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	<title>Leslie Kaplan - Les outils</title>
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	<description>&#034;&#224; quoi sert la litt&#233;rature ?&#034;</description>
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		<title>folie et cr&#233;ation</title>
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		<dc:creator>Leslie Kaplan</dc:creator>



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                Je voudrai vous parler de la folie et de la cr&#233;ation. Je vais d'abord vous lire un texte qui n'est pas de moi, la description d'un cas, si vous voulez, il s'agit d'un d&#233;nomm&#233; Fran&#231;ois. &#8230; &#171; Pour lui, la vie est totalement diff&#233;rente de ce qu'elle est pour les autres ; avant tout, l'argent, la Bourse, le march&#233; des (&#8230;)
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&lt;a href="https://lesliekaplan.net/folie-langage-et-societe/" rel="directory"&gt;folie, langage et soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je voudrai vous parler de la folie et de la cr&#233;ation. &lt;br/&gt;
Je vais d'abord vous lire un texte qui n'est pas de moi, la description d'un cas, si vous voulez, il s'agit d'un d&#233;nomm&#233; Fran&#231;ois.&lt;br/&gt;
&#8230; &#171; Pour lui, la vie est totalement diff&#233;rente de ce qu'elle est pour les autres ; avant tout, l'argent, la Bourse, le march&#233; des changes, une machine &#224; &#233;crire sont pour lui des choses totalement mystiques (et il est vrai qu'en r&#233;alit&#233;, elles le sont, c'est seulement pour nous autres qu'elles ne le sont pas), ce sont l&#224; pour lui les &#233;nigmes les plus &#233;tranges, qu'il n'approche absolument pas de la m&#234;me fa&#231;on que nous. On aurait tort de croire, par exemple, qu'il consid&#232;re son travail de fonctionnaire comme l'ex&#233;cution normale, habituelle, d'une charge. Pour lui, le bureau_ y compris le sien_ est quelque chose d'aussi &#233;nigmatique, d'aussi digne d'admiration que l'est une locomotive pour un petit enfant.&lt;br/&gt;
Il est incapable de comprendre la chose la plus simple qui soit. Etes vous d&#233;j&#224; entr&#233; avec lui dans un bureau de poste ? Il faut le voir chercher en hochant la t&#234;te le guichet qui lui convienne le mieux, il faut le voir aller, sans comprendre le moins du monde le pourquoi et le comment de tout cela, d'un guichet &#224; l'autre jusqu'&#224; finir par aboutir au bon&#8230; Il faut l'avoir vu payer, prendre la monnaie, la recompter, d&#233;couvrir qu'on lui a donn&#233; un euro de trop, le rendre &#224; l'employ&#233;e assise derri&#232;re le guichet. Puis il s'&#233;loigne lentement, recomptant une fois encore et, arriv&#233; en bas, &#224; la derni&#232;re marche, il s'aper&#231;oit qu'en fait l'euro qu'il a rendu lui appartenait. Et le voici donc, d&#233;sempar&#233;, qui se balance d'un pied sur l'autre, et se demande que faire. Retourner ? La chose est difficile, avec toute cette foule qui se presse l&#224;-haut. &#171; Alors laisse tomber &#187;, lui dis-je. Mais il me regarde d'un air &#233;pouvant&#233;. Comment cela, laisser tomber ? Ce n'est pas d'avoir perdu un euro qui le pr&#233;occupe, mais que ce n'est pas bien d'agir ainsi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment peut-on laisser les choses en l'&#233;tat ? L'affaire l'occupe longuement, il ne cesse d'en parler. Il est fort m&#233;content de moi. Et ce man&#232;ge se r&#233;p&#232;te chaque fois qu'il rencontre une mendiante_ sous des formes diff&#233;rentes. Une fois, il donna une pi&#232;ce de deux euros &#224; une mendiante et lui demanda de lui rendre un euro. Elle lui dit qu'elle n'avait pas la monnaie. Nous sommes donc rest&#233;s plant&#233;s l&#224; deux bonnes minutes, &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; la conduite qu'il convenait d'adopter. Tout d'un coup, il se dit qu'il peut bien lui laisser les deux euros. Mais &#224; peine a-t-il fait quelques pas qu'il se montre fort contrari&#233;. Et c'est le m&#234;me homme qui bien &#233;videmment me donnerait d'enthousiasme et sur le champ vingt mille euros si je lui demandais. Mais si je lui demandais vingt mille et un euros et que cela nous oblige&#226;t &#224; trouver un endroit o&#249; faire la monnaie, et que nous ne sachions pas o&#249; le faire, alors il se demanderait s&#233;rieusement comment r&#233;soudre le probl&#232;me de cet euro qui ne devrait pas me revenir. Son attitude crisp&#233;e vis &#224; vis de l'argent est le m&#234;me que vis &#224; vis de la femme. Il en va de m&#234;me pour sa peur du bureau. Il m'est arriv&#233; une fois de lui t&#233;l&#233;graphier, t&#233;l&#233;phoner, &#233;crire, de l'implorer au nom de Dieu de venir me rejoindre pour un jour. Je l'ai suppli&#233; &#224; deux genoux. J'en avais tr&#232;s besoin alors. Il n'a pas dormi pendant des nuits, il s'est tourment&#233;, m'a &#233;crit des lettres o&#249; il se mettait en pi&#232;ces_ mais il n'est pas venu. Pourquoi ? Il n'a pas pu demander cong&#233;. Non, il n'a pas pu dire au directeur auquel il voue une admiration &#233;perdue (s&#233;rieusement !) parce qu'il tape si vite &#224; la machine_ il n'a pas pu lui dire qu'il voulait venir me voir. Et dire autre chose_ nouvelle lettre d&#233;bordant d'&#233;pouvante_ comment cela ? Mentir ? Dire un mensonge au directeur ? Impossible. Si vous lui demandez pourquoi il aimait sa premi&#232;re fianc&#233;e, il r&#233;pond : &#171; Elle &#233;tait tellement capable en affaires &#187; et son visage se met &#224; rayonner, illumin&#233; par le respect qu'il lui voue.&lt;br/&gt;
Non, d&#233;cidemment, le monde entier est et demeure une &#233;nigme pour lui. Un secret mystique. Une entreprise hors de sa port&#233;e, et &#224; laquelle il voue, avec sa touchante na&#239;vet&#233;, la plus haute estime parce que c'est le monde de ceux qui sont &#171; capables en affaires &#187;&#8230;Une personne qui tape vite &#224; la machine, un type qui a quatre aventures en m&#234;me temps, c'est pour lui tout aussi incompr&#233;hensible que l'euro au bureau de poste, l'euro laiss&#233; &#224; la mendiante_ incompr&#233;hensible parce que c'est vivant. Mais Fran&#231;ois ne peut pas vivre. Fran&#231;ois n'a pas la capacit&#233; de vivre. Fran&#231;ois ne gu&#233;rira jamais. Fran&#231;ois mourra bient&#244;t &#187;.&lt;br/&gt;
Maintenant je vais vous faire un aveu : j'ai un tout petit peu truqu&#233;. J'ai utilis&#233; le mot &#171; euro &#187;, dans le texte d'origine, il s'agit de &#171; couronnes &#187;, et j'ai modifi&#233; le pr&#233;nom du h&#233;ros de l'histoire.&lt;br/&gt;
C'est la description de Franz Kafka par Milena Jesenska.&lt;br/&gt;
Et je vous invite &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; ce paradoxe, un &#233;crivain qui est le plus inventif, le plus proph&#233;tique, dont le nom circule sous forme d'adjectif, &#171; kafka&#239;en &#187;, et cet &#233;crivain est aux prises avec des contraintes int&#233;rieures les plus terrifiantes, les plus folles.&lt;br/&gt;
Un &#233;crivain qui a pu regarder la r&#233;alit&#233; de la fa&#231;on la plus originale, la plus ind&#233;pendante, la plus d&#233;tach&#233;e, la plus libre, qui a pu se d&#233;coller de cette r&#233;alit&#233; au point d'inventer des mondes et des mondes, et qui a eu tellement de mal &#224; vivre dans la soci&#233;t&#233; r&#233;elle.&lt;br/&gt; La description de Milena Jesenska est minutieuse, d&#233;taill&#233;e, &#233;vocatrice. On voit l'homme se d&#233;battre avec ses chaines, on le voit vraiment. &lt;br/&gt;
Mais nous qui avons lu les livres de Kafka, nous voyons en m&#234;me temps autre chose.&lt;br/&gt;
Nous nous rappelons les couloirs sans fin des bureaux, des administrations du Proc&#232;s, le Ch&#226;teau l&#224; haut inaccessible au village en bas, le voyage comique et terrifiant dans le pays de tous les r&#234;ves, L'Am&#233;rique, l'employ&#233; qui se r&#233;veille un matin m&#233;tamorphos&#233; en une gigantesque vermine, la chanteuse qui se demande si elle chante parce qu'elle cherche la beaut&#233; ou bien seulement parce qu'elle ne sait rien faire d'autre&#8230; nous avons tout &#231;a en t&#234;te, et nous le voyons aussi, cet homme, faire litt&#233;ralement ce qu'il a lui-m&#234;me nomm&#233; un &#171; saut &#187;, un &#171; bond &#187;, nous le voyons &#171; sauter en dehors de la rang&#233;e des assassins &#187;. &lt;br/&gt;
Je vous lis un morceau du Journal, en date du 27 janvier 1922 : &#171; &#233;trange, myst&#233;rieuse consolation donn&#233;e par la litt&#233;rature, dangereuse peut-&#234;tre, peut-&#234;tre lib&#233;ratrice : bond hors du rang des meurtriers, acte-observation. Acte-observation, parce qu'une observation d'une esp&#232;ce plus haute est cr&#233;&#233;e, plus haute mais non plus aigu&#235;, et plus elle s'&#233;l&#232;ve, plus elle devient inaccessible au &#171; rang &#187;, plus elle est ind&#233;pendante, plus elle ob&#233;it aux lois propres de son mouvement, plus son chemin est impr&#233;visible et joyeux, plus il monte. &#187;&lt;br/&gt;
Alors deux questions : qu'est&#8211;ce que &#231;a veut dire, un comportement &#171; normal &#187;, est-ce que dans une soci&#233;t&#233; &#171; normalis&#233;e &#187; Franz Kafka aurait sa place ?&lt;br/&gt;
Et : est-ce que la dimension du politique n'est pas de cr&#233;er des conditions pour que chacun puisse, au milieu des autres, &#224; &#233;galit&#233;, inventer son propre chemin de lib&#233;ration.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Folie, norme et perte de l'exp&#233;rience, &#224; propos de Serge Daney et du &#034;sujet n&#233;o lib&#233;ral&#034;</title>
		<link>https://lesliekaplan.net/folie-langage-et-societe/article/folie-norme-et-perte-de-l-experience-a-propos-de-serge-daney-et-du-sujet-neo</link>
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		<dc:date>2012-09-10T14:52:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Leslie Kaplan</dc:creator>



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                Je vais vous parler &#224; partir de mon exp&#233;rience d'&#233;crivain. Heitor de Macedo, psychanalyste, n'a pas pu venir. Mais j'ai accompagn&#233;, et je continue d'accompagner, la lutte des &#171; 39 contre la Nuit s&#233;curitaire &#187;, pour l'abrogation de la loi du 1er juillet 2011 sur l'obligation des soins sans consentement. J'ai &#233;crit (&#8230;)
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&lt;a href="https://lesliekaplan.net/folie-langage-et-societe/" rel="directory"&gt;folie, langage et soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je vais vous parler &#224; partir de mon exp&#233;rience d'&#233;crivain. Heitor de Macedo, psychanalyste, n'a pas pu venir. Mais j'ai accompagn&#233;, et je continue d'accompagner, la lutte des &#171; 39 contre la Nuit s&#233;curitaire &#187;, pour l'abrogation de la loi du 1er juillet 2011 sur l'obligation des soins sans consentement.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;crit &lt;i&gt;Louise, elle est folle&lt;/i&gt; parce que la r&#233;flexion sur &#171; la folie &#187; est pour moi une fa&#231;on de questionner la soci&#233;t&#233; comme elle est, conformiste, consensuelle, normative et publicitaire, sans manque &#8230; et tr&#232;s folle.&lt;br class='autobr' /&gt;
La &#171; folie &#187; &#171; renverse &#187; nos certitudes, et questionne la soci&#233;t&#233; et le monde &#224; partir de la mise en cause de ce qui est, soi-disant, normal. Pour un &#233;crivain ce questionnement concerne en premier lieu_ mais bien s&#251;r pas seulement_ le langage, qui sous des apparences anodines, peut &#224; tout moment suivre une pente autoritaire, et se figer en clich&#233;s qui sont non seulement des &#171; id&#233;es re&#231;ues &#187; vides, mais des &#171; formules matraques &#187;, comme l'assimilation du soi disant fou au &#171; schizophr&#232;ne dangereux &#187; &#233;pingl&#233; par l'ex Pr&#233;sident de la R&#233;publique.&lt;br/&gt;
C'est cette &#171; civilisation du clich&#233; &#187; comme je l'ai appel&#233;e que &lt;i&gt;Louise, elle est folle&lt;/i&gt; veut pr&#233;senter, rendre sensible, mettre en sc&#232;ne, pour ouvrir la r&#233;flexion &#224; ce que pourrait &#234;tre une &#233;thique de la parole, du langage et du rapport &#224; l'autre.&lt;br/&gt;
Voir les textes &lt;a href='https://lesliekaplan.net/folie-langage-et-societe/article/la-folie-concerne-tout-le-monde' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; La folie concerne tout le monde &#187;&lt;/a&gt;, &lt;a href='https://lesliekaplan.net/contre-une-civilisation-du-cliche/article/dieu-n-est-pas-marie-invention-du' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Dieu n'est pas mari&#233; &#187;&lt;/a&gt;&#8230;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour continuer cette r&#233;flexion je voudrais parler de deux s&#233;ries de travaux qui rel&#232;vent de champs diff&#233;rents : la r&#233;flexion men&#233;e par Pierre Dardot et Christian Laval sur le n&#233;olib&#233;ralisme et sa &#171; nouvelle raison du monde &#187; d'une part, et d'autre part ce qui a pu &#234;tre d&#233;velopp&#233; par Serge Daney, ce &#171; cin&#233;fils &#187; comme il se d&#233;signait lui-m&#234;me, qui a pens&#233; le monde d'aujourd'hui &#224; partir de son amour pour le cin&#233;ma.&lt;br/&gt;
Ces auteurs analysent l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; d'aujourd'hui, chacun &#224; leur fa&#231;on et &#224; partir de leur objet d'&#233;tude ils en d&#233;voilent la folie, et ils mettent l'accent sur la normativit&#233;, la contrainte implicite mais r&#233;elle, sur les comportements et les fa&#231;ons de pens&#233;e impos&#233;s. Dans les deux cas cela continue pour moi la r&#233;flexion sur l'&#233;thique du langage et la &#171; civilisation du clich&#233; &#187;.&lt;br/&gt;
&lt;i&gt;La nouvelle raison du monde&lt;/i&gt;, publi&#233; en 2009, d&#233;crit comment, dans un monde o&#249; le seul et unique horizon est le march&#233;, &#171; le n&#233;olib&#233;ralisme s'est impos&#233; comme la nouvelle raison du monde, qui fait de la concurrence la norme universelle des conduites et ne laisse intacte aucune sph&#232;re de l'existence humaine &#187;. &lt;br/&gt;
Je tire du dernier chapitre quelques descriptions qui concernent le &#171; sujet n&#233;olib&#233;ral &#187;, celui qui suit la nouvelle norme, la nouvelle rationalit&#233;, qui est fa&#231;onn&#233; par elle, descriptions frappantes et qui montrent bien &#224; mon avis comment le &#171; normal &#187; et la &#171; folie &#187; se renversent l'un dans l'autre :&lt;br/&gt;
_la soci&#233;t&#233; est devenue une &#171; entreprise constitu&#233;e d'entreprises &#187;&lt;br/&gt;
d'o&#249; une &#171; norme subjective nouvelle &#187;&lt;br/&gt;
qui est celle de &#171; l'homme hypermoderne &#187;, incertain, flexible, pr&#233;caire, fluide, sans gravit&#233;&lt;br/&gt;
l'homme comp&#233;titif, int&#233;gralement immerg&#233; dans la comp&#233;tition mondiale&lt;br/&gt;
_c'est un nouveau sujet, unitaire&lt;br/&gt;
_alors que dans le capitalisme industriel, il y avait des contradictions entre le citoyen et l'homme &#233;conomique, et entre ces deux aspects et les reliquats religieux et traditionnels&lt;br/&gt;
_maintenant il s'agit faire que l'individu travaille pour l'entreprise comme si c'&#233;tait pour lui m&#234;me&lt;br/&gt;
_donc il faut supprimer toute distance entre lui m&#234;me et l'entreprise,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; entreprise &#187; est devenu le nom du &#171; gouvernement de soi &#187;&lt;br/&gt;
cf Thatcher : &#171; Economics are the method. The object is to change the soul &#187;, l'&#233;conomie est la m&#233;thode, l'objectif est de changer l'&#226;me (1988).&lt;br/&gt;
D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; d'une implication subjective, la soci&#233;t&#233; requiert imp&#233;rativement de nouvelles qualit&#233;s&lt;br/&gt;
&#171; self help &#187;, &#233;nergie, initiative, ambition, calcul, responsabilit&#233; personnelle&lt;br class='autobr' /&gt;
ainsi chacun devient une petite entreprise&lt;br/&gt;
d'o&#249; l'importance des &#171; techniques de d&#233;veloppement &#187; tout au long de la vie&lt;br/&gt;
c'est l'&#171; empire des coachs &#187;&lt;br/&gt;
il faut mieux conna&#238;tre son &#171; moi &#187;, son &#171; sc&#233;nario de vie &#187;, les &#171; r&#232;gles du jeu social &#187;&lt;br/&gt;
&#234;tre ouvert, synchrone, positif, empathique, coop&#233;ratif&lt;br/&gt;
je choisis ma propre vie, mes comportements, mes pens&#233;es, mes sentiments, mes sensations, mes souvenirs, mes faiblesses, mes maladies, mon corps, tout, ou alors, je choisis de ne pas savoir que j'ai le choix&lt;br/&gt;
je suis compl&#232;tement autonome&lt;br/&gt;
Laurence Parisot, en 2005 : &#171; la vie, la sant&#233;, l'amour sont pr&#233;caires, pourquoi le travail &#233;chapperait&#8211;il &#224; cette loi &#187; &lt;br/&gt;
_d'o&#249; des cons&#233;quences nouvelles pour le sujet :&lt;br/&gt;
il est toujours responsable de tout ce qui lui arrive (&lt;i&gt;accountability &lt;/i&gt; )&lt;br/&gt;
_il vit un nouveau dispositif performance/ jouissance&lt;br/&gt;
la performance sportive est le mod&#232;le dans monde professionnel comme dans la sexualit&#233;&lt;br/&gt;
c'est le &#171; toujours plus &#187;&lt;br/&gt;
&#171; We are the champions &#187;, nous sommes les champions&lt;br/&gt;
&#171; No time for losers &#187;, pas le temps pour les perdants&lt;br/&gt;
_le corps n'est plus une limite, les &#171; techniques psy &#187; sont &#224; l'ordre du jour, se conna&#238;tre, se prendre en main, avoir une bonne strat&#233;gie de vie.&lt;br/&gt;
La r&#233;ussite se voit, elle est un spectacle, un show.&lt;br/&gt;
Dardot et Laval soulignent aussi que les exigences requises engendrent des &#233;tats de malaise et de maladie psychiques et ils font la clinique du n&#233;osujet&lt;br class='autobr' /&gt;
souffrances au travail, d&#233;pressions, &#171; fatigue d'&#234;tre soi &#187; vont de pair avec les illusions de toute puissance.&lt;br/&gt;
Ils notent que Lacan avait d&#233;j&#224; analys&#233; le &#171; discours capitaliste &#187; comme le rejet de la castration.&lt;br/&gt;
Pour eux on peut parler de d&#233;symbolisation et de psychotisation de masse, on prend les mots pour les choses, il n'y a pas de limite, la r&#233;alit&#233; s'efface&lt;br class='autobr' /&gt;
pas seulement parce qu'on perd les valeurs anciennes, comme le veut le discours conservateur&lt;br/&gt;
mais parce que si la seule valeur est la comp&#233;titivit&#233;, on promeut activement la rupture ou l'abandon des liens dans l'entreprise, dans la famille.&lt;br/&gt;
C'est le r&#232;gne du d&#233;ni, de l'illusion, du mensonge, de ce qu'ils appellent les perversions ordinaires. &lt;br/&gt;
Tout ceci va avec un &#233;puisement de la d&#233;mocratie lib&#233;rale&lt;br class='autobr' /&gt;
puisque l'espace public est progressivement r&#233;duit et que l'Etat a pour seule fonction d'assurer la concurrence et la comp&#233;titivit&#233;, de fa&#231;on ouverte et coercitive.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est s&#251;r c'est que cette description est terrifiante, et recoupe &#224; sa fa&#231;on_ le contexte est autre_ ce que Hannah Arendt d&#233;crivait en parlant du totalitarisme, quand elle disait dans Les origines du totalitarisme que les nazis sont &#171; une bande d'hommes d&#233;class&#233;s qui cherchent &#224; faire perdre aux autres hommes leur sens de la r&#233;alit&#233; &#187;.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perte de la r&#233;alit&#233; est une des fa&#231;ons de d&#233;signer l'ali&#233;nation, et c'est aussi une question qui a pr&#233;occup&#233; Serge Daney. &lt;br/&gt;
Un article pr&#233;monitoire de Daney, intitul&#233; &#171; March&#233; de l'individu et disparition de l'exp&#233;rience &#187; publi&#233; en janvier 1992 dans le journal Lib&#233;ration, a &#233;t&#233; republi&#233; r&#233;cemment dans la revue &lt;i&gt;Trafic&lt;/i&gt;, &#224; l'occasion des 20 ans de cette revue fond&#233;e par Daney juste avant sa mort.&lt;br/&gt;
Daney commence par souligner que &#171; le succ&#232;s des &#171; reality shows &#187; marque peut-&#234;tre un double ph&#233;nom&#232;ne d'appropriation de la t&#233;l&#233;vision par la soci&#233;t&#233; et de formatage de l'individu conforme. Le prix &#224; payer est n&#233;anmoins consid&#233;rable : rien moins que l'effacement de l'id&#233;e d'exp&#233;rience humaine. &#187;&lt;br/&gt;
Il est int&#233;ressant que Daney cite &#224; ce propos un &#233;crivain, Virginia Woolf, &#171; les exp&#233;riences de la vie sont incommunicables, et c'est ce qui cause toute la solitude &#187;. Incommunicables, peut-&#234;tre pas n&#233;cessairement, mais en tout cas un d&#233;fi, et l'objet m&#234;me de la recherche d'un artiste.&lt;br/&gt;
Daney analyse la perte de l'exp&#233;rience : &#171; toute exp&#233;rience qui se r&#233;duit facilement au &#171; show &#187; de sa r&#233;alit&#233; n'est pas une exp&#233;rience. Ou plut&#244;t ce n'est pas celle du sujet qui dit qu'il l'a v&#233;cue, mais celle du groupe&#8230; &#187; &lt;br/&gt;
La soci&#233;t&#233; promeut &#171; le grand march&#233; de l'individu &#224; base de h&#233;ros jetables et de sc&#233;narios comme il faut&#8230; &#187;&lt;br/&gt;
&#171; l'id&#233;e de v&#233;rit&#233; subjective saute&#8230;(on en vient &#224; un) cat&#233;chisme&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
qui est pour Daney fond&#233; sur l'id&#233;e du Bien, &#224; savoir &#171; la pub &#187;. &lt;br/&gt;
&#171; l'exp&#233;rience lacunaire et l'indicible de ce qui fut &#187; sont remplac&#233;s &#171; par le show lisse de ce qui aura &#233;t&#233; &#187;.&lt;br/&gt;
On est dans le &#171; futur ant&#233;rieur (temps propre de l'audio visuel) : rectification du r&#233;el et visualisation du r&#233;el rectifi&#233; &#187;, et Daney ajoute :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#224; quoi il faudrait qu'ils (ces h&#233;ros) aient ressembl&#233; : il faut qu'ils ressemblent &#224; de la mauvaise t&#233;l&#233;, &#224; du mauvais cin&#233;ma, &#224; du mauvais th&#233;&#226;tre &#187;&lt;br/&gt;
&#171; pour &#234;tre du c&#244;t&#233; du Bien collectif il faut qu'ils soient tr&#232;s mauvais (mais terriblement humbles) &#187;&lt;br/&gt;
Ce cat&#233;chisme, dit Daney, qui n'est pas une grande messe, pas une religion, &#171; veut seulement que, clone pr&#233;vendus d&#233;guis&#233;s en individus uniques, nous renoncions &#224; jamais au souvenir d'avoir v&#233;cu quoi que ce soit que Pascale Breugnot (la pr&#233;sentatrice qui a invent&#233; &#171; psy-show &#187;) ne pourrait pas nous faire revivre en nous tenant un peu la main &#187;&lt;br/&gt;
et Daney note &#171; comment&#8230; en France aussi, le village exige son d&#251; &#187;.&lt;br/&gt;
En somme Daney nous montre les contradictions entre mondialisation et village, et entre le gonflement narcissique, la toute puissance&#8230; et le degr&#233; quasi z&#233;ro de l'&#234;tre&#8230; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut mettre cette question de la perte de l'exp&#233;rience en rapport avec ce que Daney d&#233;veloppe durant la premi&#232;re guerre de l'Irak sur le visuel en l'opposant &#224; l'image, en particulier dans le texte &#171; La guerre, le visuel, l'image &#187;, propos aux &#171; mardis de la Femis &#187;, janvier 1991, dans le tome 3 de &lt;i&gt;La maison cin&#233;ma et le monde&lt;/i&gt; (POL, 2012).&lt;br/&gt;
Le visuel, qui n'est pas le voir, est du c&#244;t&#233; du simulacre, du narcissisme&lt;br/&gt;
c'est la v&#233;rification technique, avec une information nulle. &lt;br/&gt;
Par exemple, &#171; &#224; vous Ryad &#187; et ce qu'on voit, c'est le studio des journalistes (ils travaillent, c'est la seule info).&lt;br/&gt;
Une image au contraire se d&#233;finit comme une image de l'autre, le monde ext&#233;rieur existe, jusqu'&#224; l'alt&#233;rit&#233; maximale, la mort.&lt;br/&gt;
Le montage au cin&#233;ma c'est se mesurer &#224; cette id&#233;e d'alt&#233;rit&#233;, le off, le contre champ, l'autre, l'ennemi.&lt;br/&gt;
Et chercher la bonne image manquante, voil&#224; la position du cin&#233;phile, pas du t&#233;l&#233;phile.&lt;br/&gt;
Le t&#233;l&#233;phile n'est pas habitu&#233; &#224; ce qui manque, au off, &#224; l'autre, il voit tout en plein, en direct, en lisse, il est au bord de la schizophr&#233;nie&#8230;&lt;br/&gt;
&#171; La cible, dit Daney, vue du point de vue de l'appareil qui va la d&#233;truire, c'est le visuel pur, et c'est ce &#224; quoi s'entra&#238;nent les gamins depuis des ann&#233;es quand ils jouent avec la vid&#233;o : ils apprennent &#224; ne voir que ce qu'ils d&#233;truisent en imagination&#8230; Comme dit Jean-Luc Godard, &#171; toujours deux pour une image &#187;, le talent, le sens politique de l'image, ce sera de trouver la bonne image manquante. Est ce que le montage parall&#232;le d'un Scud et d'un Patriot est un bon montage ? et s'il ne s'agissait que de la v&#233;rification de deux types d'armes vendues par des superpuissances ? &#8230; Quand le montage est devenu impossible, c'est du visuel, c'est-&#224;-dire du tautologique, du solipsiste &#187;.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc d'une part, description pr&#233;cise et terrifiante du monde fou actuel, et du sujet n&#233;olib&#233;ral qui est cens&#233; l'habiter, d'autre part une r&#233;flexion sur la repr&#233;sentation de ce monde par le cin&#233;ma et la t&#233;l&#233;vision.&lt;br/&gt; Les nouveaux imp&#233;ratifs seraient :&lt;br/&gt;
Pas de manque, que du plein&lt;br/&gt;
Pas de d&#233;sir, que de la saturation&lt;br/&gt;
Pas d'inconscient, que de la maitrise&lt;br/&gt;
Pas d'autre, pas de je, que du moi&#8230;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ne pas conclure : &lt;br/&gt;
Dardot et Laval parlent de d&#233;velopper des &#171; contre conduites &#187;. Et soulignent que &#233;thique et politique sont ins&#233;parables.&lt;br/&gt;
En tant qu'&#233;crivain, je vois un parall&#232;le entre l'&#233;thique de l'image qui s'oppose au visuel, &lt;br/&gt;
et l'&#233;thique de la parole et du langage qui maintient un questionnement, la place pour le questionnement, l'&#233;change, la rencontre, l'ouvert, &lt;br/&gt;
qui porte une recherche, une exploration, du jeu, &lt;br/&gt;
qui refuse le dernier mot, le discours, l'argument d'autorit&#233;, le moi moi moi, la facilit&#233; et l'agressivit&#233; du clich&#233;.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ecriture et folie</title>
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		<dc:creator>Leslie Kaplan</dc:creator>



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                Je me sens en tant qu'&#233;crivain plus que concern&#233;e : impliqu&#233;e, par l'appel des 39 contre la nuit s&#233;curitaire et les mesures que le gouvernement actuel veut imposer dans le domaine de la sant&#233; mentale, pourquoi ? D'abord il me semble que la &#171; folie &#187; est une question centrale pour tous ceux qui assument, qui (&#8230;)
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je me sens en tant qu'&#233;crivain plus que concern&#233;e : impliqu&#233;e, par l'appel des 39 contre la nuit s&#233;curitaire et les mesures que le gouvernement actuel veut imposer dans le domaine de la sant&#233; mentale, pourquoi ?&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord il me semble que la &#171; folie &#187; est une question centrale pour tous ceux qui assument, qui tentent d'assumer, une position de cr&#233;ation, et en particulier les &#233;crivains. Pas la folie comme maladie, mais comme une limite, comme un possible, comme une aventure de l'esprit. Cr&#233;er c'est reconna&#238;tre, tenter de l&#233;gitimer un possible, une fiction. Et &#231;a a donc &#224; voir avec un d&#233;placement, un changement de point de vue, une transgression. Kafka l'a dit avec une phrase que j'ai souvent cit&#233;e et comment&#233;e, &#171; &#233;crire c'est sauter en dehors de la rang&#233;e des assassins &#187;, c'est ne pas reconduire le monde tel qu'il est, le mauvais monde de tous les jours et de toutes les humiliations et offenses, ne pas ressasser, mais sauter dehors, se d&#233;placer, faire autre chose, explorer, inventer. Cette aventure, elle peut prendre une forme h&#233;ro&#239;que, flamboyante et clairement insens&#233;e, comme celle du capitaine Achab qui passe sa vie sur toutes les mers du monde &#224; la poursuite de la grande baleine blanche, Moby Dick, mais elle peut aussi, c'est le m&#234;me auteur qui nous le fait remarquer, &#234;tre toute petite, se passer entre quatre murs, dans des rues &#233;troites, &#224; Wall Street par exemple, et &#234;tre non moins h&#233;ro&#239;que, consister seulement &#224; dire, comme le copiste Bartleby, Je pr&#233;f&#232;re ne pas, c'est-&#224;-dire : je pr&#233;f&#232;re ne pas copier, copier ou recopier la r&#233;alit&#233;, je pr&#233;f&#232;re autre chose. Il est consid&#233;r&#233; comme non moins fou et il sera enferm&#233;.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;crivains savent bien que la folie est une dimension de l'esprit humain, de n'importe quel &#234;tre humain, et c'est pourquoi ce qu'ils inventent, dans leur langue, dans leurs personnages, dans leurs r&#233;cits, peut toucher tout le monde : tout le monde peut &#234;tre madame Bovary, il n'y a pas que Flaubert_ je vous rappelle que &lt;i&gt;Madame Bovary&lt;/i&gt; a eu un proc&#232;s, et que Flaubert a d&#233;fendu le livre en disant, Madame Bovary, c'est moi_, tout le monde peut sortir dans la ville et aller tuer la vieille usuri&#232;re, il n'y a pas que Raskolnikov, c'est dans &lt;i&gt;Crime et ch&#226;timent&lt;/i&gt; et c'est ici et maintenant, et tout le monde peut glisser, d&#233;gringoler et se retourner dans la langue, &#171; &#244; saisons, &#244; ch&#226;teaux, quelle &#226;me est sans d&#233;faut &#187;. Rimbaud. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;crivain il me semble voit dans la folie d'abord une question et dans celui qu'on appelle &#171; fou &#187; un &#234;tre habit&#233; par cette question. Alors comment un &#233;crivain pourrait ne pas se sentir impliqu&#233;e par des mesures qui visent &#224; pr&#233;senter les &#171; fous &#187; d'abord comme des &#234;tre dangereux, la folie d'abord comme une maladie, la transgression comme synonyme de provocation, de d&#233;lit, de crime ?&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas de romantisme, d'id&#233;alisation de la folie, mais de tenir compte de la complexit&#233; du monde, et le monde humain, avec le langage, inclut le possible.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite. Alerte, alerte, alerte. Ces mesures propos&#233;es par le gouvernement actuel r&#233;v&#232;lent une tendance profonde qui s'aggrave tous les jours : promouvoir avant tout et toujours la simplification, instaurer une civilisation simplifi&#233;e, dans laquelle je refuse de me reconna&#238;tre et que j'appelle &#171; une civilisation du clich&#233; &#187;. La quantit&#233; de clich&#233;s sur la folie est &#233;videmment &#224; la mesure de la question : immense. Pens&#233;e vide, b&#234;tise triomphante, seuls comptent la norme, la convention, le code, l'id&#233;e re&#231;ue. Mais la b&#234;tise n'est jamais neutre, elle est toujours m&#233;chante, elle s'accompagne de la volont&#233; de fabriquer des bo&#238;tes pour mettre les gens, elle va avec la g&#233;n&#233;ralisation, le discours g&#233;n&#233;ral, avec &#171; la cat&#233;gorie, la case et le cas &#187;. C'est la tendance de la soci&#233;t&#233; industrielle, soi disant de masse, en fait d'exploitation et d'ali&#233;nation des masses, la soci&#233;t&#233; de consommation o&#249; tout n'est que produit. Les mots aussi deviennent des produits, tr&#232;s d&#233;valoris&#233;s, la promesse contenue dans le langage se r&#233;tr&#233;cit, la chance pour la surprise, l'&#233;tonnement, la rencontre, et d'abord dans le langage, se perd, le sens se perd, la joie du d&#233;tail se perd. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Pen avait d&#233;j&#224; moqu&#233; le d&#233;tail des 6 millions de Juifs dans la Seconde guerre mondiale. D&#233;sormais : les Roms et les gens du voyage : une cat&#233;gorie, un d&#233;tail. Les fous : une cat&#233;gorie, un d&#233;tail.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'o&#249; ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_10 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://lesliekaplan.net/IMG/jpg/criture_et_folie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://lesliekaplan.net/IMG/jpg/criture_et_folie.jpg?1344327745' width='500' height='324' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Usine</title>
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		<dc:creator>Leslie Kaplan</dc:creator>



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                Quel est le rapport entre l'exp&#233;rience de l'usine, ce lieu &#171; fou &#187;, et mon exp&#233;rience d'&#233;crivain ? L'exp&#233;rience de l'usine a &#233;t&#233; une exp&#233;rience radicale : elle a mis tout en perspective, et d'abord (quoiqu'&#224; mon insu) le langage, la chose la plus commune, ce que les hommes et les femmes ont, en premier lieu, en (&#8230;)
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quel est le rapport entre l'exp&#233;rience de l'usine, ce lieu &#171; fou &#187;, et mon exp&#233;rience d'&#233;crivain ?&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience de l'usine a &#233;t&#233; une exp&#233;rience radicale : elle a mis tout en perspective, et d'abord (quoiqu'&#224; mon insu) le langage, la chose la plus commune, ce que les hommes et les femmes ont, en premier lieu, en commun. Je veux dire que TOUT pouvait, devait, se penser autrement, les mots pour dire les choses les plus ordinaires semblaient &#224; c&#244;t&#233;. On travaille, vraiment ? On mange, vraiment ? On vit, vraiment ? Pour dire il fallait, c'&#233;tait une n&#233;cessit&#233;, inventer.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut faire un discours, mais &#231;a ne rend compte de rien_ sauf de la capacit&#233; &#224; faire un discours. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'ai voulu &#233;crire cette exp&#233;rience je cherchais &#224; rendre compte de la sensation : &#224; la fois le dehors, et ce qu'on avait dans la t&#234;te, &#224; l'oppos&#233; du naturalisme, du d&#233;terminisme, o&#249; les choses, et les &#234;tres, sont soi-disant &#224; leur place, correspondent &#224; leur d&#233;finition. C'est seulement dans l'apr&#232;s coup que j'ai per&#231;u combien &#171; l'usine &#187;, et le monde &#171; sous le ciel de l'usine &#187;, remettait tout en cause, contaminait tout, et, comment ne pas le reconna&#238;tre, pouvait vider l'exp&#233;rience, en faire quelque chose de vide. On &#244;tait m&#234;me leur exp&#233;rience aux hommes. Prenons le mot cadence, j'y pense &#224; cause d'un article lu r&#233;cemment sur le travail dans les usines en Chine. Qu'est ce que &#231;a veut dire : il faut suivre la cadence. Suivre la cadence ne dit rien ou presque. Devenir la cadence serait peut-&#234;tre plus juste. On peut aussi parler des cadences infernales. A bas les cadences infernales, mot d'ordre de mai 68. Cette question : l'ali&#233;nation de l'exp&#233;rience, comment l'exp&#233;rience r&#233;elle est rendue irr&#233;elle, comment le langage devient faux, mensonger, cette question appartient &#224; tout le monde, et c'est pourquoi une vision naturaliste, o&#249; la parole est ramen&#233;e &#224; une origine sociale, psychologique etc, ne m'a jamais convenu. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question se poursuit pour moi jusqu'aujourd'hui, sous diff&#233;rentes formes bien s&#251;r, roman, th&#233;&#226;tre, po&#233;sie, essai. Mais la question de &#171; l'usine &#187; me para&#238;t toujours li&#233;e &#224; la fois &#224; une recherche sur le langage, et &#224; une recherche sur la folie. Est-ce qu'on parle, pense, &#233;crit, comme &#224; l'usine ou autrement ? Est-ce qu'une phrase est ouverte ou ferm&#233;e ? Est ce que nous habitons le langage en consommateur ali&#233;n&#233; ou en homme/femme libre ? Est-ce que nous parlons entre nous comme &#224; l'usine ? Est-ce que nous encha&#238;nons nos phrases sans penser comme en faisant des pi&#232;ces fabriqu&#233;es ? Est-ce que nous fabriquons des phrases comme des produits du march&#233; ? Est-ce nous parlons &#224; quelqu'un ou &#224; personne ? Est-ce que nous voulons assommer l'autre avec des phrases ? Est-ce que nous voulons avoir le dernier mot ? Est-ce que nous sommes pr&#233;sents ou absents &#224; nous m&#234;mes ?&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand on parle de &#171; folie &#187;, de quoi parle&#8211;t-on ? Un lieu, une situation, un comportement &#171; fous &#187; ? Est-ce que c'est la langue qui est folle, devenue folle ? Comment, par quelles formes, r&#233;sister aux tentatives actuelles de trivialisation, du r&#232;gne de l'anecdote, du clich&#233; vide et agressif, voire meurtrier, qui sont des fa&#231;ons actuelles de &#171; l'opium du peuple &#187; ?&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le savent ceux qui ont v&#233;cu l'occupation d'un lieu de travail : l'&#233;v&#233;nement le plus important est toujours la r&#233;appropriation de l'exp&#233;rience, et de la dignit&#233; et du plaisir qui vont avec. L'action collective met en mouvement toutes les cat&#233;gories, les fait en quelque sorte sortir d'elles-m&#234;mes, ouvriers, employ&#233;s, pr&#233;caires, et l'unit&#233; se cr&#233;e autour de l'action, de l'activit&#233;, de la pens&#233;e et du plaisir de penser. Se rappeler ce que dit Serge Daney sur Lubitsch et le nazisme : la vraie r&#233;ponse &#224; la terreur n'est pas la vertu mais le non renoncement au plaisir&#8230; Voir aussi les analyses de Jacques Ranci&#232;re sur &#171; la nuit des prol&#233;taires &#187; au 19 &#232;me si&#232;cle. Le plus difficile, et le plus important, me semble de vivre sans se laisser imposer un rythme qui n'est pas le sien, de vivre, et de trouver des formes qui transmettent ce qu'on a pu comprendre, &#224; un moment donn&#233;, par cette r&#233;sistance, parce que ces formes transmettent comment on a pu faire exister un possible, une autre vie possible.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_8 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://lesliekaplan.net/IMG/jpg/usine-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://lesliekaplan.net/IMG/jpg/usine-2.jpg?1344327756' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La folie concerne tout le monde</title>
		<link>https://lesliekaplan.net/folie-langage-et-societe/article/la-folie-concerne-tout-le-monde</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Leslie Kaplan</dc:creator>



		<description>
                La folie concerne tout le monde. Un ouvrier peut &#234;tre fou, un patron, &#231;a va de soi. Une femme peut &#234;tre folle, un homme n'en parlons pas. Un administrateur, un banquier, un fonctionnaire, un artiste, peuvent &#234;tre vraiment fous. Quant aux hommes politiques : personne n'en doute (et passe l'image de Khadafi, qui en (&#8230;)
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&lt;a href="https://lesliekaplan.net/folie-langage-et-societe/" rel="directory"&gt;folie, langage et soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La folie concerne tout le monde.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un ouvrier peut &#234;tre fou, un patron, &#231;a va de soi. Une femme peut &#234;tre folle, un homme n'en parlons pas. Un administrateur, un banquier, un fonctionnaire, un artiste, peuvent &#234;tre vraiment fous. Quant aux hommes politiques : personne n'en doute (et passe l'image de Khadafi, qui en recouvre bien d'autres, bien d'autres). Un b&#233;b&#233; peut &#234;tre fou, un adolescent, une femme de trente ans, un homme tr&#232;s &#226;g&#233;, un mourant.&lt;br class='autobr' /&gt;
La folie traverse toute la soci&#233;t&#233;.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce &#224; dire que la folie est un virus, qui se refile, qui se transmet ? On essaie de nous faire peur en avan&#231;ant ce genre de notion et de cat&#233;gorie-matraque comme &#171; schizophr&#232;ne dangereux &#187;. Mais la folie est un possible pour tout &#234;tre humain, et il faut prendre les mots au s&#233;rieux. Est &#171; fou &#187; ce qui est &#171; pas normal &#187;, et aussit&#244;t la question rebondit : &#171; normal &#187; c'est quoi ? Qu'est-ce que c'est, vivre normalement ? Accepter la r&#233;alit&#233; ? Quelle r&#233;alit&#233; doit-on accepter ? Jusqu'o&#249; faut-il accepter la r&#233;alit&#233; ? Est-ce que vouloir changer la r&#233;alit&#233; c'est &#234;tre fou ? Pour Freud, la sant&#233; mentale c'est &#234;tre suffisamment n&#233;vros&#233; pour tenir compte de la r&#233;alit&#233;, et suffisamment psychotique pour vouloir la transformer. &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, la folie questionne la soci&#233;t&#233; toute enti&#232;re et chacun en particulier. Or la d&#233;mocratie est un r&#233;gime o&#249; la norme est, peut &#234;tre, sans arr&#234;t questionn&#233;e, remise en cause, c'est un r&#233;gime qui reconna&#238;t, en principe, les conflits, et permet, en principe, leur &#233;laboration. Le conflit va toujours avec de l'angoisse, et on peut refuser le conflit par peur de l'angoisse. Mais &#224; ce moment l&#224; on choisit : z&#233;ro angoisse (croit-on), z&#233;ro risque, z&#233;ro pens&#233;e, z&#233;ro vie. Et sous le calme plat, la violence de l'ordre, de ce qui semble normal (&#224; qui ?) &#224; un moment donn&#233; (lequel ?). Est-ce normal de faire travailler les enfants ? de travailler 50 heures ? de travailler &#224; la chaine ?&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la d&#233;mocratie est toujours gravement menac&#233;e par le suivisme de la norme, par le conformisme, la convention. C'est une vraie menace parce qu'il y a une vraie possibilit&#233; de destruction : on n'a pas le choix, il faut penser, agir, de telle fa&#231;on et non de telle autre, il faut surtout ne pas penser et ne rien faire. Z&#233;ro conflit, z&#233;ro vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le conformisme, c'est une fa&#231;on d'int&#233;rioriser la r&#233;pression et la peur. Big Brother vous surveille, et vous &#234;tes d'accord.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le conformisme va toujours avec une vision naturaliste, d&#233;terministe, explicative, d&#233;finitive, ferm&#233;e. On est comme ci ou comme &#231;a parce que : la famille, la cat&#233;gorie sociale, les g&#234;nes, la biochimie.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'y a pas de &#171; nature &#187; humaine, prendre au s&#233;rieux l'&#234;tre humain c'est tenir compte du possible, de la folie, c'est prendre au s&#233;rieux que certains voient des g&#233;ants l&#224; o&#249; d'autres ne voient que des moulins &#224; vents, que certains voient une baleine blanche l&#224; o&#249; d'autres ne voient rien, que certains voient un cafard &#224; la place du fils&#8230;ou des n&#233;nuphars dans le ciel&#8230; ou des ciel de toutes les couleurs&#8230;Etc, etc.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse &#224; ces &#171; folies &#187; peut &#233;videmment &#234;tre, et a souvent &#233;t&#233; : le ridicule, le feu, le b&#251;cher, l'enfermement, l'op&#233;ration, la lobotomie, la camisole chimique, l'abandon pur et simple.&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 39 contre la Nuit s&#233;curitaire appellent &#224; manifester le 15 mars contre un projet de loi qui va dans le sens de la r&#233;pression, de l'int&#233;riorisation de la norme, de la mise &#224; l'&#233;cart de la folie comme dimension humaine.&lt;br/&gt;
Nous y serons.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_6 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://lesliekaplan.net/IMG/jpg/la_folie_concerne_tout_le_monde-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://lesliekaplan.net/IMG/jpg/la_folie_concerne_tout_le_monde-2.jpg?1344327749' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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