par la lecture, avec Elise Vigier, du texte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble que l'interrogation sur les mots, sur le langage fait partie de la vie d&#233;mocratique, de la vie en d&#233;mocratie&lt;br/&gt;
le langage est le premier bien commun&lt;br class='autobr' /&gt;
la pratique du langage est une pratique du commun, de la vie en commun&lt;br class='autobr' /&gt;
et, ainsi,&lt;br class='autobr' /&gt;
le langage est le premier menac&#233;, menac&#233; sans arr&#234;t, &lt;br class='autobr' /&gt;
par toute remise en cause du commun, de la vie partag&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
par tout ce qui vise &#224; le figer &lt;br class='autobr' /&gt;
le rigidifier&lt;br class='autobr' /&gt;
l'appauvrir &lt;br class='autobr' /&gt;
le vider&lt;br class='autobr' /&gt;
par tout ce qui vise &#224; en faire un pur instrument de communication &lt;br class='autobr' /&gt;
plat &lt;br class='autobr' /&gt;
uniforme &lt;br class='autobr' /&gt;
unilat&#233;ral &lt;br class='autobr' /&gt;
consensuel&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; lui &#244;ter sa dimension polys&#233;mique, et sa dimension d'adresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question est le souci de tout &#233;crivain, et quelle que soit ses positions politiques, sa vision du monde par ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je prendrai comme exemples deux &#233;crivains &#171; r&#233;actionnaires &#187; sur la plan politique, Flaubert et Dosto&#239;evski, qui se sont bagarr&#233;s chacun &#224; leur fa&#231;on contre toutes les formes du langage codifi&#233;, conventionnel, plat, uniforme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;_Flaubert et son &lt;i&gt;Dictionnaire des id&#233;es re&#231;ues&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
je vous rappelle les premiers mots de son dictionnaire : ABELARD, ABRICOTS, ABSALON, ABSINTHE, ACADEMIE FRAN&#231;AISE, ACCIDENT, ACCOUCHEMENT, ACHILLE, ACTRICES&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;cette liste montre que le principe &#224; l'&#339;uvre est : n'importe quel mot peut devenir une id&#233;e re&#231;ue &lt;br class='autobr' /&gt;
Flaubert traque dans l'id&#233;e re&#231;ue la b&#234;tise et dans la b&#234;tise quelque chose, on pourrait dire, de &#171; volontaire &#187; au sens de la &#171; servitude volontaire &#187; de La Bo&#235;tie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;mais pr&#233;cisons, par exemple &#224; la lettre S, fin : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; SOUPIR : Doit s'exhaler pr&#232;s d'une femme&lt;br class='autobr' /&gt;
SPIRITUALISME : Le meilleur syst&#232;me de philosophie&lt;br class='autobr' /&gt;
STO&#207;CISME : Est impossible&lt;br class='autobr' /&gt;
STUART (MARIE) : S'apitoyer sur son sort&lt;br class='autobr' /&gt;
SUFFRAGE UNIVERSEL : Dernier terme de la science politique&lt;br class='autobr' /&gt;
SUICIDE : Preuve de l&#226;chet&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
SYBARITES : Tonner contre &lt;br class='autobr' /&gt;
SYPHILIS : Plus ou moins, tout le monde en est affect&#233; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ce qui frappe, c'est bien s&#251;r d'abord le vide de ces d&#233;finitions &lt;br class='autobr' /&gt;
mais aussi leur caract&#232;re autoritaire : beaucoup d'infinitifs, il s'agit d'ordre de penser, et le ton est p&#233;remptoire, cassant&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c'est-&#224;-dire, l'id&#233;e re&#231;ue, sous sa b&#234;tise creuse, va avec l'interdit de penser&lt;br class='autobr' /&gt;
et &#224; travers le Dictionnaire on voit se dessiner un personnage, le &#171; bourgeois &#187; satisfait, qui pense et parle comme il accumule &lt;br class='autobr' /&gt;
les pens&#233;es et les paroles sont des objets &#224; ranger dans son armoire &lt;br class='autobr' /&gt;
et qui sous son air d&#233;bonnaire s'appr&#234;te &#224; r&#233;primer f&#233;rocement la Commune&#8230;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;_Dosto&#239;evski et sa guerre contre &#171; l'id&#233;e &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Dosto&#239;evski souligne les impasses d'une pens&#233;e qui se veut &#171; moderne &#187;, la pens&#233;e du tout est &#233;quivalent, de &#171; si Dieu n'existe pas, tout est permis &#187;&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
et met en rapport cette fa&#231;on de penser et la perte de l'adresse &#224; l'autre, la rupture de la promesse, la trahison&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;il montre la violence cach&#233;e dans la g&#233;n&#233;ralisation,&lt;br/&gt; qui assigne &#224; l'autre une place donn&#233;e, qui l'enferme dans une d&#233;finition imparable&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;il oppose la parole vivante &#224; &#171; l'id&#233;e &#187;&lt;br/&gt; &#224; ce qu'il appelle &#171; 2+2=4 &#187;, c'est-&#224;-dire, l'exactitude, la g&#233;n&#233;ralit&#233; scientifique ou pseudo scientifique, ass&#233;n&#233;e, incontournable, devant laquelle il n'y aurait qu'&#224; s'incliner, mais qui laisse passer la vie vivante, le d&#233;tail &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; depuis longtemps d&#233;j&#224; nous ne naissons plus de p&#232;res vivants, nous naissons de l'id&#233;e &#187;, c'est ce qu'il dit dans les &lt;i&gt;Notes du sous-sol &lt;/i&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et il met en rapport, concr&#232;tement dans ce r&#233;cit, cette fa&#231;on de penser par g&#233;n&#233;ralit&#233;s et un meurtre r&#233;el, la trahison d'une enfant&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;donc : le vide n'est pas rien&lt;br/&gt;
le vide est agressif, meurtrier&lt;br/&gt;
c'est occuper la place&lt;br/&gt;
c'est &#171; moi c'est moi et toi tais toi &#187;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;voir Baudelaire &lt;br class='autobr' /&gt;
se rappeler que le premier po&#232;me des &lt;i&gt;Fleurs du mal&lt;/i&gt;, l'adresse Au lecteur, commence par le mot &#171; sottise &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sottise, l'erreur, le p&#233;ch&#233;, la l&#233;sine&lt;br/&gt;
Occupent nos esprits et travaillent nos corps,&lt;br/&gt;
Et nous alimentons nos aimables remords&lt;br/&gt;
Comme les mendiants nourrissent leur vermine.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais parmi les chacals, les panth&#232;res, les lices,&lt;br/&gt;
Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents,&lt;br/&gt;
Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants,&lt;br/&gt;
Dans la m&#233;nagerie inf&#226;me de nos vices&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est un plus laid, plus m&#233;chant, plus immonde !&lt;br/&gt;
Quoiqu'il ne pousse ni grands gestes ni grands cris,&lt;br/&gt; Il ferait volontiers de la terre un d&#233;bris&lt;br/&gt;
Et dans un b&#226;illement avalerait le monde ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'Ennui !_l'&#339;il charg&#233; d'un pleur involontaire,&lt;br/&gt;
Il r&#234;ve d'&#233;chafauds en fumant son houka.&lt;br/&gt; Tu le connais, lecteur, ce monstre d&#233;licat,&lt;br/&gt;
Hypocrite lecteur, _mon semblable, _mon fr&#232;re.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;mais l'Ennui, c'est quoi ? &lt;br/&gt;
ce qui me frappe, c'est que Baudelaire met l'ennui en rapport avec la haine&lt;br/&gt;
une haine sans d&#233;sir actif&lt;br/&gt;
une haine passive, r&#234;veuse, fumeuse&lt;br/&gt;
statique, immobile&lt;br/&gt;
inerte&lt;br/&gt;
et f&#233;roce&lt;br/&gt;
&#171; Il ferait volontiers de la terre un d&#233;bris/ Et dans un b&#226;illement avalerait le monde &#187;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;cet Ennui baudelairien me semble tr&#232;s actuel&lt;br/&gt;
il va avec une soci&#233;t&#233; o&#249; r&#232;gne l'id&#233;e re&#231;ue, le consensuel, le conventionnel,&lt;br/&gt; une soci&#233;t&#233; de mois isol&#233;s&lt;br/&gt; sans diff&#233;rence, sans autre&lt;br/&gt;
une affirmation de soi sans contenu&lt;br/&gt;
pur moyen d'occuper la place &lt;br/&gt;
pour rien, pour l'occuper, pour emp&#234;cher l'autre de penser&lt;br/&gt;
et &#233;ventuellement pour l'exclure&lt;br/&gt;
penser tautologique : Sarkozy (avril 2009) : &#171; l'important dans une d&#233;mocratie c'est d'&#234;tre r&#233;&#233;lu &#187;&#8230; &lt;br/&gt;
j'y reviendrai&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;je voudrai rappeler que Hannah Arendt dans son analyse du Syst&#232;me totalitaire a fait un sort particulier au clich&#233;&lt;br/&gt;
se rappeler sa r&#233;flexion sur ce qu'elle appelle dans &lt;i&gt;Eichmann &#224; J&#233;rusalem&lt;/i&gt; &#171; les clich&#233;s euphorisants &#187; employ&#233;s par Eichmann, &#224; la suite de Hitler ou Himmler,&lt;br/&gt;
&#171; la bataille du destin pour le peuple allemand &#187;&lt;br/&gt;
&#171; ce sont l&#224; des batailles que les g&#233;n&#233;rations futures n'auront plus &#224; mener &#187;&lt;br/&gt;
&#171; nous savons que ce que nous attendons de vous est surhumain : il vous faudra &#234;tre surhumainement inhumain &#187;&lt;br/&gt;
Arendt ne se contente pas de r&#233;pertorier, de souligner, ces mots vid&#233;s de sens, elle montre plus g&#233;n&#233;ralement les rapports de la bureaucratie, du totalitarisme et du langage&lt;br/&gt;
Voir Raoul Hilberg dans &lt;i&gt;L'extermination des Juifs d'Europe&lt;/i&gt;, &#171; L'extermination des Juifs a commenc&#233; quand en 1933 la premi&#232;re d&#233;finition du non aryen a &#233;t&#233; inscrite par le premier fonctionnaire&#8230; &#187;&lt;br/&gt;
voir aussi l'&#233;tude de la &#171; &lt;i&gt;LTR &lt;/i&gt; &#187; , la langue du Troisi&#232;me Reich, par Victor Klemperer&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;or,&lt;br/&gt; et cela continue l'analyse de &#171; l'id&#233;e re&#231;ue &#187; chez Flaubert et de &#171; l'id&#233;e &#187; chez Dosto&#239;evski &lt;br/&gt;
il est important de remarquer que la fa&#231;on de vider les mots, de leur &#244;ter leur sens, du sens, tout sens, ne se trouve pas seulement dans des mots d'ordre (comme sous un r&#233;gime totalitaire)&lt;br/&gt; mais aussi bien dans la soci&#233;t&#233; de consommation&lt;br/&gt;
o&#249; tout devient &#171; produit &#187;&lt;br/&gt;
o&#249; les mots deviennent des produits&lt;br/&gt;
par exemple, dans le texte &#171; les mots et les choses &#187; on se demande ce qui est mieux, plus gagnant, l'inceste ou la cataracte&lt;br/&gt;
o&#249; est promue une trivialisation,&lt;br/&gt; le n'importe quoi, l'opinion sans enjeu, &lt;br/&gt;
le pur moi moi moi : &lt;br/&gt; qui occupe le devant de la sc&#232;ne&lt;br/&gt;
qui est un nouvel opium du peuple&lt;br/&gt;
comme un moi plein, vivant, n'existe pas, ce qui est sur le devant de la sc&#232;ne c'est un moi qui s'affirme seulement &#171; moi &#187;&lt;br/&gt;
creux, vide&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la question du clich&#233;, de l'id&#233;e re&#231;ue, de la convention, du consensuel,&lt;br/&gt;
est au c&#339;ur de la r&#233;flexion sur langage et d&#233;mocratie, langage et bureaucratie, &lt;br/&gt;
langage mort, langage vivant&lt;br/&gt;
d'o&#249; l'importance de concevoir le langage comme une cr&#233;ation continue, continuelle&lt;br/&gt;
une cr&#233;ation li&#233;e &#224; la rencontre, &#224; la surprise, &#224; l'&#233;tonnement&lt;br/&gt;
oppos&#233;e &#224; ce que j'ai appel&#233; &#171; la cat&#233;gorie, la case et le cas &#187;&lt;br/&gt;
mettre des gens dans des cat&#233;gories, des cases, en faire des cas&lt;br/&gt;
voir dans &lt;i&gt;Fever&lt;/i&gt;, l'analyse du mot &#171; dossier &#187;, des mots &#171; suivre des ordres &#187;&lt;br/&gt;
repris entre autres du proc&#232;s de Maurice Papon&lt;br/&gt;
qui &#224; propos de Sylvain Mohlo, a dit &#171; je ne connais pas ce dossier &#187;&lt;br/&gt;
d&#233;ni, g&#233;n&#233;ralisation, banalisation, stigmatisation&lt;br/&gt;
Juif, Juif ? Juif ! sale Juif&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;il y a un rapport n&#233;cessaire entre invention du langage et d&#233;mocratie&lt;br/&gt;
la d&#233;mocratie, c'est le refus des places assign&#233;es&lt;br/&gt;
le refus de la reconduction du m&#234;me&lt;br/&gt;
au contraire la d&#233;mocratie va avec l'ouverture,&lt;br/&gt; la circulation des places, des situations, des mots, des id&#233;es&lt;br/&gt;
la &#171; d&#233;mocratie &#187; est ce r&#233;gime qui, comme le dit Claude Lefort, &#171; s'institue et se maintient dans la dissolution des rep&#232;res de certitude &#187; &lt;br/&gt;
ou encore, &#171; une soci&#233;t&#233; affront&#233;e &#224; la contradiction g&#233;n&#233;rale que lib&#232;re la disparition d'un fondement de l'ordre social &#187; (&#224; propos de Tocqueville),&lt;br/&gt;
ou encore, un r&#233;gime qui s'est &#233;difi&#233; &#171; &#8230; en acceptant la division sociale, le conflit, l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des m&#339;urs et des opinions &#187; (&#224; propos de Arendt).&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bien voir que tout &#231;a est une tension, un conflit continuels, &lt;br/&gt;
ininterrompus&lt;br/&gt;
sans fin&lt;br/&gt;
on ne peut pas en finir, avoir le dernier mot &lt;br/&gt;
(on peut le vouloir&#8230;)&lt;br/&gt;
se rappeler Humpty Dumpty, le personnage de comptine, le gros &#339;uf s&#251;r de lui-m&#234;me, arrogant, dans &lt;i&gt;Alice au pays des merveilles&lt;/i&gt; : the question is : who is the master, that's all, la question est : qui est le ma&#238;tre, un point c'est tout&lt;br/&gt;
&#234;tre le ma&#238;tre c'est avoir le dernier mot&lt;br/&gt;
et ne pas oublier qu'apr&#232;s l'&#233;nonc&#233; de cette soi-disant v&#233;rit&#233; Humpty Dumpty, ce gros &#339;uf, tombe et se casse en mille morceaux&#8230;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c'est-&#224;-dire il y a un rapport entre d&#233;mocratie&lt;br/&gt; et acceptation du conflit&lt;br/&gt;
et donc une certaine acceptation de l'angoisse&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;autrement dit : le langage est le lieu de la certitude et de l'incertitude&lt;br/&gt;
le concret n'est rien s'il n'est pas nomm&#233;&lt;br/&gt; (&#171; &#231;a &#187;= rien)&lt;br/&gt;
mais quand on nomme, on r&#233;duit&lt;br/&gt;
une chaise n'est pas cette chaise n'est pas cette chaise bleue n'est pas cette chaise bleue dans ma chambre&#8230;&lt;br/&gt;
le mot est la mort de la chose&lt;br/&gt;
et pourtant la chose vit dans, par, le mot&lt;br/&gt;
le langage, pour reprendre Hegel, est &#171; la vie qui porte la mort et se maintient en elle &#187;&lt;br/&gt;
en ce sens le langage est le lieu de l'angoisse&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#224; l'inverse, le clich&#233;, l'id&#233;e re&#231;ue, la convention, le consensus est une fa&#231;on de se d&#233;barrasser de l'angoisse&lt;br/&gt;
c'est-&#224;-dire du conflit&lt;br/&gt;
malgr&#233; peut-&#234;tre les apparences, c'est le lieu de la peur&lt;br/&gt;
de la peur du conflit&lt;br/&gt;
et d'abord du conflit avec soi-m&#234;me&lt;br/&gt;
le clich&#233; est une fa&#231;on d'emp&#234;cher l'autre dans la langue&lt;br/&gt;
et l'autre en soi-m&#234;me d'abord, ses propres conflits, contradictions.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reviens &#224; Baudelaire et &#224; l'ennui&lt;br/&gt;
&#171; l'Ennui &#187; ce monstre plein de haine&lt;br/&gt;
c'est le non d&#233;sir&lt;br/&gt;
le non d&#233;sir de la langue, de la pens&#233;e dans la langue&lt;br/&gt;
le non d&#233;sir pour l'autre dans la langue&lt;br/&gt;
le refus de rencontrer dans la langue et dans la pens&#233;e quelqu'un d'autre&lt;br/&gt; qui parle &#224; son tour&lt;br/&gt;
qui mette en cause ce qu'on pense&lt;br/&gt;
qui pose question&lt;br/&gt;
qui soit diff&#233;rent&lt;br/&gt;
le refus de la surprise, d'&#234;tre surpris&lt;br/&gt;
et cet autre, cette diff&#233;rence, suppose un conflit possible&lt;br/&gt;
dans la langue&lt;br/&gt;
dans la pens&#233;e&lt;br/&gt;
et aussi bien dans sa propre pens&#233;e&lt;br/&gt;
cela suppose que l'on reconnaisse que l'on est divis&#233;&lt;br/&gt;
que l'on n'est pas forc&#233;ment d'accord avec soi m&#234;me&lt;br/&gt;
mais qu'il y a un conflit &#224; r&#233;soudre&lt;br/&gt;
un travail &#224; faire&lt;br/&gt;
donc une angoisse&lt;br/&gt;
pour penser ensemble ces oppos&#233;s&lt;br/&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas sous estimer la possibilit&#233; toujours pr&#233;sente d'une r&#233;duction du langage, d'une volont&#233; d'appauvrissement du langage,&lt;br/&gt;
d'un langage &#224; sens unique,&lt;br/&gt;
la possibilit&#233; toujours pr&#233;sente d'une civilisation du clich&#233;&lt;br/&gt;
mais s'y oppose le &#171; travail de la culture &#187; comme dit Freud, le travail de la pens&#233;e&lt;br/&gt;
qui reconna&#238;t que l'angoisse est la &#171; part divine de l'homme &#187; (Heitor de Macedo)&lt;br/&gt;
et qui cherche &#171; &#224; faire des choses avec l'angoisse &#187; (Rilke)&lt;br/&gt;
la litt&#233;rature fait partie de ce travail&lt;br/&gt;
la litt&#233;rature : tenter de maintenir l'autre dans la langue&lt;br/&gt;
par ce que j'ai appel&#233; &#171; le d&#233;tail, le saut et le lien &#187;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;_&lt;strong&gt;le d&#233;tail&lt;/strong&gt;, pas l'anecdote&lt;br/&gt;
les d&#233;tails sont vivants, ils ont du sens&lt;br/&gt;
(pas le sens, mais du sens, un sens)&lt;br/&gt;
alors que l'anecdote tourne &#224; vide, ressasse le trivial, comme le clich&#233; qui occupe la place&lt;br/&gt;
le d&#233;tail s'oppose &#224; la fois &#224; l'anecdote&lt;br/&gt; et au dogme (&#171; l'id&#233;e &#187; dosto&#239;evskienne)&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;_&lt;strong&gt;le saut&lt;/strong&gt;, pour reprendre Kafka qui d&#233;finit &#233;crire comme &#171; sauter en dehors de la rang&#233;e des assassins &#187;, c'est-&#224;-dire dans la fiction, dans le possible&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;_&lt;strong&gt;le lien&lt;/strong&gt; : le penser &#171; avec la mise en relation, en rapport&lt;br/&gt;
faire des rapports entre des choses apparemment sans rapport&lt;br/&gt; l'amour en somme, et d'abord l'amour de la vie, en ce que &#171; la vie est unique &#187;.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;/figure&gt;
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		&lt;hr /&gt;
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